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Vendredi 1 Août
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Le n° 46 de Culture Normande vient de paraître !

Lundi 23 Août 2010

L'Office de Documentation et d'information de Normandie (ODIN) vous propose une nouvelle parution de son magazine phare.


Le n° 46 de Culture Normande vient de paraître !
Éditorial : Culture et « Politiques »

Dans notre dernière livraison, j’essayais de remettre à leur vraie place les « cultureux », les professionnels de la culture, qui ne devaient pas confisquer la culture comme s’il s’agissait d’une chasse gardée. Et j’écrivais : « La culture est un acte politique ».

Est-ce à dire que les responsables politiques doivent s’ériger en maîtres à penser et asservir la culture à leurs ambitions ou à leur façon de régenter le monde ? Ma réponse est radicalement négative : c’est plutôt la culture qui devrait inspirer les « politiques » et… ce n’est pas ce qui se produit. Chaque maire d’une ville importante ou moyenne, chaque responsable d’un exécutif local, bref, chaque potentat local ne rêve que d’une chose : utiliser la culture et les manifestations culturelles pour se faire mousser. Tant mieux s’il a bon goût. Tant pis s’il confond culture et loisirs, culture et engouement d’un plus grand nombre qu’il flattera dans ses tendances les plus grégaires, les plus médiocres. Et d’abord, nous voyons tous ces petits chefs s’imaginer que la communication est l’acte premier de la démarche culturelle. Il suffit de dénombrer les multiples publications des collectivités locales – payées par les contribuables – où les pages culturelles servent d’alibis à l’auto-encensement de ces messieurs-dames pour se convaincre que, décidément, les politiques ne conçoivent la culture que comme un ornement à leur propre action édilitaire. Et puis, il y a les « petits copains », ceux que l’on embringue dans le cortège des thuriféraires en leur passant commande d’une œuvre, d’un spectacle, bien dans la ligne de la politique poursuivie. Autrefois, les princes avaient leurs poètes de cour, leur « cireurs de pompes », voire leurs bouffons : aujourd’hui, il y a le clan des artistes « qui sont de bonne tendance ». Le processus mental est le même et ce n’est à la gloire ni des politiciens, ni des artistes aux ordres !
De ce fait, on observe une dichotomie grandissante entre tout ce qui est subventionné, soutenu, aidé et l’expression culturelle indépendante. Non que la première soit de qualité moindre ou que la seconde soit meilleure parce qu’indépendante, mais, de plus en plus, il y a un formatage des esprits qui ne permet pas à toutes les originalités d’émerger. On a beaucoup critiqué l’art officiel de certains régimes du passé, mais le règne d’aujourd’hui de la pensée unique n’est-il pas de la même espèce ?
Le conformisme, y compris le conformisme de l’anticonformisme (chez certains politiques, on aime se donner le frisson de la transgression dans le vent !) tue et tuera toujours la vraie culture, qui procède d’abord de la volonté créatrice individuelle de l’artiste, du compositeur, de l’écrivain. Le conformisme, dans ce qu’il caressera dans le sens du poil, un public qui, a priori, ne cherche pas à se creuser la tête avec des thèmes nouveaux, ne produira finalement qu’une culture de répétition. Culture de répétition dont la plus haute réussite se dénomme académisme et qui peut produire de belles œuvres, non des chefs-d’œuvre.

J’ai contesté les professionnels de la culture, puis les politiques, maintenant la majorité du public, pour nous montrer le chemin de la véritable culture : que reste-t-il ?

Les aristocrates du goût, les amateurs (au sens premier : ceux qui aiment). Ils ne sont pas nombreux, ils se recrutent dans tous les milieux. On suppose qu’ils ont les compétences, les appétences pour juger de la qualité des œuvres qu’ils produisent ou qu’ils admirent. Non, ce n’est pas le plus grand nombre, mais ce n’est pas non plus la caste fermée, que d’aucuns voudraient, par démagogie, dénoncer. Ils peuvent ne s’adresser qu’à une élite comme ils peuvent vouloir intéresser les masses populaires : Antoine Vitez, le TNP de Jean Vilar, ont porté haut et clair le message d’une culture qui se voulait populaire. Souvent, ils étaient engagés politiquement, mais ils n’étaient pas à la botte des politiques : ils étaient passés de l’autre côté du miroir où la notion de culture ne souffre pas des contingences de ceux qui veulent l’asservir… Un exemple à méditer.

Michèle Le Flem

Culture Normande. 4 n° par an - 26 €. Le Gab. Les Bruyères. F27290 Écaquelon

Rédaction TVNC