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L’euphorie ? Pas encore… La vigilance ? Toujours !…

Dimanche 15 Juin 2014

En ces premiers jours de juin 2014, il convient de faire le point sur le projet de réforme territoriale à la suite de la parution de la fameuse carte des 14 régions. Elle consacre l’idée de réunification de la Normandie et c’est, avec le projet de fusion de la Bourgogne et de la Franche-Comté, un des rares points de consensus (apparent) au sein de la classe politique. Il semble en outre que l’opinion publique normande plébiscite la fin de la division absurde de la Normandie.
Indiscutablement, c’est une victoire morale du Mouvement Normand qui, depuis 1969, dans l’indifférence alors, dans l’hostilité de la caste des prébendiers de la division normande, âpres à défendre sinécures, sièges, présidences, ensuite, a petit à petit convaincu la société civile que le devenir de la Normandie passait par sa réunification.
Cela n’a pas été facile et nous avons été souventes fois déçus. Déçus par le peu de fiabilité d’un monde politique qui, lorsqu’il était dans l’opposition, trouvait judicieuses nos prises de position en faveur d’une renaissance de la vraie Normandie et qui, lorsqu’il était aux affaires, oubliait ses promesses et arguait d’empêchements dérisoires pour maintenir une cassure normande dispensatrice de postes aussi lucratifs que trop souvent inutiles. Déçus, mais aussi attristés : la Normandie désarticulée a accumulé les retards pendant quatre décennies et, de ce fait, a perdu de son attractivité. Deux points de P.I.B. en moins ! Une croissance inférieure d’un tiers à celle de l’Hexagone entre 1990 et 2011 (Fil/fax – 7 juin 2014). L’hémorragie de 6 000 jeunes post-bac tous les ans, partant ailleurs pour trouver un avenir… Les faits sont têtus et ceux qui ont refusé la réunification de la Normandie portent une responsabilité écrasante. Nous ne l’oublierons pas.
Il est juste de dire que le Mouvement Normand a été rejoint dans sa quête de l’unité normande par d’autres associations (L’Union pour la Région Normande, le Collectif Bienvenue en Normandie) et par des personnalités issues des milieux les plus divers (une mention spéciale doit être réservée au club des quinze universitaires géographes, dont les analyses sur la Normandie et son devenir sont irréfutables). Nous ne sommes pas jaloux, nous ne revendiquons que notre antériorité et notre indépendance et nous avons coutume de dire que la Normandie ne nous appartient pas. Nous voulons la servir, non nous en servir. L’évolution de l’opinion publique normande est le résultat des efforts de tous et nous y avons notre part. Un point, c’est tout !

LE PRINCIPE EST ACQUIS. LA REALITE DE L’UNITE RESTE VIRTUELLE.

Contrairement à ce que racontent les commentateurs, il nous paraît normal que le Gouvernement ait voulu proposer prestement son projet de réforme territoriale. Un Etat centralisateur ne peut organiser sa propre décentralisation que par un acte d’autorité. Cela ne peut venir de la base et, en l’occurrence, il faut aller vite et fort. Que le Gouvernement fixe un terme aux fusions recherchées et que ce terme devance la date retenue des prochaines élections régionales nous paraît judicieux. Certains crient à l’abus de pouvoir : cela fait des décennies que l’on attend la remise en cause du millefeuille territorial et un véritable pouvoir doit savoir prendre des décisions claires : il ne se partage pas… Sans aller jusqu’à la brutalité du « c’est à prendre ou à laisser », nous pensons que chacun doit prendre ses responsabilités. Donc nous ne critiquerons pas la méthode. A l’inverse – et ce, à cause de l’influence de quelques féodaux et autres barons socialistes – on peut s’interroger sur la pertinence de certains découpages de dernière minute.
Ils risquent de faire capoter devant le Parlement tout l’édifice du projet de réforme. Peut-être que les assemblées, grâce à des amendements adaptés, parviendront-elles à briser la fronde des notables conservateurs qui, sous couvert de ces fusions bizarres, trouveront, là, le moyen de… ne rien modifier de la situation actuelle. Le Gouvernement trouvera-t-il une majorité pour une carte de France à 14, 15, 12 régions ? Rien n’est moins sûr. Et qu’adviendrait-il alors ? Un retour au statu quo ante ? Une remise aux calendes grecques de toute tentative de réforme du millefeuille ?
Si tel était le cas – et nous souhaitons qu’il n’en soit pas ainsi – le problème de la réunification se poserait-il dans les mêmes conditions qu’avant cet épisode de la décentralisation chaotique de la France ? Nous ne le pensons pas : l’idée de fusion des deux parties de la Normandie a tellement progressé dans les esprits depuis quelques semaines qu’il faudra bien trouver une issue à une impasse dépourvue d’ambigüité. Là est notre succès d’étape, en attendant une victoire définitive.

LES OPPOSANTS N’ONT PAS DÉSARMÉ :
IL FAUT REPONDRE A LEURS ARGUMENTS OU A LEURS FAUX-SEMBLANTS.


Nous ne nous faisons aucune illusion : même si, très majoritairement, ceux qui s’expriment aujourd’hui semblent voler au secours de la victoire, nous savons que, dans l’ombre, les opposants, déclarés ou non, vont saisir toutes les occasions dans les prochains débats pour instiller le doute et tenter de monter d’infranchissables barrières.
Nous n’aurons pas la naïveté d’ignorer les manœuvres dilatoires et de sous-estimer la valeur des arguments de nos adversaires (comme ils ont si souvent affecté le mépris à l’égard de nos positions…)

1.- Les manœuvres dilatoires
  • Tout ce qui tourne autour du projet de réforme territoriale et de sa supposée précipitation… Les atermoiements ne sont que des alibis pour torpiller le projet. Retarder de quelques mois la date des élections régionales est tout à fait compréhensible si l’on veut une application rapide de la réforme. A l’inverse, poser le préalable de référendums est une manière déguisée de refuser l’évolution (En 1956, on n’a pas consulté les Normands pour diviser la Normandie : pourquoi faudrait-il qu’en 2014, avant toute fusion, on exigeât un tel procédé ? A l’Etat et aux élus de prendre leurs responsabilités).
  • Poser le préalable de la désignation de la capitale relève du même état d’esprit… Ce seront les élus régionaux de fin 2015 qui auront à faire un choix entre une microcentralisation au seul profit de la métropole de Rouen ou une répartition des fonctions entre les principaux centres urbains normands. Solution qui a notre préférence. Question qui pourrait être au cœur des programmes des différentes listes aux prochaines élections régionales (Voilà un beau sujet pour lequel on demanderait l’avis des citoyens !) Quoi qu’il en soit, il convient, dans l’intérêt de tous les Normands, de ne pas mettre la charrue avant les bœufs !
2.- Les arguments de nos adversaires

Plus personne ne défend la pertinence de l’existence de régions à deux ou trois départements et les arguments de nos adversaires (plus ou moins masqués) s’orientent plutôt sur « l’insuffisance spatiale » de la Normandie (à cinq départements tout de même !)
  • La fameuse taille européenne est une coquecigrue sans grande signification. Les régions de l’Europe ne sont pas égales entre elles. Si la Bavière, la Lombardie, la Catalogne sont des ensembles considérables, qu’en est-il de la Sarre, du Schleswig-Hollstein, pour ne citer que deux länder allemands ou, même, du Luxembourg ou de la Slovénie, deux des vingt-huit Etats de l’Union Européenne ? Ce qui compte, c’est l’homogénéité d’une région. Elle résulte de l’histoire, de l’identité, de la vocation spécifique de l’entité considérée. En ce qui concerne la Normandie, ces critères ne sont pas contestables : 2000 ans dans les mêmes limites, une identité reconnue à l’échelon mondial, une vocation maritime essentielle…
  • Dans une France à 12 ou 14 régions, la Normandie sera l’une des plus petites d’entre elles… Cela reste à prouver et ce n’est pas la taille ou le nombre d’habitants qui déterminent l’importance d’une région, mais sa cohérence, ses complémentarités, bref, son équilibre.
  • Une région n’est importante et efficiente que par l’ampleur des pouvoirs qui lui sont accordés, notamment en matière budgétaire. Cet argument est tout à fait valable et nous ne le récusons pas, bien au contraire. Le Mouvement Normand ne limite pas son programme à la réunification de la Normandie : l’extension des pouvoirs de la région est une de nos priorités, notamment en matière d’aménagement de son territoire (et, par conséquent, de son financement). La seule limite que nous imposons au pouvoir régional est le respect des pouvoirs régaliens de l’Etat.
TRAQUENARDS, COUPS BAS ET TORPILLAGES DE DERNIERE MINUTE

Tel quel, nous ne pensons pas que le projet de réforme territoriale passera les entraves des parlementaires (de toutes tendances, précisons-le !). Le Gouvernement est certainement conscient puisqu’il admet la perspective des amendements et, même, une réduction encore plus drastique du nombre des régions (de 14, on passerait à 12 et certains énarques ressortent l’idée d’une France à 8 ou 9 régions).
Tout cela réveille les espoirs déçus de deux factions prêtes à sacrifier la Normandie : celle des « économistes » et celle des « confusionnistes ».
Pour les « économistes » (le terme ne nous plaît pas trop car trop laudatif, mais il désigne les esprits limités et réducteurs qui ne conçoivent la société et son organisation que sous le seul critère matérialiste du primat de l’économie), pour les « économistes », donc, dans une resucée à peine modifiée de la vision Grumbach du « Paris – la Mer », qui distinguait une « Normandie utile » (la vallée de la Seine), abandonnant le reste du territoire normand en une sorte de « ploukistan », il faut envisager, comme le suggère le nouveau maire de Caen (UMP), un élargissement de la région normande à des départements de la région parisienne : les Yvelines, le Val d’Oise, voire les Hauts de Seine… Comme ces derniers ne songent nullement à quitter la région Ile-de-France, cela veut dire en clair la création d’une grande région du Bassin Parisien. Craignant ainsi de devoir composer avec la métropole rouennaise, on en vient donc, au nom de l’attractivité économique, à accepter la tutelle parisienne.
Une telle perspective peut séduire certains milieux d’affaires, en particulier les entreprises dont les sièges sociaux sont dans la région parisienne et les unités de production en Normandie (voire ailleurs : la grande couronne parisienne, avec Chartres, Orléans, Reims et le sud de la Picardie).
Nous devons donc combattre avec la dernière énergie ce « lâche soulagement » devant les oukazes des financiers et des économètres, trouvant dans la classe politique locale des idiots utiles d’autant plus zélés qu’ils se croient dans le sens de la modernité.
Nous dénommons « confusionnistes » ceux qui veulent dissoudre la Normandie dans une « euro-région », « à prétention écologique » - cela fait bien dans le tableau ! – qui irait de la frontière belge au Mont – Saint – Michel et qui correspond à la circonscription électorale européenne du Nord Ouest. Il s’agirait ainsi de regrouper, outre les deux mini-régions normandes, la Picardie et le Nord – Pas-de-Calais.
Nicolas Mayer – Rossignol, président PS du Conseil régional de haute – Normandie a, dans un premier temps, suggéré l’idée d’une « Région littorale du Nord-Ouest », en préconisant l’adjonction de la Picardie à la Normandie… avant de se rallier du bout des lèvres à la réalisation de la seule fusion normande (il ne pouvait faire moins s’il ne voulait pas apparaître comme un opposant au projet gouvernemental des 14 régions…). Mais n’en doutons pas un seul instant : si l’occasion pouvait se présenter lors des débats au Parlement et s’il fallait encore réduire le nombre des régions, de bons esprits de l’écurie fabiusienne remonteraient au créneau… Pourquoi employer le conditionnel ? Le nouveau sénateur, Didier Marie, ancien président du Conseil général de Seine – Maritime, a relancé, ces jours-ci, l’idée de la méga–région… qui ne semble pas enthousiasmer Dame Martine Aubry, maire de Lille. La grande ville du Nord pourrait-elle prétendre au rôle de capitale de cette région dans laquelle elle se trouverait particulièrement excentrée ? A l’inverse, les prétentions de la métropole rouennaise s’en trouveraient confortées… Et l’on retrouve les ambitions exorbitantes du sieur Mayer – Rossignol… qui n’oublie pas qu’il est conseiller municipal de Rouen.
Ces approches plus ou moins feutrées des seconds couteaux de la clique fabiusienne ont amené Laurent Fabius soi-même à se lancer dans la bataille. Le numéro deux du Gouvernement a compris – peut-être à cause de la commémoration du 70e anniversaire du débarquement « qui n’eut pas lieu sur les rivages de la région littorale du Nord – Ouest, mais sur les plages de Normandie » - qu’il fallait trouver une autre dénomination à la méga-région qu’il envisage. Il parle maintenant de la région Arc Manche…
Le concept d’Arc Manche n’est pas nouveau. Ce fut la grande idée d’Alain Le Vern, autre créature fabiusienne. Il s’agissait d’un espace de coopération franco-britannique, dont la Manche était l’axe central. Les autorités européennes l’ont pris en compte (tout en lui donnant une autre acception : l’Espace Manche, plus large et plus technocratique d’ailleurs). En tant qu’espace de coopération franco-britannique, l’Arc Manche a été approuvé par le Mouvement Normand : c’est la preuve de l’ouverture d’esprit de nos instances… mais sa reprise par Laurent Fabius selon un autre concept de fusion des seules régions françaises bordières du Channel est une tromperie et montre à l’évidence que le personnage veut – selon la dogmatique socialiste – ne tenir aucun compte des identités de la Normandie, de la Picardie et de la Région « Ch’tie » (terme affectueux et non péjoratif, précisons-le).
 
Voilà où nous en sommes. Voilà pourquoi nous en appelons à la vigilance.
Nous avons remporté une manche. La parie est bien engagée. Elle n’est pas gagnée.
 
Guillaume LENOIR                                                                                                                                                      
 
 
 
P.S. : Pour bien suivre l’évolution de cet important dossier, nous indiquons le calendrier de son cheminement :
Deux textes de loi viendront en discussion
  • L’un sur le découpage régional et le mode de scrutin des prochaines élections régionales
  • L’autre sur les compétences des collectivités
Il s’agira d’une procédure accélérée, donc avec une seule lecture devant chaque chambre
  • 18 juin 2014 : Adoption par le Conseil des ministres des textes des projets de loi
  • 4 juillet : Examen par le Sénat
  • Fin du mois de juillet : Les textes seront définitivement adoptés par le Parlement
  • Automne 2015 : Le même jour, élections départementales et régionales (d’après Le Monde, mercredi 4 juin 2014)

La Rédaction