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Les "Niches de valorisation et de qualité" de l'agriculture normande

Mercredi 15 Septembre 2010

Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


Les "Niches de valorisation et de qualité" de l'agriculture normande





L’édition de juillet 2010 d’AGRISCOPIE, panorama raisonné de l’agriculture normande, réalisé chaque année par la Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie – qui couvre, faut-il le rappeler ?, les cinq départements normands – nous apporte une foule de renseignements sur ce secteur de l’économie qualifié de « belle entreprise pour la Normandie ».

Sans masquer les difficultés de certaines filières (le lait, le lin) et n’ayant pu prévoir, au moment de la rédaction de ce document, la vertigineuse tension sur le marché des céréales dont les producteurs normands vont certainement tirer un grand bénéfice (et, au-delà, faire progresser le trafic du Grand Port Maritime de Rouen, premier port céréalier européen), le constat qui est dressé montre que la mutation du secteur va s’amplifiant : la population agricole diminue. On peut affirmer que, de 1980 à 2010, le nombre des « travailleurs de la terre » a diminué de moitié : cela représente environ cent cinquante mille personnes (chefs d’exploitation, co-exploitants et autres membres de la population familiale). L’agriculture représente presque 7 % de l’emploi total régional – salariés et non salariés – en basse Normandie et seulement 2,5 % en haute Normandie (la moyenne nationale est de 3,3 %).  

Dans le même temps, on observe une augmentation de la taille des exploitations : les exploitations de + 100 ha sont passées de 8 % à 15 % en basse Normandie et de 18 % à 28 % en haute Normandie (entre 2000 et 2007) et elles représentent désormais 46 % de la S.A.U. – Surface Agricole Utile – en basse Normandie et 69 % en haute Normandie. Dès lors, on comprend que le monde agricole présente des aspects différents. Les rapports entre grandes exploitations et petites exploitations se font moins évidents, les intérêts de chacune divergent, ainsi que les spécialisations et, peut-être, ne connaissons-nous pas encore la fin du processus.


Les fluctuations erratiques du cours des céréales, les difficultés structurelles de la production laitière rendent déplacées les affirmations de certains selon lesquelles le monde agricole, jamais content, se plaindrait à tort puisque s’il y a un problème sur le lait, on se rattrape sur les céréales et les grandes cultures. Nous ne sommes plus au temps où la majorité des exploitations pratiquait la polyculture et l’élevage. Il y a eu spécialisation corrélativement à l’agrandissement des exploitations. Cela rend d’autant plus fragiles les prévisions en matière de revenus. Qu’il y ait une année record pour la production de blé en Ukraine et en Amérique du Nord et le prix de cette céréale dégringole… Quant au prix du lait, il ne pourra jamais se maintenir à un prix rentable dès lors qu’un différentiel important sera constaté avec des pays européens concurrents : la nécessité d’une restructuration de la filière est tout aussi nécessaire qu’une action sur les prix accordés aux producteurs par la grande distribution (laquelle, marché européen oblige, s’approvisionne auprès de ceux qui offrent le produit au prix le plus bas. Même chose pour les industriels de la transformation de la matière première laitière).



Sans méconnaître le fait que les secteurs céréaliers et laitiers sont largement prépondérants dans la profession agricole, force est d’admettre que, pas plus au Mouvement Normand qu’en d’autres instances, nous détenons la solution à ces divers problèmes complexes. C’est la raison pour laquelle nous nous intéresserons plus spécialement aux « niches », c’est-à-dire à toutes les productions agricoles originales, voire marginales, qui permettent à des exploitants de tirer leur épingle du jeu. Au moment où le nombre de travailleurs de la terre diminue, il ne faut donc pas négliger les quelques milliers d’exploitants qui se tirent d’affaire en jouant essentiellement sur la typicité et la qualité de leur production.


Agriscopie nous offre un panel revigorant des productions de ces niches, secondaires certes, mais emblématiques de la notoriété des produits normands.


Il s’agit de partir tout d’abord des distinctions « résultant d’un signe d’identification de la qualité et de l’origine qui garantit leur qualité supérieure, leur origine régionale ou leur respect des traditions et des terroirs » (fiche 22 d’Agriscopie). Cela concerne 3 700 exploitations agricoles normandes dites « professionnelles » (18 % des effectifs), 582 exploitations en agriculture biologique (seulement 31 640 ha, 1,5 % de la S.A.U. normande). Ce n’est pas rien : ce pourrait être plus. En tout cas, il s’agit de productions dont les débouchés sont assurés et leur rentabilité non soumise aux aléas de la conjoncture dès l’instant où la qualité leur confère un marché en expansion.

Pour mémoire, et la lecture de la fiche 22 d’Agriscopie nous permet de le résumer, nous distinguerons :

• Les produits normands sous appellation d’origine contrôlée – A.O.C. – (il y en a treize !) et les appellations d’origine protégée – A.O.P. –. La dernière en date : l’agneau de prés-salés du Mont-Saint-Michel

• Les produits normands sous Label Rouge. Par exemple, les carottes des sables de Créances

• Les produits normands sous indication géographique protégée – I.G.P. –. Par exemple le porc fermier de Normandie ou les volailles fermières normandes.

• Les produits normands issus de l’Agriculture Biologique, parmi lesquels – nous les citons tous – : Viande bovine, viande ovine ; Viande de porc et produits de charcuterie ; Volailles de chair et œufs ; Lait et produits laitiers bovins, ovins et caprins ; Cidre et jus de pommes ; Fruits et légumes ; Céréales et produits de panification ; Huile de colza ; Plantes à parfum, aromatiques et médicinales ; Miel.

• Les marques collectives… dans lesquelles, hélas, on entre quelquefois dans la confusion (pourquoi en matière de produits de la mer, y a-t-il « Normandie Fraîcheur Mer » et « Fraîcheur du littoral Haute Normandie » ?)





A tout cela s’ajoutent les « Démarches Terroirs » de Normandie et une promotion – celle-là entièrement justifiée ! – des races anciennes : volaille de Gournay, poule du Merlerault, canard de Duclair, oie normande, porc de Bayeux… Il pourrait d’ailleurs y en avoir d’autres…

Nous ne serons pas complets concernant les « niches » si l’on ne réservait un sort particulier à l’élevage chevalin (la Normandie est la première région équine de France, 80 000 équidés, deux haras nationaux, un pôle de compétitivité, le second centre mondial de vente de « yearlings » à Deauville, etc…).


Autre opportunité promise à un bel avenir : les valorisations non alimentaires (fiche 14 d’Agriscopie) : biomolécules pour l’agrochimie ; bioénergie (biomasse, biocarburants), biomatériaux (notamment à partir du lin).  


Quoi qu’on pense de la situation pour le moins contrastée de l’agriculture française en général, de l’agriculture normande en particulier, l’existence des « niches agricoles », dont il faut promouvoir la valorisation et qui reposent d’abord et avant tout vers une recherche permanente de la qualité, est un motif d’espoir.   


Le Mouvement Normand souhaite que les Pouvoirs Publics et, notamment, les Collectivités territoriales (à ce sujet, le Conseil régional de haute Normandie fait-il tout ce qu’il faut pour aider le secteur primaire ? Fait-il autant que ses homologues des régions limitrophes ? La réponse est « non ». Nous estimons que c’est un choix politique ridicule…) encouragent les productions et les producteurs de ces « niches agricoles ». Elles contribuent à la notoriété de la Normandie et elles permettent le maintien de nombre d’exploitations qui, sans cela, disparaîtraient ou se feraient absorbées par de plus grosses entités.
 

Pour le Directorat Vert (Agriculture, industries agro-alimentaires) du Mouvement Normand

Pierre LEBIGRE


 




Rédaction TVNC