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Les maladresses des féodalités sont des ferments de dissensions entre Normands

Samedi 27 Novembre 2010

Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


Les maladresses des féodalités sont des ferments de dissensions entre Normands


Le journal hebdomadaire La Manche Libre, pour une fois très mal inspiré, titre en une, dans sa livraison du 20 novembre 2010, « Rouen pollue nos côtes », montrant en plan large la drague « Daniel Laval » en pleine mer. S’ensuit un article d’une demi - page, sur sept colonnes (page 3), au titre plus explicite, mais tout aussi vengeur, « Rouen rejette ses sables pollués sur nos côtes »… Certes, le goût du sensationnel, en l’occurrence, relève presque du scandale dans cette dénonciation de Rouen (la ville ? le port ?) et c’est vraiment vouloir s’accaparer la baie de Seine que de ne parler que des côtes de basse Normandie : la pollution dont il est question touche ou toucherait toutes les côtes normandes en général et l’on sent une rancœur non dissimulée du journal cotentinais à l’égard des « Parisiens de Rouen », comme le disent assez sottement certains Manchots malveillants, toujours prompts à dégainer contre « l’impérialisme » supposé des hauts Normands. Pour un peu, on se croirait dans l’absurde compétition des comités régionaux de pêche de haute et de basse Normandie qui n’ont de cesse de « se bouffer le nez », quand ils n’en viennent pas à des arguments plus… violents. Et les apôtres de la calamiteuse division de la Normandie de se réjouir bien que ce hourvari, plus ou moins fantasmé, n’apporte rien, ni aux uns, ni aux autres. 


Il fut un temps où le Mouvement Normand distribuait des betteraves fourragères pour tous les ânes qui participaient à l’entreprise de démolition de la Normandie par la manifestation d’un localisme étriqué de mauvais aloi : pour ce titre provocateur, La Manche Libre en mériterait un tombereau… 


Au-delà de cette irritation, somme toute superficielle, il serait bon d’aller plus loin et de comprendre les motifs de cette poussée d’adrénaline de notre éminent confrère qui, d’ailleurs, n’a pas été le seul à dénoncer l’attitude plus que cavalière du Grand Port Maritime de Rouen dans cette affaire. 


De quoi s’agit-il ? 


Dans le cadre du programme d’approfondissement du chenal permettant à des navires de haute mer de grand tonnage d’accéder aux installations portuaires de Rouen, la question se pose de savoir où l’on pourra déverser ou « claper » (c’est le terme choisi) les sédiments de la Seine. Seine qui, comme chacun le sait, est fortement polluée, notamment par des métaux lourds et les trop fameux P.C.B. (polychlorobiphéniles). Cette pollution est ancienne et ne provient pas seulement des usines Séveso de la Basse Seine, mais de toutes les rivières de l’Agence de l’Eau Seine – Normandie, c’est-à-dire de tout le Bassin Parisien. Cette pollution a déjà entraîné l’interdiction de consommation de tous les poissons du fleuve, ceux de l’estuaire sont aussi menacés. Ce n’est pas nouveau, pas plus que le clapage en mer des produits de dragage. Jusqu’à présent, ils étaient déversés en face du Havre (fosse de Kannik) : il semblerait que le site soit maintenant saturé et c’est à titre expérimental que le G.P.M. de Rouen souhaiterait retenir le site de la zone de Machu, située en face de Trouville. Le port de Rouen affirme que cette expérience sera suivie attentivement pour ses répercussions sur l’environnement et le suivi halieutique en liaison avec des scientifiques de l’Université de Caen. Acceptons-en l’augure, même si les tonnages déversés au cours de cette « expérimentation » pourraient atteindre… 225 millions de tonnes à terme !

Tout cela est-il dangereux ? S’agit-il vraiment d’une pollution assurée ? Nous n’avons pas les éléments pour récuser ce projet. Observons par exemple que le remplissage de la fosse de Kannik, face au Havre, n’a pas été étudié dans ses conséquences environnementales et, donc, qu’il est présomptueux de hurler tout de suite à la mort parce qu’un autre site de la Baie de Seine pourrait recevoir ces fameux sédiments. Faisons confiance aux scientifiques…

Là où nous ne sommes absolument pas d’accord, c’est sur le procédé, la méthode du G.P.M. de Rouen. Certes, une enquête publique a été lancée… en catimini, de telle sorte que la population et les responsables des différentes collectivités concernées ont pratiquement été mises devant le fait accompli. Il n’y a eu aucune pédagogie autour de ce projet, aucune véritable concertation. Ce n’est pas le fait du prince, mais celui d’une féodalité qui, dans son dialogue exclusif avec l’Etat, méprise à ce point les populations, voire les élus, que de misérables entourloupes servent de contexte à l’opération.

Il y a déjà eu des précédents. De la part du Port Autonome du Havre quand il fallait réaliser Port 2 000 (et il fallait le faire !) : on ne peut pas dire que ses dirigeants ont déployé des trésors de diplomatie pour faire accepter certains inconvénients. De la part aussi du Port Autonome de Rouen (il n’était pas encore Grand Port Maritime) quand sa directrice a échangé l’autorisation du creusement du chenal contre le classement de la Boucle de Roumare (nécessaire) sans véritable concertation avec les communes intéressées ou les compagnies consulaires… On pourrait en dire autant de la SNCF. ou de RTE – réseau de transport de l’électricité – et de bien d’autres féodalités qui, manifestement, ignorent la notion de dialogue avec les usagers, les élus, les collectivités territoriales. Si le mot n’était pas galvaudé, nous dirions volontiers qu’il s’agit d’une question de démocratie.

Ces grandes entités, dont les compétences sont reconnues, ne veulent avoir comme interlocuteurs que l’Etat central. Elles condescendent parfois à mettre les populations concernées devant les termes d’un faux débat : l’exemple des lignes T.H.T. dans la Manche est à cet égard très instructif. Que demandaient les communes du Cotentin ? Que l’on enterrât le plus possible ces saignées disgracieuses dans le paysage. Le refus de R.T.E. a été méprisant. Et, là, nous voudrions rendre hommage au journal La Manche Libre qui, dans des dizaines d’articles, s’est faite l’écho des protestations indignées des populations. Mais rien n’y a fait. Ce qui est possible pour franchir les Pyrénées ou traverser la Lorraine, en matière d’enterrement des lignes T.H.T. n’est pas concevable, dit RTE, en Normandie, sans qu’une véritable démonstration ne soit faite de cette impossibilité.

Par indulgence, nous n’évoquerons pas les carences scandaleuses de la SNCF et de R.F.F. en Normandie. Nous ferons simplement observer que les lignes Paris – Cherbourg et Paris – Le Havre, malgré leurs honteuses défaillances, sont des lignes rentables pour la SNCF et que cette féodalité – ce n’est pas un hasard – laisse les lignes transversales en grande partie à la charge des régions, sous le vocable T.E.R.. C’est un peu le principe du « Donne moi ta montre, je te dirai l’heure ! ». L’usager, qu’il soit celui d’une rame « intercités » ou celui d’un T.E.R., reste un usager. Pourquoi faut-il que l’un soit mieux pris en charge financièrement que l’autre par le même opérateur ?


Bref, ce que le Mouvement Normand dénonce, c’est la superbe de ces féodalités qui s’érigent en entités indépendantes, méprisantes, dominatrices et sûres d’elles-mêmes. Si la décentralisation devait avoir un sens, ce serait sans doute dans une meilleure approche démocratique des rapports entre ces grands organismes et les citoyens, qui sont aussi les contribuables leur permettant d’exister.

On parle beaucoup de « développement durable » que l’on définit par la combinaison des trois éléments, l’économique, le social et l’environnemental, et que l’on symbolise par un trèfle à trois folioles. Le Mouvement Normand voudrait bien, quant à lui, rechercher ce symbole du bonheur, le rare trèfle à quatre feuilles, dont les quatre folioles représenteraient, outre l’économique, le social, l’environnemental, la GOUVERNANCE.



Pour le Directorat Bleu (Affaires maritimes) du Mouvement Normand 


Pour l’Organisation Normande de Défense de l’Environnement (O.N.D.E.) 

Pierre LEBIGRE 



Rédaction TVNC