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Le n°50 de Culture Normande vient de paraître

Mercredi 21 Mars 2012

L'Office de Documentation et d'information de Normandie (ODIN) vous propose une nouvelle parution de son magazine phare.


Le n°50 de Culture Normande vient de paraître
Et si la lumière venait du Nord…

Quiconque suit attentivement l’actualité éditoriale est frappé par la profusion de la littérature nordique. Elle rencontre un vif succès chez les lecteurs de romans et de romans policiers (peut-on d’ailleurs bien distinguer les deux genres ?) et un certain nombre d’éditeurs français en font… le fonds de leurs catalogues. Nous en citerons quelques-uns – ceux que nous allons oublier nous pardonneront, mais nous ne demandons qu’à réparer nos insuffisances ! – parmi ceux qui nous font l’aimable service de leurs productions.
 
• Gaïa (de Montfort-en-Chalosse), qui, après tant d’auteurs scandinaves, met en avant actuellement la Suédoise Katarina Mazetti (Le caveau de famille ; Le mec de la tombe d’à coté ; Entre Dieu et moi, c’est fini ; Entre le chaperon rouge et le loup, c’est fini ; La fin n’est qu’un début ; Les larmes de Tarzan)… Malgré des sujets a priori sinistres, un humour décapant, voire jubilatoire, fait de cet auteur de romans pour la jeunesse et pour adultes une valeur sûre : Le mec de la tombe d’à coté s’est déjà vendu à 400 000 exemplaires, repris en poche d’ailleurs par Actes Sud. (1)
 
Actes Sud, justement, (d’Arles) s’est, depuis longtemps, fait le spécialiste des romans étrangers, toujours bien traduits en français – est-ce le cas des traductions de certains éditeurs ? –. Parmi les écrivains étrangers, ceux du Nord tiennent une place éminente. On remarquera que nous ne parlons pas seulement des écrivains scandinaves : il faut faire une place aux auteurs finlandais et baltes…
En tête des auteurs nordiques de l’écurie Actes Sud – expression sportive et non agraire ! –, nous placerons Stieg Larsson et ses trois tomes de Millenium, mondialement connus… Mais nous n’omettrons pas Camilla Läckberg pour L’Oiseau de mauvais augure, Le prédicateur, Le tailleur de pierre… Son héroïne, Erica Falck, dénoue des intrigues policières dans le cadre au charme d’antan du petit port suédois de Fjällbacka. Nous n’oublierons pas non plus Linn Ullmann, fille de l’actrice Liv Ullmann et du réalisateur Ingmar Bergman – elle est donc suédo-norvégienne ! – et qui, dans son roman Une enfance de rêve, évoque des enfances et des adolescences compliquées dans une famille recomposée, dans laquelle les pères sont absents ou insaisissables. Il faut remarquer, au passage, que, dans la littérature venue du Nord, on trouve beaucoup d’ « auteures » et d’ « écrivaines » (décidément, nous ne nous y ferons jamais de ces féminisations incongrues…). En tout cas, ces présences féminines ne sont-elles pas une marque de la littérature scandinave ? (2)
 
• Les éditions Metaillé (de Paris) mettent en vedette des écrivains islandais : Arnaldur Indridasson (La rivière noire), Steiner Bragi (Installation), Arni Thorarinsson (Le septième fils)… Ce dernier auteur aborde le contexte de la crise dans laquelle les finances islandaises ont sombré dans la vie de tous les jours des habitants d’un fjord éloigné du nord-ouest de l’Islande… C’est, en fait, toute une société que décrit cet auteur très doué, avec ironie, distance, nonchalance : une attitude très typique dans le monde nordique.
 
• Les éditions Points (de Paris) ne s’y sont pas trompées en publiant, elles aussi, Le septième fils, d’Arni Thorarinsson. Cette maison a considérablement investi dans le roman nordique. Qu’on en juge par les titres que nous avons lus, les membres de la rédaction de Culture et l’auteur de ces lignes : de Gunnar Staalasen, l’immense saga romanesque intitulée « Le roman de Bergen… ». Nous n’avons lu que les deux premiers tomes, passionnants, qui évoquent la vie de la ville norvégienne au début du XXè siècle au travers d’une enquête policière particulièrement ardue. Nous avons déjà parlé de Gunnar Staalesen avec ses polars dont le héros, le détective privé Varg Veum, réunit toutes les caractéristiques d’une certaine désespérance nordique.
Klas Ostergreen (Gangsters), Peter Hoeg (Les enfants de la dernière chance : un récit sur l’enfance caporalisée dans des institutions presque sadiques), Henning Mankell et ses incontournables enquêtes du commissaire Wallander : L’homme inquiet est le dernier opus de cet auteur prolifique qui a fait vivre dans dix volumes passionnants la carrière de son héros à la psychologie très… nordique et dont les problèmes familiaux interfèrent avec ses enquêtes. Ce ne sont donc pas seulement des romans policiers… Henning Mankell est un maître du genre à la renommée internationale. Arnaldur Indridasson – encore lui – est un autre poulain des éditions Points, lui aussi connu au plan international (il fut présent aux Boréales de Caen). Cet auteur islandais qui est devenu célèbre avec La cité des Jarres. Il a créé un personnage : le commissaire Erlendur Sveinsson. Le maître du polar de l’île de glace est rigoureux, déterminé et froid. Il a le souci du détail et ne s’en laisse pas conter. On le nomme le « Simenon des pays froids ». Dans Hiver arctique, il décrit une société islandaise, celle des petites gens, peut-être à la manière du père de Maigret, mais à la croisée des ténèbres et de la rédemption.
Les editions Points, en ce début d’année 2012, nous révèlent de nouveaux auteurs : Hakan Nesser, un écrivain suédois, titulaire de divers prix littéraires et qui nous dresse le portrait d’une héroïne, l’inspectrice Eva Moreno ; Kristin Baldursdottir, une Islandaise, a déjà quatre romans à son actif. Avec Karitas, l’esquisse d’un réve, un roman fleuve féministe, elle connaît sa première traduction française. Le Norvégien Jon Michelet a obtenu le Grand Prix norvégien de littérature policière avec un véritable chef-d’œuvre, La femme congelée. Il ne se raconte pas : il se déguste. Et ce qui ne gâte rien, c’est sa traduction par notre compatriote Eric Eydoux, l’initiateur bien connu des Boréales de Caen.
 
• Les éditions Rivages (c’est-à-dire Payot), de Lausanne et de Paris, ont publié – entre autres – De tes yeux, tu me vis, de Sjon, et, surtout, Juste un crime, de Theoder Kallifatides : une belle intrigue, magistralement menée…
 
• Les éditions Gallimard (Paris) ne pouvaient être en reste. Nous avons apprécié Horreur boréale, d’Asa Larsson, Le léopard, de Jo Nesbo, Entre ciel et terre, de Jon Kalman Stefansson et Les mains rouges, de Jens Christian Gröndahl. Plongées surprenantes et angoissantes dans l’univers nordique.
 
• Les éditions du Seuil nous ont livré Jusqu’au sommet de la montagne, d’Arno Dahl. Une valeur sûre, dont nous attendons les prochaines traductions.
 
Et tout ceci n’est qu’un petit, voire maigre aperçu de la production nordique. Elle laisse pantois par sa richesse et sa puissance d’évocation.
Disons-le franchement : ce n’est pas une littérature primesautière. Le monde nordique qu’elle dépeint est bien sombre, empreint de pessimisme, mais aussi de réalisme, comme les statues du parc Vigeland d’Oslo. Pourquoi plait-elle tellement en France ? Sans doute rencontre-t-elle le pessimisme ambiant actuel de la population française qui, collectivement, ne nage pas dans la franche rigolade…
Mais il est une particularité qui nous fascine : comment des pays, dont la démographie ne dépasse pas celle de nos grandes régions, voire moins (le cas de l’Islande à cet égard est emblématique) peuvent-ils produire autant d’auteurs et d’œuvres romanesques atteignant la renommée mondiale ? A notre avis, c’est parce le monde nordique, finalement, est très décentralisé et que les capitales du Nord, villes pourtant moyennes, jouent un rôle d’entraînement que, seule, en France, la capitale, Paris, exerce… en stérilisant quelque peu les talents – déracinés par le fait – des grandes villes françaises. On connaît un phénomène semblable au monde nordique au Québec, en Belgique, en Suisse romande : foyers trop méconnus d’une littérature francophone abondante et variée. S’il est un exemple à suivre, c’est de chercher en nous, dans nos terroirs, des inspirations authentiques, non formatées par le filtre de la prééminence parisienne.
 
Michèle Le Flem
 
 
 
(1) On ne peut réduire la production « nordique » des Editions Gaïa à un seul titre : nous relevons les titres suivants que nous avons appréciés lors de leur parution La hache et la terre, d’Olafur Gunnarsson ; La vierge froide de Jorn Riel, L’Etreinte du scorpion, de Merete Pryds Helle. Dans la collection Babel noir, du même éditeur, nous relevons La terre peut bien se fissurer, de Kjell Eriksson et Brouillages de Jon Hallier Stefansson.
(2) Actes Sud a aussi publié « Je suis un ange venu du Nord », de Linn Ullmann… mais nous ne l’avons pas lu.
 

Rédaction TVNC