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Le n° 319 de l'Unité Normande vient de paraître

Lundi 9 Mai 2011

Le Mouvement Normand vous propose le dernier n° de son magazine politique.
Nouvelle maquette, équipe rédactionnelle renforcée, l'Unité Normande fête 2011 !


Le n° 319 de l'Unité Normande vient de paraître
Chiche ! Le gab normand

Le temps n’appartient à personne, pas plus que l’espoir. C’est quand tout semble atone, assoupi, sans perspectives que, comme un printemps après un long hiver, « tout renaît à l’espé-rance ». Dans ces colonnes, nous avons plus souvent fustigé la mollesse ou la malveillance des élus, déploré l’immobi-lisme, voire le déclin de la Normandie que nous être réjouis d’une expression dynamique de nos concitoyens : aujourd’hui, hirondelles annonçant un renouveau printanier, nous relevons, pour ce seul éditorial, trois événements positifs qui, chacun, eussent pu justifier un regain d’optimisme pour le devenir normand. Disons-le d’emblée, nous n’avons pas la prétention de commenter largement et complètement ces trois bonnes nouvelles : les amis de la rédaction reprendront chacun de ces thèmes et les dissèqueront à l’envi. Nous ne voulons en quelques lignes que les associer pour pouvoir dire à nos mandants que, si « le désespoir en politique est une sottise absolue », comme disait le vieux maître de Martigues, c’est au tréfonds de notre détresse que nous trouvons de nouvelles motivations pour affronter les défis de l’avenir.

Un défi, c’est diablement sérieux. Tout défi cependant n’a pas un caractère tragique comme peut l’être un affrontement armé et pour lequel une population peut momentanément tendre ses énergies et résister héroïquement… Cela, nous ne le connaissons que trop depuis les conflits du vingtième siècle et, sans doute, cela a-t-il émoussé, en Normandie plus qu’ailleurs, nos capacités de réaction face aux adversités. Le collapsus de la bataille de Normandie de 1944 a dégradé durablement le ressort du peuple normand. Et les challenges auxquels nous devons faire face de nos jours n’ont pas ce caractère immédiatement dramatique. Face à la mondialisation, par exemple, on s’enfonce doucettement dans une sorte de léthargie qui s’appelle désindustrialisation et qui se manifeste par les délocalisations. Ce déclin ne suscite pas de sursaut salvateur : les responsables politiques, trop occupés à flatter leur ego surdimensionné, continuent à « cuire leur petite soupe dans leur petite gamelle »… et les défis – plus ou moins masqués par les propos anesthésiants et lénifiants des élus cultivant leurs médiocrités comme des beaux-arts – ne sont même plus relevés.
Cela, c’est la situation que nous n’avons cessé de connaître depuis des années, aussi, lorsqu’un vent nouveau se lève, devons-nous retrouver le sourire et ne pas bouder notre plaisir.
Le défi redevient un gab, c’est-à-dire un pari amusant (gaber est un terme normand que les chevaliers du Moyen Age utilisaient lorsqu’ils se lançaient un cartel avant des joutes et des tournois) et le gab normand d’aujourd’hui se justifie par le surcroît d’optimisme au milieu duquel il est lancé.

Alors, ces trois événements qui renforcent notre volonté de combattre, c’est quoi au juste ?
Sans ordre de priorité, nous allons les livrer à nos lecteurs :
  • La création d’un Bassin laitier normand.
  • La perspective de la création d’une Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie de Normandie, unique, pour les années à venir.
  • La désignation par le Chef de l’Etat, en la personne d’Antoine Rufenacht, d’un Commissaire au développement de la Vallée de la Seine.
I. La création d’un Bassin Laitier normand

Par la volonté du Ministre de l’Agri-culture, Bruno Le Maire, et la non-opposition de certains responsables agricoles de Normandie occidentale souvent attirés par le tropisme breton, la Normandie des cinq départements constitue l’un des « Bassins Laitiers » au sein desquels s’organise la profession. C’est logique puisqu’il n’y a qu’une seule Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie et que la filière laitière normande a à faire valoir ses spécificités, notamment ses A.O.C. fromagères. Mais c’est un signe fort : Bruno Le Maire est aussi Ministre de l’Aménagement du Territoire et, en tant qu’élu normand, il s’est toujours prononcé pour la réunification de la Normandie. D’autre part, l’immense majorité des responsables agricoles ressentent le besoin de se regrouper dans un cadre constituant une image valorisante de leur profession.
Le Bassin Laitier normand rejoint donc la cohorte des institutions organisées à l’échelle de toute la Normandie : Chambre Régionale d’Agriculture, Comité du Littoral normand, Etablissement Public Foncier de Normandie, Comité Régional du Tourisme, Caisses d’Epargne de Normandie, sans compter les Fédérations sportives, demain la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie, après-demain (peut-être ?) le Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur de Normandie et, nous l’espérons, la Chambre Régionale des Comptes de Normandie, une des seize prévues par la réforme en cours.

II. La perspective d’une seule Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie de Normandie

Il y avait une opportunité : la réforme des Chambres de Commerce et d’Industrie, qui organise le transfert de la plupart des compétences et des moyens financiers des CCI de base vers les Chambres Régionales. Il y avait une démangeaison ; les CCI de l’Estuaire voulaient, depuis longtemps, se rapprocher, jugeant que leurs problèmes étaient communs ou complémentaires. Il y eut un déclic : les récentes élections consulaires ont porté à la tête des organismes des hommes nouveaux, sans préjugés, avides d’efficacité. L’histoire passe rarement deux fois les plats et MM. Jean-Claude Lechanoine et Jean-Pierre Désormeaux (deux noms à retenir !), respectivement président de la C.R.C.I. de basse Normandie et président de la C.R.C.I. de haute Normandie ont saisi l’occasion, en accord avec leurs conseils, pour sauter le pas, c’est-à-dire, comme l’écrit notre confrère Ouest-France, assez ébahi, « ce que n’arrivent pas à faire les politiques : réunifier les deux Normandie pour en faire la cinquième région économique française » (23 avril 2011) (1). En 2015, la fusion devrait être effective ; en attendant, il y a constitution d’un Groupement d’Intérêt Consulaire, avec un seul président, Jean-Claude Lechanoine, un seul directeur général. En 2013, Jean-Pierre Désormeaux remplacera son homologue et les services vont petit à petit fusionner à Caen, sans que le siège de la future C.R.C.I soit prédéterminé. Cela s’appelle du pragmatisme. En attendant, nos deux compères peuvent légitimement déclarer : « La Normandie est la deuxième région la plus connue au monde après la Californie. Mais qui se soucie du qualificatif basse ou haute ? ». Il y en a un qui jubile, c’est Christian Fougeray, président de la CCI du Pays d’Auge : « Nous avions mesuré l’importance de l’axe Seine. Tout le monde sera gagnant ». Son homologue de la CCI du Havre, Vianney du Chalus, confirme : « On renforce la proximité, on mutualise les moyens et on est plus fort à l’international. Tout cela est cohérent. C’est l’intelligence collective ». (Popos relevés par Xavier Oriot dans le numéro d’Ouest-France déjà cité).

III. La désignation par le Chef de l’Etat, en la personne d’Antoine Rufenacht, d’un Commissaire au développement de la Vallée de la Seine

Nicolas Sarkozy est revenu une nouvelle fois au Havre. Au cours d’une table ronde tenue devant quinze cents personnes, le président de la République a confirmé l’engagement de son quinquennat en faveur du Grand Paris – Paris – la Mer – Axe – Seine. Il s’agit, à n’en pas douter, du principal dossier d’aménagement du territoire de son mandat. Selon lui, mais la constatation est unanimement partagée, il est parfaitement anormal que, sur les huit millions de conteneurs destinés au marché français par le commerce maritime, plus de la moitié d’entre eux transitent par les ports du Northern Range. Anvers, premier port de France, c’est une anomalie qu’il faut corriger. D’où le lancement des travaux du Canal Seine – Nord mettant le bassin de la Seine en relations fluviales avec le reste de l’Europe. D’où le développement volontariste de l’axe Seine et, au premier chef, la création de la ligne ferroviaire nouvelle Paris – Normandie (L.N.P.N.). Il veut aller vite : pour l’instant, fait-il remarquer, il n’a pas perdu de temps et le processus devra être enclenché avant la fin du quinquennat. Mesure plus que symbolique, car c’est la preuve de la volonté de faire aboutir, il désigne Antoine Rufenacht comme Commissaire au développement de la Vallée de la Seine, avec la faculté de solliciter directement tous les ministères concernés. Ne nous y trompons pas, il s’agit, là, du seul moyen de mettre en branle les services, de vaincre les hésitations des uns, les réticences des autres. Il y a désormais un interlocuteur valable et, justement, Antoine Rufenacht a souligné la nécessité d’un projet normand global, concernant aussi bien les deux demi-régions de haute et de basse Normandie. Ce n’est donc pas un « Parisien » qui assurera la conduite de l’opération, mais un élu normand disposant d’une incontestable autorité.

Certes, il faudra à Antoine Rufenacht beaucoup d’habileté pour entraîner dans l’aventure, outre le maire de Paris et le président de la région Ile-de-France, le président de la C.R.E.A., Laurent Fabius, madame le maire de Rouen et MM. Le Vern et Beauvais, présidents des demi-régions de haute et de basse Normandie. L’opinion publique pourrait être sévère si, ici ou là, on atermoyait dans l’attente des échéances de 2012. Nous pensons, quant à nous, qu’un mouvement irréversible est lancé et que, quels que soient les résultats des confrontations électorales de l’année prochaine, une voie est tracée que la Normandie ne peut pas se permettre de snober. C’est ce qu’ont bien compris les responsables économiques normands. Cela pourrait avoir valeur d’exemple.

Guillaume LENOIR


(1) Les téléspectateurs de TVNormanChannel auront eu cette information en avant première, dans l’émission du 26 mars 2011. ce fut un « scoop » TVNC !

Rédaction TVNC