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Pire qu’une goujaterie, c’est une erreur !

Lundi 31 Janvier 2011

Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


Pire qu’une goujaterie, c’est une erreur !


Dans la douzaine d’événements retenus dans la liste annuelle des Célébrations et Commémorations nationales en 2011, on trouve le XIè centenaire de la naissance de la Normandie (911 – 2011), c’est dire l’importance que les plus hautes Autorités de l’Etat attachent à cet anniversaire. On est bien évidemment au-delà du folklore ou de la nostalgie.
L’événement est « signifiant » et a grandement contribué à la construction de la France : des livres récents le démontrent amplement.
Nous n’en citerons qu’un, n’étant pas d’auteurs normands, « Histoire des Provinces de France » d’Antoine Auger et Dimitri Casale (Editions TF1 – Publishing), dans lequel la naissance de la Normandie tient une place éminente et exemplaire…

C’était donc une occasion unique de mettre la Normandie à l’honneur, de lui restituer en la circonstance, aux yeux des Normands eux-mêmes, mais aussi de toute la France et, mieux encore, de l’Europe et du monde, son aura de terre de sapience, modèle de civilisation et d’institutions dans l’héritage européen.
Pour être à la hauteur d’une telle commémoration, il eût fallu que la Normandie tout entière se sentît investie de la mission de faire fructifier cette conjoncture favorable et que, comme il y a un siècle en 1911, on mobilisât tous les moyens de communications et d’exaltation pour cet anniversaire.

Hélas, comme le titre amèrement La Presse de la Manche (24 janvier 2011) : « 1100 ans de Normandie : un anniversaire au rabais ? », et
de commenter : « Cette année, la Normandie dans sa formation historique (haute et basse) fête ses 1100 ans. Un événement de taille pour cette région qui fut une des plus importantes du royaume de France, qui a bouleversé l’histoire de l’Angleterre, marqué celle de la Sicile et imposé son sceau au droit international. Mais cet anniversaire pourrait se dérouler en petit comité. »

Partant de l’idée, notamment exprimée par M. Laurent Beauvais, président du Conseil régional de basse Normandie, selon laquelle « l’avenir de la région est aussi fondé sur les problématiques liées au tourisme, y compris dans ses références historiques et culturelles », l’accompagnement de cette commémoration a été confiée au Comité Régional du Tourisme de Normandie (qui regroupe les cinq Comités départementaux de tourisme normands), dont la présidence tournante est occupée en ce moment par M. Alain Tourret, vice-président du Conseil régional de basse Normandie, fonction dans laquelle il a succédé à M. Alain Le Vern, président du Conseil régional de haute Normandie. C’est dire le caractère politique du patronage du Comité Régional du Tourisme, financé dans son fonctionnement à parité par les deux pseudo –régions normandes.

Le Mouvement Normand ne discute pas ce choix du C.R.T. : nous faisons seulement remarquer qu’à notre avis le XIè centenaire de la naissance de la Normandie aurait supposé autre chose que la primauté accordée à la dimension touristique. Nos universités eussent dû être mises à contribution par le truchement d’un comité scientifique, plaçant ainsi l’événement dans sa signification historique, culturelle et géopolitique. Il fallait un organisme coordinateur : le Comité Régional du Tourisme fera certainement l’affaire et, d’ailleurs, il va valider nombre de colloques scientifiques en tant que manifestations retenues pour cette commémoration. L’aspect touristique n’est donc pas le seul retenu et c’est tant mieux !

Me Alain Tourret, dans sa première présentation des manifestations prévues ou retenues pour ce XIè centenaire de la naissance de la Normandie a fort justement évoqué le Millénaire de 1911 et le Festival Normandie impressionniste… Les fêtes du Millénaire de 1911 ont été grandioses : « Les 1000 ans, ce fut des fêtes terribles, essentiellement à Rouen, toutes au cours du mois de juin avec le clou le 11 : 1000 personnes costumées, 15 chars allégoriques avec une foule immense de Rouennais, de Normands et de Parisiens venus en trains spéciaux, 400 000 personnes, un spectaculaire cortège de guerriers vikings… et quelques jours plus tard les festivités recommençaient avec la visite du président de la République ! ». Le Festival Normandie impressionniste, qui vient de se terminer, a mobilisé toute la Normandie, drainé des centaines de milliers de visiteurs dans nos musées (plus de 240 000 à l’exposition du Musée de Rouen) et le succès en a été tel que cela a dégagé des bénéfices permettant à la Ville de Rouen, par exemple, de faire l’acquisition de tableaux allant enrichir les collections de son Musée des Beaux – Arts.

Pourquoi ce que l’on a réussi il y a un siècle, pourquoi le succès de l’année 2010 ne pourrait-il se reproduire en 2011 pour la commémoration du XIè centenaire de la naissance de la Normandie ?

Il se pourrait que le succès populaire en fût approchant : le Comité Régional du Tourisme a recensé près de 300 manifestations prévues au cours de cette année et il arriverait encore des projets au siège du C.R.T…. Me Tourret est optimiste : « Le 1000è anniversaire a été un grand moment, mais un grand moment limité dans l’espace et dans le temps. Nous allons faire en sorte que l’événement soit totalement normand avec les trois régions, la haute Normandie, la basse Normandie et les Iles anglo-normandes ». A noter que, dans la liste des trois cents projets, la répartition départementale montre que le Calvados et l’Eure se taillent la part du lion, à un moindre degré, l’Orne et la Manche, la Seine-Maritime semblant quelque peu bouder l’événement…

 Pourquoi cette défaillance apparente de la Seine-Maritime dans le concert normand ?

L’hostilité rabique d’Alain Le Vern, président du Conseil régional de haute Normandie, à toute idée de réunification s’est transformée ces temps derniers dans une contestation même de l’idée normande. L’an passé, pour le Festival Normandie impressionniste,  il s’était laissé convaincre par son mentor en politique, Laurent Fabius, qui en était l’initiateur et la collectivité territoriale régionale avait participé financièrement au succès de cette manifestation. Cette année, et dans le but, aussi, de mépriser une initiative reconnue et promue par l’Etat dans le cadre des Célébrations et Commémorations nationales (L’Etat, c’est Sarko, tout sauf Sarko, donc faut être contre tout ce que promeut l’Etat… Tel est le syllogisme constant de cet aimable personnage !), Le Vern refuse de participer financièrement au XIè centenaire de la Normandie et, dans son sillage, il entraîne dans ce déni de Normandie le Maire de Rouen, Valérie Fourneyron, et le président du Conseil général de la Seine-Maritime, Didier Marie… Au-delà, c’est nombre de collectivités municipales qui ne se mobilisent pas… Mieux, il envoie son aboyeur de service, Claude Taleb, chef de file des Verts, déclarer à la presse : « Ce n’est pas la priorité de la région haute Normandie de célébrer l’esprit guerrier d’antan, de célébrer des rapports de force et trois siècles pas forcément pacifiques. Même s’il y a incontestablement bon nombre de Normands que l’évocation historique intéresse, nous préférons nous tourner vers l’avenir en améliorant encore l’accueil et la valorisation de nos atouts naturels » (in Paris-Normandie – Dimanche, 2 janvier 2011). Devant ce monceau de bêtise prétentieuse, on hésite entre la colère et l’ironie méprisante. Réduire l’histoire normande à cette caricature relève de l’ignorance la plus crasse et prétendre que l’avenir appartient à ceux qui refusent l’héritage du passé témoigne d’un esprit à courte vue, totalement embrumé par l’idéologie des sectateurs d’une nature déshumanisée, bien évidemment inexistante dans nos contrées depuis longtemps modelées par l’homme.

Les propos excessifs du sioeur Taleb ne comptent pas : ils sont controuvés par l’afflux des projets d’animation du XIè centenaire de la naissance de la Normandie collectés par le Comité Régional du Tourisme (certainement que ni Mme Fourneyron, ni MM. Le Vern, Marie et Taleb ne s’attendaient pas à être contredits dans les faits en lançant leur oukase et leur anathème…). Mais la traduction de cette méprisable dérobade réside dans le fait que la haute Normandie n’apporte pas sa contribution financière pour soutenir ces manifestations alors que la basse Normandie consent une aide financière de 500 000 euros et on parle même d’une rallonge importante.

S’agit-il d’argent jeté par les fenêtres ? Les retombées touristiques attendues pourront être comptabilisées, comme lors du Festival Normandie impressionniste, l’impact en termes de notoriété et d’attractivité sera considérable et rejaillira sur toute la Normandie. Le refus de Le Vern et consorts est de ce fait une goujaterie, surtout si l’on considère que, pour le Festival Normandie impressionniste, la basse Normandie a apporté son concours financier (Conseil régional, Conseils généraux, C.D.C. et municipalités). Cette absence de réciprocité est une mauvaise manière, qui laissera des traces, ne serait-ce que pour le financement des prochaines manifestations du Festival Normandie impressionniste que Laurent Fabius entend organiser dans l’avenir ou pour tout autre concept mobilisateur pour l’ensemble des Normands.

Nous n’osons croire ce que, pourtant, certains de nos amis nous suggèrent : plutôt que de parler de « mauvaises manières » pour stigmatiser cette absence de réciprocité entre les deux pseudo – régions, ne s’agirait-il pas en l’occurrence d’un acte délibéré de la part de l’exécutif régional haut normand, destiné justement à torpiller les nécessaires coopérations entre les deux parties de la Normandie ? Une sorte de message subliminal à l’intention de l’homologue bas normand qu’il ne faut surtout pas compter sur une solidarité normande dans les grands dossiers du jour : la ligne à grande vitesse Paris – Normandie ramenée en l’espèce à la seule liaison Paris – Le Havre, ou encore, l’attitude à adopter dans la perspective du Grand Paris ? Si tel était le cas, ce serait un désastre incommensurable pour la Normandie.

Nous laisserons à Jean Levallois, éminent journaliste de La Presse de la Manche, le soin de conclure avec une partie de son « point de vue » intitulé « Bon anniversaire, Normandie ! » (25 janvier 2011). Il reflète parfaitement notre vision de la problématique du XIè centenaire de la naissance de la Normandie.
« L’occasion aurait été belle, pour ce onzième centenaire de la Normandie, d’engager un processus de retrouvailles plus prononcé entre les deux rives de la Seine. Parce que, partout dans le monde, si l’on connaît le Mont Saint – Michel, les plages du Débarquement, les impressionnistes, Etretat, le Pays de Caux, Deauville ou Honfleur, on ne connaît que la Normandie. Tout cela forme un tout, une richesse, un patrimoine et une histoire, parfois tumultueuse, comme seuls les grandes familles et les grands peuples parviennent à les susciter.
Mais de Haute ou de Basse Normandie, c’est de l’ordre de la chinoiserie pour les touristes étrangers qui vont à l’essentiel.
Et l’essentiel c’est, pour reprendre un mot d’auteur régional, « qu’en Normandie, il n’y a que la mer qui soit haute ou basse. » Bien entendu, on trouvera toujours quelques sots pour penser qu’ils sont supérieurs à d’autres.
Laissons-les rêver. A la longue, on découvrira que c’est une stupidité. 
»

Que dire de plus ?

Guillaume LENOIR
Rédacteur en Chef de l'Unité Normande

Rédaction TVNC