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Guillaume le Conquérant

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Le Mouvement Normand a 50 ans

Mercredi 25 Septembre 2019

​​Communiqué n°268 - Semaine 39


Le 29 septembre 1969, jour de la Saint-Michel patron de la Normandie, à Lisieux, dans les locaux de la M.J.C., fut fondée par une soixantaine de jeunes, étudiants, agriculteurs, employés, une association, le Mouvement de la Jeunesse de Normandie, qui devait prendre le nom plus tard de MOUVEMENT NORMAND.

Trois motivations étaient à l’origine de cette association :

  • Réaliser l’unité de la Normandie.
  • Promouvoir un authentique Pouvoir régional.
  • Faire connaître la Normandie, aux Normands d’abord, au monde normand ensuite, au reste de l’Europe enfin.

C’était quelques mois après l’échec du Référendum du 27 avril 1969 sur la Régionalisation, qui avait suscité un vaste débat sur la notion de région, la décentralisation et si, parmi les quelques dizaines d’amis, venus des cinq départements normands, qui voulaient qu’on n’en restât pas à l’échec de la consultation référendaire, jugée faussée par l’enjeu du devenir du Sénat et de la personnalité du Général De Gaulle, Président de la République, il fallait qu’on prît conscience du réveil de la Normandie au sein d’une France ne pouvant plus être centralisée et parisianisée.

Chacun pensait qu’il convenait de dépasser les clivages politiques et les luttes partisanes : l’idée de Normandie rassemblait là où la politique française divisait (On sortait d’une campagne présidentielle) et il paraissait évident qu’il fallait s’adresser à tous les milieux sans exclusives.


À dire la vérité – nous en prîmes conscience petit à petit – la notion de décentralisation ne suscitait qu’un intérêt poli. Quant à l’idée de Normandie, elle paraissait incongrue pour la plupart, folklorique peut-être pour certains.

Le folklore, « quarante ans de chiffons » (Louis Lemare), il nous semblait désuet et par trop tourné vers le passé. La Normandie, chacun s’en faisait une idée plutôt vague, et nous constations, amers, que, sauf exceptions, elle ne nous avait pas été enseignée : nous ne la connaissions pas et notre ignorance rivalisait avec les préjugés et les clichés.

Nos moyens, d’autre part, étaient limités à notre bonne volonté et nous nous refusions de nous accrocher à une quelconque structure politique ou administrative qui eut pu se révéler lucrative.

Heureusement, des anciens de l’action normande (l’aventure de la revue Viking, le monde des associations culturelles, etc.) nous « apprirent » la Normandie.

Le reste suivit.

 

LA LUTTE POUR LA RÉUNIFICATION

 

Nous nous fîmes connaître du monde politique… que nous partageâmes bientôt en deux catégories : les partisans de la réunification de la Normandie et les localistes, prébendiers de la division normande. Les uns et les autres appartenaient aux mêmes partis. Ce qui rendait l’évolution du dossier de la réunification cahoteux et aléatoire. Mais ce qui nous permettait aussi de rester indépendants de ces mêmes partis où nous comptions des amis et des adversaires. Ce fut un gage d’unité parmi nous et de pérennité dans l’action. Mais encore – il faut le dire – de fréquentes désillusions. En cinquante ans, nous ne comptons plus les épisodes où la réunification de la Normandie nous apparaissant proche, nous éprouvâmes de cruelles déceptions qui en auraient découragé plus d’un… Nous avons tenu. Jusqu’à « la divine surprise » de la Loi de 2015, recréant, pour la première fois depuis 1789, la Normandie.

La Normandie est aujourd’hui une réalité. Reste qu’il faut, dans les esprits, unifier les Normands pour que tous se sentent concernés par le devenir de la Région, quelles que soient les tendances politiques de chacun.

La Normandie est, avec la Corse, la seule Région cohérente de France : c’est un avantage dont on perçoit chaque jour l’intérêt. À comparer avec les hyper-Régions, plus ou moins technocratiques (La Nouvelle Aquitaine, Rhône – Alpes – Auvergne – Grand-Est) ou les Régions mutilées (la Bretagne sans la Loire-Atlantique). Certaines Régions regimbent devant des mariages forcés (Les Hauts-de-France dans laquelle la Picardie se sent vassalisée, ou l’Alsace qui parvient à se distinguer dans le Grand-Est). Le Mouvement Normand, qui, en l’occurrence, n’est pas concerné et donc s’en réjouit, souhaite néanmoins que ces nouvelles entités trouvent leur équilibre et de vraies cohérences, mais il se méfie de tout projet visant à remettre en cause l’existence de la Normandie, soit – c’est peu probable – par une nostalgie de la calamiteuse division, soit par l’intégration de la Normandie dans une hyper-Région du Grand Bassin Parisien, affublée du qualificatif d’Euro-Région.

 

Si l’on peut dire que le premier objectif du Mouvement Normand, à savoir la réunification des deux demi-régions de Haute et de Basse Normandie est atteint, il faut rester vigilants : Paris n’a pas renoncé, hier à diviser, aujourd’hui à nous dissoudre dans un grand tout qui nous vassaliserait davantage.

 

LA LUTTE POUR LA RÉGIONALISATION

 

La promotion d’un authentique Pouvoir régional, concrétisation d’une vraie politique de décentralisation, reste, cinquante ans après 1969, une des raisons d’être du Mouvement Normand.

Il nous a fallu progressivement clarifier les notions. Ne pas confondre, par exemple, décentralisation et déconcentration. Définir le principe de subsidiarité. Dénoncer le jacobinisme, de la Haute Administration, des milieux économiques parisiens, d’un monde politique qui ne se sentait quelque peu girondin que lorsqu’il se trouvait dans l’opposition.

Tâches qu’il fallut, comme l’ouvrage, remettre sans cesse sur le métier.

 

Nous avons suivi passionnément les étapes de la décentralisation (car, au plan théorique, nos dirigeants étaient et sont convaincus de la nécessité de décentraliser une France à la tête hypertrophiée). Acte I (Lois Défère), acte II, acte III, Lois de 2015 : le moins qu’on puisse dire est que le chemin fut long et le demeure encore et les hésitations de l’Etat-Central une constance, comme une seconde nature.

Mais décentralisation et régionalisation ne sont pas à confondre. Le Mouvement Normand fut et demeure régionaliste, c’est-à-dire qu’il fait de la Région le pivot et l’actrice essentielle de la politique de décentralisation et l’échelon à partir duquel l’État doit réellement partager le pouvoir qui a été confisqué par le jacobinisme. Contrairement à d’autres mouvements régionalistes, nous n’avons pas voulu la mort des départements, simplement une hiérarchisation des échelons et une plus claire définition des prérogatives de ces différents échelons (de la commune à la Région, en passant par les communautés de communes, agglos, départements : la question des métropoles reste pendante…)

 

D’autre part, à la différence de certains mouvements régionalistes ou nationalitaires, le Mouvement Normand n’a jamais remis en cause la France et la notion d’Etat-Nation. Et si, parmi nous, un débat s’est instauré à propos de l’Union Européenne, c’est bien parce que l’État central a, de lui-même, abandonné aux institutions européennes des prérogatives régaliennes.

La question du Pouvoir régional n’est pas théorique, mais au contraire pratique. On peut le constater tous les jours. Aujourd’hui, alors que la Normandie est devenue une réalité, elle ne jouit cependant pas de tous les droits et pouvoirs que devrait avoir une vraie Région décentralisée au sein d’un État exerçant pleinement ses prérogatives régaliennes – que nous ne remettons nullement en cause - et laissant à l’échelon régional la plénitude de ses fonctionnalités potentielles.

 

Parmi les problèmes qui se posent aujourd’hui et auxquels le Mouvement Normand entend apporter une réponse normande, relevons, parmi d’autres :

  • La gouvernance de l’Axe Seine qui, dans sa partie normande, ne peut échapper à la Région. Cela n’exclut en rien une coopération avec l’Ile-de-France et les autres Régions impliquées dans le Bassin de la Seine et de ses affluents. En ce qui concerne la Normandie, l’Axe Seine constitue son épine dorsale : l’État, qui y a son mot à dire, ne peut en être le « deus ex machina ».
  • La gouvernance des Grands Ports Maritimes, même inclus dans le G.I.E. HaRoPa, doit passer aux collectivités locales concernées, au premier chef, la Région et les agglomérations portuaires (comme cela se fait, avec le succès que l’on sait, avec les ports belges et néerlandais du Northern Range).
  • La gestion du réseau et du transport ferroviaires qui, plus que partout ailleurs en France, est la preuve en Normandie de l’inadaptation du système centralisé. Elle doit revenir prioritairement à la Région. C’est, certes, en cours de réalisation, mais l’État central – par le truchement de la SNCF- doit apurer sa dette envers la Normandie qui, en ce domaine, a été trop longtemps écartée.

Aujourd’hui – restons dans l’actualité et ne ressassons pas les luttes passées – nous assistons à une partie de bras de fer entre le Gouvernement central (MM. Macron et Philippe) et l’alliance des « Territoires Unis » (Union des Maires, Fédération des Conseils départementaux, Association des Régions de France, Présidence du Sénat). Le Mouvement Normand n’est pas neutre et il apporte son soutien à l’alliance « Territoires Unis »… Mais notre priorité reste la Normandie.

 

IDENTITÉ ET VALEURS NORMANDES


La troisième motivation pour la création du Mouvement Normand reste toujours aussi prégnante au bout de cinquante ans. Il s’agit de la dimension pédagogique de notre action. Faire connaître la Normandie aux Normands d’abord, au reste du monde ensuite. C’est toute la question de l’identité normande qui est posée, ainsi que celle de l’attractivité de la Région, ayant, depuis la réunification, pris ses marques.

Nous pensons que c’est par l’action de tous les jours que nous pourrons intéresser les Normands à leur devenir. Les Normands doivent se réapproprier leur histoire, leur culture, et cela conduit naturellement le Mouvement Normand – dans la mesure de ses moyens – à suppléer aux insuffisances de l’Éducation Nationale en la matière. Tout ce qui est normand est nôtre, tel a été et est toujours notre leitmotiv et le Mouvement Normand a encouragé, et continue à le faire, l’action de tous les acteurs de la culture enracinée (revues et associations culturelles) et de tous les défenseurs du patrimoine. Faire connaître la Normandie aux Normands, c’est, au jour le jour, les informer des réussites, des échecs, des insuffisances, des initiatives de tous ceux qui œuvrent, à partir de la Normandie, de l’esprit et de la mentalité des Normands, pour son économie, pour l’équilibre de sa société, pour l’élévation du niveau de la connaissance et de l’attachement de chacun aux valeurs de la Normandie et de son héritage. Il ne s’agit pas de sombrer dans le pessimisme du déclin, la nostalgie du passé, mais, au contraire, de rechercher les raisons de croire en l’avenir de notre Normandie.

 Nous avons déploré, pendant ces cinq décennies, les occasions perdues, le renversement démographique de la Normandie (qui s’accélère : 7 500 personnes en moins en 2018), la baisse de la natalité (manque de confiance dans l’avenir), l’écrémage systématique de notre jeunesse (plus de 4 000 départs de jeunes diplômés tous les ans), le vieillissement de la population et les problèmes que cela sous-tend… Mais nous avons noté aussi cette volonté retrouvée de rebondir, justement à partir d’une prise de conscience normande.

 

Le Mouvement Normand a la conviction, et il entend la faire partager, que dans la globalisation du monde et son corollaire, le mondialisme, il y a une place à préserver pour le local, c’est-à-dire la Normandie. Cela passe par le refus de la voir écartée des sujets qui la concernent et cela implique une vigilance de tous les instants, ainsi que le souci de mettre en évidence la part normande de tous les problèmes du quotidien.

Soyons concrets : les grands sujets du moment, c’est, outre le pouvoir d’achat (donc l’économique et le social), l’avenir écologique de la planète et les problèmes liés à l’immigration – dixit le Président de la République, eh bien ! À ces grands thèmes qui soulèvent de nombreuses questions, nous pensons qu’il doit y avoir une réponse normande spécifique à mettre en évidence et la faire partager par la société normande. D’autres sujets, plus proches, comme l’imminent Brexit, concernent plus particulièrement la Normandie : nous voisinons avec le monde britannique et nous n’oublions pas notre passé commun : la Normandie, ne serait-ce que par la part d’elle-même (les Îles de la Manche) qui vit à l’heure anglaise, se doit d’avoir une réponse appropriée aux nouvelles relations anglo-continentales et ce n’est pas le pouvoir parisien qui est le mieux placé pour trouver des solutions originales… C’est ce à quoi le Mouvement Normand de 2019 invite les Normands à réfléchir et à se mobiliser.

 

Nos moyens sont limités, mais nous nous efforçons d’utiliser les nouveaux modes de communication (Internet, web-télévision, etc.). C’est par l’information que nous pourrons susciter une opinion publique normande.

 

En cinquante ans, le Mouvement Normand a vu passer dans ses rangs d’éminents militants aujourd’hui disparus : nous leur devons notre longévité et la rectitude de notre projet initial. Un demi-siècle d’action militante, cela se respecte, surtout si l’on a l’intention de continuer à œuvrer pour la Normandie avec l’état d’esprit qui, toujours, nous a animés : SERVIR LA NORMANDIE ET NON S’EN SERVIR !


Didier PATTE, porte-parole et ancien Président du Mouvement Normand

Pour toute correspondance : 
• Didier Patte. 87, rue de la République. 76940 – La Mailleraye sur Seine (Commune nouvelle d’Arelaune en Seine)
• d.patte948@laposte.net

La Rédaction