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Savoir dénommer, mais attention à ne pas franchir la ligne jaune

Mercredi 23 Mars 2011

Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


Savoir dénommer, mais attention à ne pas franchir la ligne jaune
Donner un nom, se donner un nom est un acte grave, solennel. « Le plus beau patrimoine est un nom révéré », disait Victor Hugo. Sans doute pensait-il à un être, à une personne, mais dans la mesure où la patrie, la terre des pères, la nation s’assimilent facilement à des personnes, dénommer ce territoire revêt une importance considérable et la puissance du nom devient alors une arme, un argument décisif. C’est pourquoi il convient d’y être attentif : rien n’est pire qu’un nom galvaudé, rien n’est plus déprimant qu’un nom mal tourné, fruit le plus souvent d’un esprit de système quelque peu technocratique. On fit très fort en France à ce sujet lors de la création des départements, avec ces noms géographiques composés (Loir-et-Cher, Indre -et-Loire, Lot-et-Garonne, etc. : avouons que, même si nous nous y sommes habitués, ces noms bizarres – mettons-nous à la place d’un étranger ! – peuvent apparaître incongrus). N’oublions pas que les Constituants voulurent éradiquer les noms des provinces dans lesquelles ils croyaient reconnaître « l’agrégat des peuples désunis », qui caractérisaient, disaient-ils, le royaume de France, eux qui voulaient l’unité de la nation…). Ce n’est pas un simple rappel d’un avatar historique : chacun se souvient de la polémique sur la dénomination des habitants de la Seine-Maritime, devenus par la grâce de Didier Marie, les… Seinomarins (sic !)… Depuis, on parle d’Eurois, de Calvadosiens, d’Ornais et on ne sait plus s’il faut dire Manchots ou Manchois. Que de contorsions pour ne pas se proclamer Normands tout simplement ! Ou, même, Augerons, Cauchois, Cotentinais, Brayons… puisque les vieux « pagi » gaulois ont survécu dans les mémoires jusqu’à notre époque…

Le nom d’un territoire est une arme. Arme identitaire, arme économique. A ce titre, elle ne doit pas être émoussée. Un lecteur de La Presse de la Manche (8 février 2011) s’indigne devant le lancement ou la création « d’un marqueur MN, pour Manche Normandie, avec trois déclinaisons : La Manche New Normandie, pour les entreprises, La Manche West Normandie, pour les événements, La Manche Edenormandie, pour les loisirs et le tourisme ». Et d’ironiser devant la prétention des édiles départementaux pour qui « l’anglicisme donne au marqueur un caractère moderne et universel ». Tout ce travail, prétendent ces crétins solennels, « découle d’une démarche identitaire ». Et notre ronchon, dont le Mouvement Normand partage l’indignation, de faire remarquer : « Nonobstant qu’une démarche identitaire eût demandé qu’on recourût, sinon au normand, du moins au français, comment le Conseil général et l’Office de tourisme de la Manche ont-ils pu tenir les deux premières « déclinaisons », charabia incompréhensible tant pour un francophone que pour un anglophone ? Quant à la troisième déclinaison, qu’on m’ôte d’un doute : cela se prononce bien « iden-Normandie ? » (Christian Buat, de Port-Bail).

Cette idée d’utiliser le nom d’un territoire à des fins de dynamisme économique et de notoriété touristique est tout à fait dans l’air du temps et, au Mouvement Normand, nous trouvons cela tout à fait positif. Notre territoire est notre force, nous y puisons notre enracinement. Il est notre fierté et nous sommes enthousiasmés à l’idée qu’à l’échelon international la Normandie, avec Paris, la Côte d’Azur et la Champagne (on se doute pourquoi : il ne s’agît plus, là, du territoire) soient mondialement connues, identifiées et, d’avance, appréciées. Aussi comprenons-nous que nos voisins d’outre -Couesnon veuillent faire du nom « Bretagne » une marque qu’ils entendent diffuser sur les produits d’origine… Nous eussions aimé que l’IRQUA – Normandie (Institut Régional de la qualité de la Normandie) utilisât le mot « Normandie » plutôt que « Gourmandie », mais la consonance est si proche et le logo afférant s’ornant du léopard, on peut espérer que les consommateurs ne s’y trompent pas.

Le nom de « Normandie » permettant d’affirmer l’identité régionale, le savoir-faire normand, la qualité des produits normands, nous approuvons donc le projet de Laurent Beauvais, président du Conseil régional de basse Normandie, de vouloir développer cette « marque »… « comme les voisins bretons le font pour la marque Bretagne », aurait-il précisé (in Ouest-France, 25 février 2011).
Laurent Beauvais souhaiterait que ce projet fût partagé par son homologue du Conseil régional de haute Normandie. Ce pourrait être, en effet, un nouvel axe de convergence fusionnelle entre les deux demi-régions et il serait tout à fait bienvenu.

Mais là où l’hôte de l’Abbaye aux Dames déraille, franchit la fameuse ligne jaune, c’est lorsqu’il propose d’abandonner le triste vocable « basse Normandie » pour s’arroger pour la seule partie occidentale du territoire normand le nom de « Normandie ». La haute Normandie restant haute. Comme il existe la Savoie et la Haute-Savoie.
Cette idée, marquée d’un égocentrisme déplorable, n’est pas nouvelle. Son prédécesseur, René Garrec, président UDF de la région jusqu’en 2004, avait eu une telle prétention qui, en son temps, avait sèchement été refoulée par Antoine Rufenacht, président du Conseil régional de haute Normandie.

Le nom de Normandie appartient à tous les habitants des cinq départements normands et des îles normandes de la Manche : il ne saurait être question qu’une fraction, si chère à notre cœur soit-elle, s’accaparât le précieux talisman.
Lorsque les deux demi-régions actuelles auront fusionné, alors, oui, trois fois oui, il faudra arborer fièrement le nom de Normandie ! Il n’y a pas d’autres solutions acceptables.
« Le nom, c’est une présence totale rassemblée magiquement dans l’objet », écrivait Simone de Beauvoir.
Qu’on se le dise !

Edwige LE FORESTIER
Pour le Directorat Violet (Problèmes identitaires normands)
du Mouvement Normand

Rédaction TVNC