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Une entreprise de décervelage de la jeunesse normande dans ses pompes et dans ses œuvres : l’éducation qui fut jadis nationale !

Jeudi 18 Novembre 2010

Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


Une entreprise de décervelage de la jeunesse normande dans ses pompes et dans ses œuvres : l’éducation qui fut jadis nationale !
Décrivons pour commencer le contexte. Il s’agit d’un (bon) collège de Rouen, capitale historique de la Normandie. Nous en tairons le nom : il n’est pas en cause. Les enseignants qui exercent dans cet établissement sont de qualité : eux non plus ne sont pas en cause. Alors de quoi s’agit-il ? Des manuels d’histoire et géographie de 6e et de 5e que l’on confie aux élèves.
Soyons précis : ce sont les manuels Belin (programme 2009 pour celui de 6e, programme 2010 pour celui de 5e). Ces manuels respectent scrupuleusement les programmes officiels, ils sont bien faits et abondamment illustrés. Réalisés par des équipes de professeurs de diverses académies. Aucun n’est de l’académie de Caen, nul d’entre eux n’exerce dans celle de Rouen. Là n’est pas la question, mais cela suggère peut-être une explication à ce que nous allons maintenant dénoncer.

Auparavant, précisons que les programmes d’histoire de 6e et de 5e portent, pour le premier sur la civilisation grecque, Rome, les débuts du judaïsme et du christianisme, les empires chrétiens du haut Moyen Âge, les mondes lointains ; pour le second, le royaume de France, l’Europe, le monde musulman, l’Afrique, l’Église, les arts, et ce jusqu’à la Révolution de 1789. On peut légitimement s’inquiéter de l’ampleur de la tâche. Ce que l’on faisait jadis en trois ans – la 4e étant alors consacrée à la Renaissance et à l’époque classique – est condensé en deux ans, avec, en plus, l’amplification de l’ouverture vers les histoires extra-européennes, et cela, avec un horaire hebdomadaire réduit. On sent bien que l’histoire n’a plus la même importance dans la formation intellectuelle des jeunes. La presse s’en fait l’écho : nous ne reviendrons pas là-dessus.

Que l’on ait voulu sortir du allocentrisme et de l’européocentrisme peut se concevoir, que ce soit au détriment d’une véritable connaissance de notre passé est plus discutable. Il paraît qu’il faut tenir compte de la nouvelle composition ethnique du public scolaire… Vieux débat sur l’ambition républicaine d’intégration des populations issues de l’immigration : nous ne l’ouvrirons pas.

Ce que le Mouvement Normand, en revanche, dénonce dans cette affaire, c’est une ABSENCE TOTALE de références à l’histoire de la Normandie. Les Vikings, connais pas ! La Duché de Normandie ? Rien à en dire ! La conquête de l’Angleterre ? Pas un mot ! Quant à l’extraordinaire réussite des Normands en Sicile et en Italie du Sud, il s’agit sans doute d’un des contes des mille et une nuits !

Nous sommes, répétons-le, dans la capitale historique de la Normandie. Il y a bien la reproduction d’une scène de la Broderie de Bayeux, mais ce document exceptionnel n’est pas situé dans son contexte : il ne sert qu’à illustrer une cérémonie d’adoubement.

Le DÉNI DE NORMANDIE est complet : comment un jeune, d’origine normande ou venant d’ailleurs, peut-il s’identifier à la région dans laquelle il habite avec une telle absence de perspective ? Quel sentiment d’appartenance peut-on enclencher à partir de ce vide vertigineux ? Comment un jeune élève, de famille immigrée ou simplement déplacée de la province d’origine, peut-il se sentir concerné par son environnement historique, architectural, culturel dès lors que le manuel qu’on lui met entre les mains supprime par prétérition l’existence même de la notion de Normandie ?

On nous objectera que les professeurs auront à cœur d’illustrer leurs cours par des exemples tirés de l’environnement normand… Peut-être que certains le font, mais quand on sait que nos académies de Caen et de Rouen sont – comme nombre d’académies situées au nord de la Loire – peuplées d’enseignants venus d’ailleurs, notamment en premières affectations, qu’ils n’ont de cesse de vouloir s’en retourner dans leurs terroirs d’origine, on ne peut que déplorer l’insuffisante formation de ces personnels aux réalités locales et les pauvres gamins ne peuvent même pas se référer aux manuels qui leur sont distribués.

Nous sommes en plein phénomène d’acculturation, non pas pour assimiler un autre modèle dominant, mais par négation de la réalité locale. Inutile de préciser que ce n’est pas ainsi que l’on donne les plus grandes chances aux élèves de nos établissements aux élèves d’appréhender leur futur environnement culturel et… professionnel. Étonnez-vous après cela qu’un étudiant diplômé sur quatre en Normandie parte sans esprit de retour vers d’autres cieux ! Quels sont les éléments de communion intime avec le terroir dont ils sont issus qui peuvent les retenir ? D’autant plus que la mode de l’héliotropisme, fortement encouragée par les enseignants venus d’ailleurs, leur fait fuir la Normandie en été (alors que l’été en Normandie est d’une luxuriance qu’il est dommage de méconnaître).

L’ÉDUCATION dite nationale – en fait, elle a même perdu ce qualificatif trop… identitaire – est responsable du décervelage de la jeunesse normande qu’on veut ainsi formater selon un modèle universel, plus ou moins mythique, mais qui, en fait, repose sur l’ignorance du contexte environnemental et culturel.

Que font nos deux demi-collectivités régionales pour lutter contre cette entreprise de déracinement culturel ? Rien ! Elles se retranchent derrière le fait que les programmes sont élaborés par le Ministère, qu’elles n’ont pas voix au chapitre en la matière, mais ne financent-elles pas ces manuels ineptes ?

Le Mouvement Normand a toujours pris position sur cette question fondamentale.

Nous allons la résumer en quelques propositions :
  1. Il faut inciter les maisons d’éditions à s’adapter aux réalités régionales.
  2. A défaut, il est du devoir des collectivités départementales et régionales de TOUTE la Normandie de mettre à la disposition des professeurs d’abord, des élèves ensuite, sous la forme d’un manuel complémentaire ou d’une clef informatique d’un vade-mecum rassemblant une sorte de « minimum culturel normand » indispensable, dans lequel on pourrait aussi poser les problématiques de l’économie et de l’avenir institutionnel normands.
  3. Il faut promouvoir l’option « Culture Régionale », que permettent les textes mêmes du Ministère.
  4. Il faut exiger que les professeurs (et, en général, tous les fonctionnaires) suivent un stage de formation préalable leur permettant de connaître et comprendre la région.
  5. Il faut inciter nos universités à se mobiliser, notamment en histoire, en géographie, en lettres et en droit, pour que le patrimoine culturel régional redevienne le socle partagé d’une véritable formation d’un futur citoyen en Normandie.

Devant la carence de l’Éducation ex-nationale, ne nous étonnons pas du succès des revues d’histoire, ni de la vitalité réactive des sociétés d’érudition locale. Sait-on, par exemple, qu’il existe en Normandie une centaine de revues culturelles ? Elles ne sont pas toutes subventionnées par les collectivités territoriales, loin s’en faut. N’y aurait-il pas, là, un bon moyen pour les autorités locales et régionales de contrecarrer la volonté manifeste d’un Ministère sans âme de mépriser les cultures enracinées ?

Pour le Directoire Gris (Éducation – Formation initiale et Continue – Universités et Recherche) du Mouvement Normand
Guillaume LENOIR

Rédaction TVNC