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S’en sortir avec pragmatisme, s’il le faut

Lundi 4 Février 2013

Il est des questions à propos desquelles on ne peut arguer de la doctrine sous-jacente d’une organisation telle que le Mouvement Normand. Le Mouvement Normand milite pour la réunification de la Normandie et pour l’émergence d’un véritable pouvoir régional. C’est ce qui réunit les militants normands que nous rassemblons. Cela étant, bien des opinions divergentes peuvent coexister parmi eux, même si, petit à petit, se dégagent à grands traits des positions communes, que l’on retrouve dans les pages de nos publications (L’Unité Normande, Culture Normande), de nos interventions sur la toile ou notre web – télévision TVNormanChannel… Par exemple, une infériorisation du département par rapport à la région, chef de file en matière d’aménagement du territoire, le refus du cumul des mandats (prochain dossier de notre bimestriel), l’affirmation selon laquelle « la Normandie fait le Normand… à condition que la personne assume pleinement l’héritage » (ne jamais oublier la seconde partie de la proposition). Pour le reste, on peut concevoir des divergences pouvant se traduire vers des attirances tantôt vers la Droite, tantôt vers la Gauche. Il en est ainsi des questions sociétales et idéologiques : les partis politiques sont faits pour traduire ces désaccords et c’est pourquoi on peut être un militant normand ayant telle ou telle position sur certains problèmes. La Normandie unit , là où les partis politiques divisent : nous l’avons maintes fois démontré.
 
En matière économique, entre l’ultra-libéralisme des uns et le collectivisme des autres, de nombreuses nuances offrent un panel de positions plus ou moins dogmatiques : social – libéralisme, dirigisme, économie planifiée, administrée, flexi – sécurité, colbertisme, protectionnisme, libre-échangisme, etc.. La question des nationalisations a resurgi à la lumière de la crise, quelquefois là où on l’attendait le moins (Obama nationalisant Chrysler par exemple) et, en France, actuellement, le débat fait rage à propos d’Arcelor – Mittal, à Florange et, peut-être, demain, Goodyear, à Amiens, ou l’usine PSA d’Aulnay-sous-bois, à moins que la question ne se pose avec Renault – Sandouville, usine menacée comme l’on sait. Un vibrionnant ministre a remis les nationalisations sur le tapis et, même si Arnaud Montebourg ne semble pas avoir l’oreille du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, l’idée d’un recours – même partiel, même limité dans le temps – à des nationalisations est dans l’air du temps, relayée d’ailleurs par les syndicats C.G.T., F.O. et C.F.D.T….
 
Quelle position devons-nous avoir en face de ce problème ? Le Mouvement Normand, dans sa boite à idées conceptuelle, n’a pas de réponses à donner : reconnaissons – le humblement, et partisans et adversaires de l’idée de nationalisation peuvent tout aussi bien se révéler excellents militants de la cause normande.
Cela étant, il y a les faits et on ne peut s’en affranchir et considérer qu’il n’y ait rien à dire sur les événements économiques et sociaux touchant la Normandie. Le cas d’école en l’occurrence est l’opération de rachat de l’usine M. Real, à Alizay, par le département de l’Eure.
 
De quoi s’agit-il ?
 
Le secteur de la pâte à papier est en surproduction, l’opérateur finlandais, M. Real, a décidé l’arrêt de la production en 2010 et a mis en vente le site en mai 2011. En avril 2012, 300 des 350 salariés de l’entreprise sont licenciés. M. Real, qui ne veut pas vendre l’unité de production à un concurrent, refuse les repreneurs qui se présentent. L’intersyndicale C.G.T. – C.F.E. / C.G.C. frappe à toutes les portes. On s’aperçoit vite que le Département de l’Eure a, seul, les moyens d’intervenir (l’Etat n’a pas d’argent et la région ne se sent pas concernée). Sous l’impulsion de son Président, Jean-Louis Destans, le Conseil général va jouer un rôle de facilitateur et d’entremetteur. Il rachète le site : 22 millions d’euros et le revend pour 18 millions à une entreprise papetière thaïlandaise, Double A, l’autre entreprise, le groupe français Neoen, qui entend fournir de l’énergie à partir du bois, restant sur la réserve, mais étant tout de même intéressée. Il reste donc à la collectivité territoriale une charge de 4 millions d’euros : c’est l’Etablissement Public Foncier de Normandie (E.P.F.N. : président… Jean-Louis Destans) qui fait le relais et entend préparer les quelques dizaines d’hectares non utilisés par Double A et les valoriser pour accueillir Neoen et une plate – forme logistique multimodale (La C.C.I. de l’Eure voudrait qu’on installât un quai en Seine à cet effet). A partir de l’an prochain, 200 à 250 emplois seraient ainsi sauvés (Double A s’engageant à embaucher prioritairement les licenciés de M. Real). Toute la manœuvre a reçu l’approbation UNANIME du Conseil général et il faut féliciter Jean-Louis Destans d’avoir su mener à bien cette négociation complexe.
 
Peut-on dire qu’il s’agit d’une nationalisation (en l’occurrence une « départementalisation ») ? Oui, si l’on considère que le principe de la nationalisation consiste en une intervention de la puissance publique, non, si l’on admet que le site n’a été « départementalisé » que pendant quelques heures. Le département n’a été qu’un facilitateur, répétons-le !
Le Mouvement Normand a dans l’ensemble approuvé la manœuvre. Peut-elle faire école ? (On pense à Petroplus). Nous n’en savons rien, mais, sur le principe, nous pensons que cela peut créer un précédent.
 
Est-ce à dire que tout est rose dans cette affaire ? Certains font remarquer que Double A, qui a les dents longues, va mettre à mal des concurrents français, notamment dans l’est de la France… Une de nos adhérentes attire notre attention sur cette éventualité. Des amis lexoviens nous mettent en garde en citant le cas lamentable de Plysorol, qui a été vendu, puis revendu, enfin démantelé, à un opérateur chinois d’abord, puis libanais ensuite. On doit espérer que Double A consentira les investissements auxquels il s’est engagé…
 Enfin, notre ami Franck Gilard, proche du Mouvement Normand, député UMP de l’Eure, a déclaré : « L’intervention du département est une erreur. C’est du dogmatisme. Tout le monde va demander la nationalisation. Je ne pense pas que des élus qui sont aux trois – quarts des fonctionnaires, soient en capacité d’analyser la rentabilité d’une entreprise » (in Paris-Normandie du 15 décembre 2012)
Comme on le voit, les avis sont partagés.
 
Le Mouvement Normand exprime son choix, cependant, pensant surtout aux 250 salariés qui vont retrouver des perspectives d’avenir. Et cela, c’est essentiel pour la Normandie.
 
Guillaume LENOIR

La Rédaction