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Lettre ouverte à Mmes et MM. les parlementaires des cinq départements normands

Mardi 17 Juillet 2012

Communiqué du Mouvement Normand. N° 170 - semaine 29, 2012.


L'annonce par les Autorités gouvernementales d'un probable arrêt des projets de lignes à grande vitesse inquiète à juste titre tous les milieux normands qui se sont prononcés lors du débat public en faveur de la Ligne Nouvelle Paris-Normandie.
Certes, il ne s'agit ni d'une ligne TGV (inadéquate en Normandie), ni même d'une ligne à grande vitesse classique puisque les vitesses prévues ne dépassent guère 200 à 250 km/h sur certaines portions. Il s'agit d'une ligne nouvelle, dont le but est double : améliorer le trafic des voyageurs et permettre, notamment sur les lignes actuelles, une croissance du trafic du fret (qui déchargera d'autant le trafic routier généré par l'activité des ports de la Basse-Seine). Bref, il s'agit d'un Projet d'Aménagement du Territoire d'importance nationale.
C'est la raison pour laquelle plusieurs organisations d'esprit régionaliste et écologique normandes se sont unies pour interpeller les parlementaires normands, toutes tendances confondues.

 

 
Objet : Créer un inter-groupe des parlementaires normands pour défendre les intérêts de la Normandie, région d’intérêt national et européen pour le retour de la croissance.
 
Les organisations soussignées ont participé activement au débat public qui s’est achevé en février dernier au sujet du projet de Ligne Nouvelle Paris Normandie (LNPN): les cahiers d’acteurs que nous avons produits à cette occasion, ont tenté de démontrer l’intérêt sinon l’urgence de réaliser , en ce début de XXIe siècle, une modernisation ferroviaire globale, décisive et innovante de la Normandie (1).
 
Mais face au scepticisme, à la résignation ou au défaitisme de certains acteurs, ce débat public a été l’occasion de poser la question de l’avenir même d’un espace régional normand au moment où nous affrontons la crise financière et économique la plus grave depuis la dernière guerre : depuis les années 1980, nos territoires et villes normandes qui avaient pleinement bénéficié des belles années d’expansion issues de la Reconstruction, subissent un lent déclin rythmé par des vagues successives de désindustrialisation accompagnées d’une perte de substance métropolitaine (fuite des directions régionales vers Paris, Lille, Rennes ou Nantes) malgré les efforts importants réalisés à partir des années 1990 pour le désenclavement régional (ex : Pont de Normandie).
En part de PIB, le potentiel régional des cinq départements normands est passé de la 5ème à la 6ème place française. L’an passé, ce sont 9000 jeunes bacheliers qui ont quitté définitivement les deux régions normandes et quant à la lancinante question de la dégradation du service public ferroviaire qui préoccupe tant les usagers normands, il est désormais démontré qu’il résulte en grande partie de la mauvaise habitude prise par les décideurs publics de considérer les lignes normandes non pas comme des « grandes lignes » mais comme des lignes de « grande banlieue » faute d’une véritable prise en charge de l’intérêt national, voire régional de la Normandie : notre région toujours « en miettes » devient, peu à peu, un « angle mort » à l’Ouest du Bassin Parisien, écartelée entre la puissante région parisienne et le dynamisme ligéro-breton !
 
La LNPN pour la Normandie, quel intérêt ?
 
En 2009, suite à l’initiative lucide d’Antoine Rufenacht alors député-maire du Havre, le président de la République a annoncé la mise en œuvre d’un « Grand Paris » doté d’une façade maritime  autour de l’Axe Seine : cette ambition redonne à la Normandie toute entière un intérêt national qu’elle n’avait plus depuis les années 1960 mais cette volonté est affirmée au moment où le port belge d’Anvers confirme sa position de porte maritime de Paris et se prépare à devenir sous peu le premier port français. Doter au plus vite la Normandie de la meilleure sortie ferroviaire de la région parisienne ouverte sur un réseau régional performant permettant, à la fois, le développement indispensable du fret et des liaisons voyageurs, c’est sauvegarder l’avenir du premier système portuaire et logistique de France mais c’est aussi innover pour l’avenir de nos territoires en proposant pour la première fois la grande vitesse ferroviaire de « proximité » (250km/h) assurant la desserte du premier réseau régional de villes du Bassin parisien.
Pour toutes ces raisons, la LNPN ne peut pas être considérée comme un projet de LGV classique : c’est même le projet décisif qui pourrait permettre la formulation d’un nouveau modèle ferroviaire français.
 
En outre, le désenclavement ferroviaire normand est un enjeu européen puisqu’il s’agit de proposer une solution alternative à l’ouest de la Région parisienne (dont il faut achever le contournement) anticipant la saturation de l’isthme européen Lille-Paris- Lyon- Marseille tout en permettant la création de l’hinterland nécessaire au développement d’un avant-port européen sur la côte française de la Manche, la mer la plus fréquentée du Monde (projet de Corridor IV : Le Havre- Metz et Le Havre- Lisbonne).
 
Enfin, au delà de l’enjeu de la LNPN, il s’agit de défendre la présence d’une base industrielle et d’innovation importante en Normandie au moment où les décideurs  politiques européens cherchent toutes les solutions possibles de sortie de crise avec, par exemple, un programme de grands travaux d’infrastructures et d’investissements dans la recherche-développement : la Normandie, d’ores et déjà, première région française pour l’économie maritime, 3ème  région pour l’aéronautique et la production énergétique et  qui demeure, malgré tout, la 4èmegrande région industrielle de notre pays,  pourrait être l’une des pièces maîtresses d’un « New Deal » à la française…
 
De plus en plus conscientes de ce potentiel, les forces vives régionales sont engagées dans un processus de coopérations et de fusions qui intègre l’évidence normande :  à titre d’exemple, le mouvement consulaire préparant la création de la 6ème CRCI française à l’horizon 2015… Mais la classe politique régionale, enfermée dans ses habitudes et ses certitudes , demeure en retrait de ce  work in process au lieu de l’anticiper et de le conduire en proposant vision et ambition.
C’est pourquoi nos organisations ont décidé d’interpeller la représentation nationale des cinq départements normands pour vous proposer la création d’un inter-groupe des parlementaires normands : il ne s’agit pas d’entretenir la nostalgie d’un passé provincial prestigieux ni encore moins de défendre une fierté  régionale égoïste mais, au contraire, de promouvoir enfin la puissante cohérence d’un « bien public » normand pouvant contribuer de façon décisive au redressement économique national.
 
L’urgence : garantir le financement de la LNPN 

Décongestionner les lignes actuelles ; désenclaver la Normandie ferroviaire et ouvrir la région parisienne sur la mer ; éviter la thrombose routière en favorisant le report modal du fret vers le rail et la voie d’eau ; innover en terme de service ferroviaire pour desservir un réseau de villes. En conséquence, la réalisation de la LNPN ne doit pas être différée : c’est une exigence nationale !
 
Dans le contexte très difficile des finances publiques qui obligera le nouveau gouvernement à des arbitrages douloureux ( ex: révision du SNIT), nous voudrions donc vous rappeler que l’urgence n’est pas à refaire le débat public qui a décidé d’un scénario de compromis qui n’est pas le plus idéal pour le renforcement des solidarités normandes, car nous en sommes encore à l’étape de convaincre politiquement de l’intérêt même de la LNPN pour en garantir le financement : les élu(e)s nationaux que vous êtes, avez le devoir de maintenir une vision globale du projet et d’en défendre l’intérêt national et européen. Comme l’avait justement remarqué à plusieurs reprises le conseiller d’Etat Jean-Pierre Duport lors de la préparation du débat public, c’est la mobilisation constante autour d’un projet commun ambitieux qui permettra de justifier les 5 premiers milliards nécessaires à la solution de la première urgence : « déboucher le Mantois ».
 
Enfin, en raison de l’intérêt exceptionnel de la LNPN, Réseau Ferré de France a fait plusieurs fois savoir son souhait de poursuivre jusqu’au bout les études sur ce projet (comme lui en donne d’ailleurs droit un décret paru au J.O. le 24 juin dernier) tout en rappelant qu’il ne faut plus perdre de temps afin de maintenir le raccord indispensable de la LNPN avec des projets d’infrastructures voisins dont les études sont déjà en cours (projet EOLE de prolongement Ouest du RER E).
 
Face au « cas d’école normand » qui consiste à se rassembler dans la défense et la promotion d’un intérêt régional qui se déploie au-delà de certaines limites institutionnelles et qui revêt un intérêt national majeur, la société civile normande s’organise et se mobilise: avec la sauvegarde de la mise en œuvre de la LNPN c’est maintenant que se joue l’avenir de la Normandie, enjeu national, et c’est la responsabilité des élus nationaux que vous êtes d’être les acteurs du grand jeu à venir. Comme jamais sous la Ve République,  l’actuelle majorité gouvernementale a les moyens de prendre enfin les décisions essentielles : les procrastinations « politiciennes » doivent donc cesser. La Normandie ne peut plus attendre !
 

Avec nos salutations normandes les plus respectueuses,
 
Le Mouvement Normand — 1146 rue de la Maison Forestère - 27290 Ecaquelon
Le collectif citoyen et républicain « Bienvenue en Normandie » — 14 place Fouque - 14000 Caen
L’Organisation Normande de Défense de l’Environnement — 373 rue du Bourg Corblin - 76940 Notre Dame de Bliquetuit

 
(1)  Cahiers d’Acteurs N°23 (Collectif « Bienvenue en Normandie ») et N°40 (Mouvement Normand et O.N.D.E.)

Rédaction TVNC