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Le n° 321 de l'Unité Normande vient de paraître

Samedi 17 Décembre 2011

Le Mouvement Normand vous propose le dernier n° de son magazine politique.
Nouvelle maquette, équipe rédactionnelle renforcée, l'Unité Normande fête 2011 !


Le n° 321 de l'Unité Normande vient de paraître
La communication institutionnelle torpille la liberté de la Presse

Dans les assemblées délibérantes des collectivités territoriales, de quelques tendances qu’en soient les exécutifs, il est des sujets tabous qu’on cherche rarement à transgresser. La communication institutionnelle est de ceux-là. Non seulement il est très difficile d’en connaître les véritables coûts, mais, de plus, pratiquement personne ne s’interroge sur les finalités et, surtout, les conséquences de cette dérive de l’information.
En effet, qu’est-ce que la communication institutionnelle ? A l’origine, une légitime nécessité de faire connaître à l’opinion publique les prérogatives et les moyens d’une collectivité, ses compétences, ses politiques suivies et ses réalisations. Il n’y a pas lieu de reprocher à une institution son besoin de montrer aux citoyens – qui sont aussi des contribuables – les résultats des actions menées par ses dirigeants, leur majorité et, finalement, l’ensemble de cette collectivité, étant entendu que, normalement, même les oppositions contribuent par leurs observations et leurs critiques à l’œuvre accomplie au cours d’une mandature. Il est donc tout à fait admissible qu’une municipalité, qu’une communauté de communes, qu’une agglo, qu’un Conseil général ou qu’un Conseil régional (Je ne crois pas avoir oublié un échelon…) développent une politique de communication. Il s’agit, ni plus, ni moins, d’information et, en régime démocratique, les citoyens doivent être informés. Il faut d’ailleurs avoir la même exigence de la part de l’Etat et du Gouvernement.
 
Le « pourquoi » d’une politique de communication étant donc expliqué, il faut arriver au « comment » ces nécessaires informations peuvent parvenir aux citoyens – contribuables, j’insiste – qui sont les mandants des élus qui les représentent.
 
Dans les régimes tyranniques, cette question ne se pose pas : ou bien l’on cache, ou bien l’on contrôle étroitement les médias. Ce n’est plus de l’information, mais de la propagande… Avec horreur et répulsion, les responsables politiques des régimes démocratiques fustigent de tels procédés aussi grossiers qui-rappellent-les-heures-les-plus-sombres-de-l’histoire (selon la formule consacrée) et ils jurent leurs grands dieux qu’ils sont attachés à la liberté de la presse comme à la prunelle de leurs yeux. A telle enseigne que la liberté de la presse est reconnue comme un critère du caractère démocratique d’un régime.
C’est donc que l’on admet INTELLECTUELLEMENT que le truchement des médias est un filtre indispensable pour la connaissance et l’évaluation des activités des organismes institutionnels. Ce filtre indispensable s’incarne dans une rédaction, un journaliste, un commentateur, engagé ou non, professionnel ou non. Car, soyons clairs : l’objectivité parfaite ne peut être requise de la part de ceux qui tiennent la plume. Le coefficient personnel joue à plein dans la pertinence du commentaire. C’est ce qui permet d’ailleurs le rôle de filtre, le recul face à l’événement. Et ce filtre n’a pas à être neutre : il peut être de parti-pris. C’est le jeu. Se soumettre à la critique est pour les responsables politiques le sacrifice qu’ils doivent consentir sur l’autel de la démocratie.
 
Je suis certain, arrivé à ce point de mon raisonnement, que toutes ces pétitions de principe sont partagées intellectuellement par tous les dirigeants de collectivités et ils seraient vexés qu’on mît en doute leur sincérité.
Mais selon l’adage bien connu du « Faîtes ce que je dis, ne faîtes pas ce que je fais », dans la réalité, il est procédé d’une façon tout à fait différente et c’est, là, que nous en arrivons à la dénonciation de la communication institutionnelle telle qsu’elle est pratiquée par les collectivités territoriales.
 
Dans un communiqué du Mouvement Normand (« Passe- moi la rhubarbe, je te refilerai le séné ! », N° 150, semaine 48 – année 2010), je faisais remarquer qu’un «  Rouennais normal, disposant d’une boite à lettres réglementaire, recevait directement et gratuitement, Rouen – magazine, tous les quinze jours, Seine Maritime – magazine, tous les mois, C.R.E.A. – le mag, mensuellement, ainsi que Ma région »… Il en est de même dans les autres départements normands et la plupart des villes. Et je suis certain que les dirigeants de ces collectivités sont persuadés qu’ils ont le souci d’informer les citoyens – contribuables, j’insiste à nouveau – et, qu’ainsi, ils font œuvre utile.
Ces publications sont très largement diffusées : un exemple, le N° 100 de Ma région a été tiré ET distribué à 849 000 exemplaires (septembre 2011). A combien s’élève le coût d’une telle opération ? Et qui paie cette plantureuse communication ? Vous ! Moi ! Nous ! Tous les citoyens – contribuables !
 
Dans le contexte des difficultés économiques actuelles, on a le droit de s’interroger sur cette munificence.
Dans le département de la Seine Maritime, on vient d’annoncer un triplement du coût pour les parents d’élèves du ramassage scolaire : va-t-on, parallèlement, restreindre la diffusion gratuite de Seine Maritime – magazine ?
Je laisserai, là, cet aspect du problème. A chacun de nos lecteurs d’apprécier…
 
Je vais donc revenir sur ce qui me paraît infiniment plus dangereux.
 
Une telle communication n’est en rien une véritable information. Ce que j’écris, là, va certainement choquer les rédacteurs des publications inspirées des collectivités territoriales. Je ne remets pas en cause leur honnêteté ou leurs compétences (Lisant Reflets, magazine de la région basse Normandie et Le journal du Calvados, publication du Conseil général éponyme, je peux dire que j’y prends plaisir et qu’il s’y trouve des articles de qualité, surtout au plan culturel…), mais ces journalistes ( ?) ne peuvent soumettre au filtre de la critique journalistique ce que leurs commanditaires veulent « communiquer » auprès des lecteurs captifs. Oui, captifs ! Car ces publications étant distribuées gratuitement dans les boites à lettres, il n’y a même pas l’expression du choix de l’acheteur d’un journal.
 
La conséquence de ces pratiques se ressent dans l’intérêt moindre que peut présenter la presse locale. Cette dernière ne voit plus la nécessité d’accorder aux informations en provenance des collectivités territoriales la place qui lui reviendrait s’il fallait que l’opinion publique souhaitât connaître, à travers la presse, les activités des municipalités et autres assemblées locales, présentées avec le recul indispensable du filtre journalistique.
En corollaire, ne nous étonnons pas de voir les ventes des journaux baisser car les citoyens ont le sentiment d’être informés directement et n’éprouvent plus le besoin d’acheter la presse locale. C’est la spirale infernale : la communication tue l’information et la presse – qui perd de son utilité – se meurt.
Bravo, messieurs les démocrates ! C’est de « la belle ouvrage » !
 
Nos élus sont incorrigibles : la mise à l’écart mortifère de la presse écrite ne leur suffit pas. Ils se lancent dans le média audiovisuel. On vient d’apprendre que La Chaîne Normande (L.C.N.) va bientôt émettre… une heure par semaine pour commencer. Cela ne fait qu’un an qu’une équipe de quinze professionnels travaille au lancement. Le financement est assuré en grande partie… par les collectivités locales, c’est-à-dire l’argent des contribuables. S‘agira-t-il d’une T.V. libre ? Pourra-t-elle tout dire, tout montrer ? Information ou déformation ?
« Passe-moi la rhubarbe, je te refilerai le séné ! ».
 
Guillaume LENOIR
 

Rédaction TVNC