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« Méfie-toi, méfie-toi encore, méfie-toi toujours ! »

Jeudi 30 Juin 2011


Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


« Méfie-toi, méfie-toi encore, méfie-toi toujours ! »
Chacun connaît, sous sa forme dialectale surtout, le célèbre adage normand qui fait le pendant au fameux « P’tet ben qu’oui, p’tet ben qu’non » et qui exprime la (trop ?) grande prudence des Normands et le souci très libéral d’affirmer d’une façon compensée que « la vérité n’est jamais entièrement du même coté », ce qui faisait dire à André Siegfried que « le Normand était un whig ». Trait de caractère, sans doute, handicap pour agir, peut-être, frein pour saisir les opportunités, sûrement : mais nous sommes ainsi collectivement. Il serait vain de le nier. Que cela ne nous empêche pas de sortir de cette ornière si l’on ne veut pas nous voir nous y embourber, notamment lorsque l’histoire nous passe les plats. Rien ne serait pire que de nous abandonner sur la pente dangereuse d’un quelconque fatalisme : nous devons relever les défis, même s’ils côtoient quelquefois l’utopie. L’utopie, c’est le refus du renoncement. Le fait même que nous ayons, il y a plus de quatre décennies, créé le Mouvement Normand constituait une utopie dans la mesure où nous voulions susciter un élan collectif avec des personnes de mentalité individualiste, s’exaltant de la devise « Normand sire de sei », tout en cultivant la prudence et la méfiance. La gageure était de taille, elle le demeure encore aujourd’hui.
 
Mais, plus que jamais, les Normands ont des défis à relever. Seule l’audace et, répétons-le, l’élan collectif nous permettront d’être à la hauteur des enjeux. Cela n’empêche pas de rester lucides et d’être conscients des menaces qui peuvent planer sur notre devenir. A condition que nous ayons une vision claire et globale de la situation présente et à venir.
 
Le projet « Paris – la Mer », qui se décline, chez nous, sous le vocable d’ »Axe Seine », constitue le défi normand du Vingt-et-unième siècle. Il n’y en a pas d’autres, sauf catastrophes internationales (crises économiques, conflits armés locaux ou planétaires, révolutions, effondrement démographique, collapsus sanitaire : le Vingtième siècle nous a appris qu’il ne fallait jamais croire impossibles les pires calamités…). Il s’agit d’une rencontre de la Normandie avec l’histoire et, tout d’abord, d’une réflexion assumée sur la situation géostratégique et géopolitique de la Normandie.
 
Qu’est-ce que la Normandie, sinon un des lieux de l’Europe occidentale où communient la Mer, d’une part, c’est-à-dire la Manche, et un fleuve permettant une pénétration du continent, d’autre part, c’est-à-dire la Seine… La Normandie dispose donc d’un CAPITAL DE SITUATION, d’autant plus exceptionnel que son hinterland se compose, tout proche, d’une ville-capitale, Paris, une agglomération de douze millions d’habitants, aux fonctions essentielles et qui aspire à devenir une « ville-monde », c’est-à-dire un des principaux pôles mondiaux.
 
De la manière que les Rouennais – et, par suite, les Normands – ont redécouvert l’importance de leur fleuve tutélaire (qu’on se souvienne qu’avant la première Armada, Rouen tournait ses regards ailleurs que vers les rives du fleuve et ce, depuis la calamiteuse reconstruction, conséquence de la non moins calamiteuse « libération à coups de bombes »), Paris ne se conçoit un avenir mondial que par un accès direct à la mer – ce qui lui est acquis en partie par les infrastructures de communication multimodales. Mais la Ville-Capitale veut plus : elle veut être « sur mer », justifiant, d’une façon ironique, l’image d’une « Côte fleurie, XXIè arrondissement de Paris ». Les désirs de Paris sont parfaitement compréhensibles et admissibles et ils s’inscrivent dans un mouvement mondial de l’accès à l’océan des grandes agglomérations voulant sortir du nombrilisme de ces conurbations autocentrées et hypertrophiées, qui crèvent d’une croissance adipeuse dépourvue de sens.
 
Paris – la Mer, Paris – sur – Mer, c’est sans doute le seul destin cohérent d’une capitale voulant jouer dans la cour des grandes villes d’importance mondiale, non par le nombre de ses habitants, mais par le rôle et les fonctions qu’elles peuvent exercer.
 
Cela étant, cela devrait signifier que les fonctions d’importance internationale, voire régaliennes, de Paris ne dussent plus être exercées à l’intérieur d’un Paris réduit aux quartiers intra-muros ceinturés par le périphérique, ni même par une extension des organes de direction s’implantant dans la grande banlieue : l’implantation d’un tertiaire supérieur en direction de la mer s’impose et constitue une rupture radicale avec le système actuel de la pompe aspirante de tous les sièges sociaux et des organes de direction des entreprises installées dans un périmètre de deux cents kilomètres autour de Paris. Cette exigence est une question de crédibilité de la volonté parisienne de coopérer sincèrement avec les territoires que son impérialisme guigne.
 
En l’occurrence, il s’agit de la Normandie, qui ne peut accepter de devenir le cône de déjection du torrent parisien.
D’où un changement de perspectives de la problématique du projet « Paris – la Mer ». Paris est dans la position de demandeur, pas seulement dans celle du donneur d’ordres. C’est Paris qui, D’ABORD, a besoin du capital de situation de la Normandie et qui, de ce fait, doit accepter un partenariat, non pas d’égal à égal, mais dans une vision gagnant / gagnant. Toute autre attitude parisienne (ou de la Région Ile-de-France) serait inacceptable et, finalement, contre-productive pour chacun des protagonistes.
 
Cela implique que chacun dépasse l’ambition uniquement citadine du développement parisien : Paris – la Mer ne sera viable que si l’on inclut dans le projet les indispensables poumons verts y rendant la vie de tous les jours acceptable. Et, par suite, cela condamne totalement la vision Grumbach de « l’Axe Seine ».
 
En quoi consiste-t-elle ?
 
Il faut lire et relire les textes et déclarations d’Antoine Grumbach, initiateur choisi du projet Paris – la Mer – Axe Seine, qui, JAMAIS, n’utilise le concept de Normandie et réduit ainsi l’ambition de Paris – ville monde à un seul aménagement AU SERVICE DE PARIS de la seule vallée de la Seine, une bande de terre de deux cents kilomètres de long sur vingt ou trente de large. La Seine est instrumentalisée, Le Havre courtisé (c’est la mer qu’ambitionne Paris) et Rouen quelque peu minimisée. Quant à Caen… n’insistons pas. Le troisième pôle de la métropole normande (Rouen – Caen – Le Havre) est ravalé au rang des « ploukistans » des terroirs normands oubliés.
 
La vision Grumbach, le Mouvement Normand la rejette, et ce qui nous inquiète, c’est que le Gouvernement ait créé un Commissariat à l’Axe Seine et non pas un Commissariat au projet Paris – la Mer.
L’idée d’un Commissariat est excellente : pour accélérer la réalisation d’un projet, il faut une unité de commandement avec une mission bien définie. Le choix d’Antoine Rufenacht est tout à fait bienvenu, même s’il fait tordre le nez de certains hiérarques socialistes. Cette mission est limitée dans le temps : son terme est fixé au mitan de l’année 2012, mais elle peut être prorogée, surtout si une certaine conjoncture politique le permet. Que le Commissaire à l’Axe Seine ait toutes les facilités pour mettre en action et en convergence les différents ministères concernés est aussi une très bonne chose.
 
Notre crainte, cependant, réside dans le concept même d’Axe Seine. S’il s’agit de la colonne vertébrale du projet Paris – la Mer, nous l’entendons positivement, mais s’il s’agit du territoire restreint de l’hypothèse Grumbach, nous en voyons tous les dangers.
 
Questions : Antoine Rufenacht – très havrais dans son approche, ce que nous ne saurions lui reprocher – a-t-il une conception plus large que le simple Axe Seine ? Sa mission lui permet-elle d’ouvrir le grand angle ? Ses partenaires obligatoires, mais adversaires politiques, Laurent Fabius, Alain Le Vern, Jean-Paul Huchon, Bertrand Delanoë, ont-ils une volonté affirmée de concevoir le projet Paris – la Mer autrement que par la lorgnette du localisme le plus dérisoire ? Malgré les sourires de circonstances, nous n’avons pas vu, lors du second Colloque Axe Seine, que ces excellences aient accueilli pleinement leurs collègues et néanmoins amis Laurent Beauvais, président de la demi-région basse Normandie, et Philippe Duron, maire et président de l’agglo Caen – la Mer.
 
Est-ce, là, l’indice d’un front commun de la Normandie revendiquant un partenariat avec Paris et l’Ile-de-France ?
 
L’interrogation que nous avons, au Mouvement Normand, sur la notion d’Axe Seine ne remet pas en cause notre adhésion à l’ensemble du projet Paris – la Mer. Nous savons combien elle est assumée par les Grands Ports Maritimes du Havre et de Rouen et le Port Autonome de Paris qui, judicieusement, forment une équipe cohérente et conquérante dans les Salons internationaux : évidemment, dans ce cas, l’Axe Seine s’impose. A l’inverse, en matière d’Aménagement du territoire, l’Axe Seine peut très bien n’être qu’une petite partie du projet du projet Paris – la Mer. Le Mouvement Normand souhaite que la notion GRAND ESTUAIRE soit le pendant du concept Grand Paris, tel qu’il est esquissé dans la mission dirigée par le ministre Maurice Leroy (avec un essai de vision globale des transports souhaités dans la Région Ile-de-France).
 
Le Grand Estuaire, c’est la prise en compte de la presque totalité de la Normandie puisqu’il s’agit d’un territoire délimité, à l’ouest, par Cherbourg, Dieppe – Le Tréport, à l’est, Vernon, au sud. C’est l’estuaire proprement dit, la baie de Seine, le pôle métropolitain normand, avec ses trois grands agglomérations, Rouen – CREA, Caen- la Mer, Le Havre – CODAH, la partie normande de la vallée de la Seine et les territoires adjacents dans lesquels Evreux et l’Eure jouent pleinement leur partie, c’est encore tout le tissu des petites et moyennes industries d’une basse Normandie, qui n’est pas qu’agricole et touristique comme d’aucuns la caricature. Le Grand Estuaire, c’est la principale zone de production électrique de l’Hexagone où se fera la transition assumée – là encore – du nucléaire aux énergies renouvelables (éolien terrestre et off-shore : c’est en Normandie que l’on trouve les plus grandes espérances en ce domaine). On le voit la Normandie, ce n’est pas, pour Paris, seulement un capital de situation.
 
Si les Normands veulent qu’un véritable partenariat s’instaure entre Pris et l’Ile-de-France, d’une part, et la Normandie, d’autre part, il importe que les deux demi-régions de haute et de basse Normandie accélèrent le processus de leurs convergences fusionnelles – la réunification de la Normandie demeurant la seule vraie solution – et qu’elles élaborent EN COMMUN un PROJET NORMAND. On en est encore loin, semble-t-il, puisque, après des S.R.A.D.T. divergents, la Normandie orientale se dote d’un Contrat Régional de Développement Economique (C.R.D.E .) hémiplégique et la Normandie occidentale d’un plan intitulé « Normandie 2020 », hélas trop réduit à la seule basse Normandie. Les convergences fusionnelles – car il y en a ! – viennent d’autre part que du monde politique, totalement en décalage avec les réalités économiques et les désirs d’une grande partie de la société civile. L’exemple de la perspective de fusion en 2014 – 2015 des deux Chambres Régionales de Commerce et d’Industrie marque la volonté d’en finir avec le clochemerle normand.
 
Une occasion se présente : le Débat public autour du projet de Ligne Nouvelle Paris – Normandie (LN.P.N.).
 
Elle suppose préalablement que tous les Normands s’en emparent et définissent une position identique quant aux objectifs, aux fonctionnalités, au tracé de la L.N.P.N. en Normandie. Elle implique bien évidemment l’adhésion de la Région Ile-de-France qui, pour l’instant, semble très favorable : ce n’est pas étonnant puisque la L.N.P.N. doit commencer par se libérer des contraintes du Mantois.
 
Au Mouvement Normand, nous préfèrerions qu’un tel phasage (régler le problème du Mantois en premier) n’offre pas la tentation aux Parisiens et habitants de l’Ile-de-France de ne guère poursuivre plus avant en Normandie le projet de ligne nouvelle. Nous entrevoyons déjà leurs arguments : le coût déjà exorbitant de l’aménagement ferroviaire du Mantois et le fait que Paris n’a pas que le projet Paris – la Mer dans ses perspectives de développement.
 
Et c’est là que nous voulons alerter nos compatriotes normands et les habitants de Paris et de l’Ile-de-France : le projet Paris – la Mer est unique, d’ampleur nationale. C’est une option fondamentale, d’importance pluriséculaire. La question est : Paris veut-elle ou non devenir une ville-monde par un accès organisé à la mer ? Si la réponse est positive, on ne peut mettre ce projet en balance avec d’autres et cela concerne l’ensemble de la nation française, car il s’agit de notre capitale. L’Etat doit donc s’engager à fond. Faute de quoi, on assistera à la seule satisfaction de besoins subalternes et immédiats de la région parisienne au détriment de l’intérêt des Normands et de la France en général.
 
La méfiance est donc à l’ordre du jour.
« Méfie-té ! Méfie-té co’ !, Méfie-té tréjous ! »
 
Didier PATTE
 Président du Mouvement Normand

Rédaction TVNC

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