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La première « peau de banane »… Merci Ouest-France !

Lundi 1 Décembre 2014

Il n’a fallu que deux jours après le vote historique de l’Assemblée nationale du projet de loi permettant la réunification de la Normandie pour que les forces hostiles à la renaissance normande, d’abord coites, ne se manifestent, de façon hypocrite d’ailleurs, en contestant la cohérence de notre région. Elles ont fait monter au créneau une « huile » universitaire (qui se répète d’ailleurs), lequel, arguant de ses titres et de sa science, cherche à instiller le doute dans l’opinion publique sur le bien – fondé de la fusion de la haute et de la basse Normandie. 
On peut s’interroger sur les motivations profondes du journal Ouest – France qui consacre une demi-page à cet interview orientée du professeur Jean Quellien, avec ce titre accrocheur et démobilisateur : « La Normandie, c’est loin d’être une évidence… ». Le quotidien rennais refuserait-il de faire contre mauvaise fortune bretonne bon cœur normand ? Quoi qu’il en soit, on fait appel à une autorité, un « professeur émérite », pour suggérer que la Normandie est une sorte d’accident de la géographie et de l’histoire et, qu’ainsi, son existence pourrait être sujette à caution et que, tout bien pesé, sa nouvelle naissance ne repose pas sur grand-chose… Seulement, le problème, c’est que la démonstration du cher professeur est tout à fait contestable et que, point par point, nous nous devons de la réfuter. Tant pis pour le prestige frelaté de l’université !


1.- A la question, tellement peu orientée, de l’intervieweur : « La Normandie existe-t-elle ? », notre éminence universitaire fait dans la nuance : « Dans les consciences, incontestablement »… « A l’étranger, la Normandie, ce sont les plages du Jour J »… « Politiquement, c’est plus compliqué, même si la Normandie a existé de façon indiscutable durant trois siècles du Moyen Age ».
Ben voyons ! Nous sommes en plein réductionnisme. Que la Normandie, dont les limites n’ont pratiquement pas changé depuis deux millénaires puisqu’elle s’inscrit dans le cadre de la Province ecclésiastique de Rouen datant de l’époque gallo-romaine, voit son existence unitaire réduite à la seule période ducale ne gêne en rien ce curieux historien…
                 
 
2.- Seconde question, tout aussi orientée : « Au plan de la géographie existe-t-elle ? ».
Nenni ! Il y en a au moins deux, répond notre homme, « Celle du Massif armoricain, à l’ouest, celle du Bassin parisien, à l’est ».Visiblement, on oublie que l’unité de la Normandie ne se conçoit pas sans la diversité des Pays normands. A moins d’être une île – et encore ! – existe-t-il une contrée dont on définisse l’unité par l’uniformité de son sol et sous-sol ? Et puis, si l’on s’en tenait à une telle distinction, la séparation ne serait pas entre la basse Normandie (armoricaine) et une haute Normandie (secondaire et sédimentaire) : une grande partie des départements bas – normands appartient au Bassin Parisien. Et que signifie HUMAINEMENT cette distinction entre zones géologiques. Nous n’avons pas, d’un côté, la montagne, de l’autre, la plaine : on passe insensiblement d’un paysage à un autre et, même, dans l’ensemble dépendant du Bassin parisien, peut-on mettre dans la même catégorie, le Pays de Bray, le Pays d’Auge, le Pays de Caux ? Non ! L’argument géographico–géologique ne justifie pas un éclatement de la Normandie, dont la richesse, justement, se situe dans la diversité de ses paysages comme n’importe quelle entité, la France en premier lieu.


3.- L’histoire. On y revient. « La Normandie est une création de l’histoire ».
C’est vrai. La faire naître en 911 et la renvoyer dans les limbes après 1204 est un peu fort de café. Et M. Quellien se contredit lui-même puisqu’il situe la fin officielle de la Normandie lors du bris de l’anneau ducal, en 1469. Que s’est-il passé entre 1204 et 1469 ? Que s’est-il passé après ? Visiblement, on ne fait aucune allusion à l’unicité de la Coutume de Normandie, pas plus qu’à la Charte aux Normands, qui, rappelant la Magma Carta anglaise, a constitué la référence politico – juridique de 1314 à 1789. Excusez du peu !


4.- «  Mais l’Ancien Régime a coupé la Normandie en deux »… L’intervieweur insiste. « La monarchie absolue, répond l’homme qui doute de la Normandie, a imposé des divisions administratives pour mieux régner ».
Eh oui, mon bon monsieur, pour casser une unité qui restait dans les têtes, les différents régimes ont inventé deux, puis trois généralités, plus tard cinq départements, plus récemment deux demi-régions. Est-ce, là, un argument suffisant pour justifier la partition d’une province maritime, issue de la rencontre d’une mer, la Manche, et d’un fleuve, la Seine, comme si la Baie de Seine et l’Estuaire n’étaient pas communs à la haute et à la basse Normandie !
Quoi qu’il en soit, même lorsqu’il existait trois généralités, il n’y avait – sauf la période très troublée des Guerres de religion – qu’un Parlement, « le grenadier des Parlements », siégeant à Rouen, célèbre d’ailleurs pour son souci sourcilleux de défendre les prérogatives normandes et le respect de la Charte aux Normands. Certes, la monarchie réunit peu souvent – absolutisme oblige - les Etats de Normandie (à ne pas confondre avec le Parlement), mais du moins étaient-ils sensés représenter les trois ordres de toute la Normandie.


5.- « Arrive la Révolution »
Outre que la Normandie a été traitée comme tout le reste de la France et qu’elle a été partagée en cinq départements, notons que les Constituants les ont inscrits dans les limites de l’ancienne province. M. Quellien concède le renouveau régionaliste du début du XIXè siècle (sans souligner que cette idée, générale en France, est partie justement de la Normandie à l’initiative d’Arcisse de Caumont – personnage incontournable s’il en est. Avec un certain dédain, très universitaire, le cher professeur daube sur ces « écrivains, souvent conservateurs, qui glorifient le mythe normand ». Nous aurions attendu d’un historien qu’il s’extasiât sur la continuité du sentiment normand et d’une identité normande qui a perduré jusqu’à nos jours… malgré les vicissitudes des évolutions administratives, des conflagrations guerrières et des changements économiques…


6.- On confine à l’odieux avec l’allusion au rôle de Vichy : « C’est Vichy qui réunifie la Normandie… », insinue le questionneur. « Absolument », répond le professeur émérite… et de citer la loi du 19 avril 1941 instituant une préfecture régionale à Rouen.
Outre que le régionalisme normand n’a pas comme le régionalisme breton de cadavres dans le placard, il est osé de prétendre que « les réactions des Bas – Normands sont vives » (ce qui laisserait entendre que les Hauts – Normands s’accommodèrent de la situation…) alors que les mouvements de résistance normands ont exigé de rester unis alors que Londres voulait, pour des raisons militaires, raccrocher les réseaux de haute Normandie à la région Nord et les autres à la zone Ouest. Au reste, la vraie tentative administrative et politique de reconstituer la Normandie est venue, à la Libération, du Gouvernement provisoire de la République française, présidée par le Général de Gaulle, par la création de la fonction de Commissaire de la République. Cela a duré jusqu’en 1946, où ils furent supprimés par le gouvernement de la IVè République revenant aux structures préfectorales d’antan. On connait la suite.
Tout cela pour en arriver à la conclusion que « la Normandie, c’est loin d’être une évidence… »
Les Normands ne glisseront pas sur cette peau de banane. Ils méritent mieux. Redevenir, notamment, la principale région maritime de la France. Paris a besoin de la Normandie pour prétendre au titre rare de ville-monde : les Normands, s’ils savent s’unir (cela va au-delà de la fusion) détiennent les clefs de l’ouverture au monde de la mégalopole parisienne. On est loin des petites querelles subalternes de ceux qui s’obstinent à pérenniser la division normande.

Guillaume LENOIR, rédacteur en chef de l’Unité Normande

La Rédaction


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