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Le n° 318 de l'Unité Normande vient de paraître

Vendredi 18 Mars 2011

Le Mouvement Normand vous propose le dernier n° de son magazine politique.
Nouvelle maquette, équipe rédactionnelle renforcée, l'Unité Normande fête 2011 !


Le n° 318 de l'Unité Normande vient de paraître
A quelques mois d’intervalle viennent de disparaître deux éminentes personnalités françaises qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’ont pas été prophètes en leur pays… Au moins pour l’instant, il ne faut jamais insulter l’avenir… Il s’agit de Maurice Allais, seul prix Nobel français d’économie, et de Jean-Marcel Jeanneney, ancien ministre du Général de Gaulle, professeur de Droit et Sciences Economiques à la Sorbonne. Certes, ils ont été couverts d’honneur, mais ils n’ont pas été écoutés et encore moins entendus. L’œuvre de chacune de ces personnalités est foisonnante et il ne s’agit pas ici d’en retracer même les grandes lignes. Sur un point, cependant, la libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes – en un mot, qu’ils n’avaient pas utilisé quand ils en dénonçaient les effets à venir, c’est la mondialisation – quiconque lisait leurs articles ou leurs ouvrages voyait qu’ils étaient réticents en face d’un système sans limites, sans règles, sans autres finalités que quantitatives et, péché suprême et irrémissible, ils ne condamnaient pas un certain protectionnisme adapté à l’espace européen et non plus national. Dans le mot « protectionnisme », ils ne voyaient pas la caricature que les partisans du libre échange en faisaient, à savoir, le repli frileux à l’intérieur de frontières nationales imperméables, mais plutôt le respect d’une concurrence loyale entre partenaires ne pratiquant pas le « dumping social ». De même, ils étaient très sceptiques sur l’idée de la division internationale du travail, les pays émergents se contentant de produire ce que les pays avancés pouvaient concevoir, se réservant ainsi les plus-values les plus lucratives. Ils disaient – mais on ne les écoutait pas – que les pays qui fabriquaient les produits manufacturés seraient aussi ceux qui ouvriraient les laboratoires et les instituts de recherche les mettant au point. Ils avaient annoncé le drame de la désindustrialisation de nos contrées : on ne les entendit pas, les délocalisations : on ne les crut pas.

Les faits leur ont donné raison, mais on continue à les tenir sous le boisseau et, surtout, on persévère dans la vision irénique des rapports commerciaux soi-disant régulés par le marché.
Pourtant la crise… Pourtant la débâcle de notre commerce extérieur… Pourtant l’effondrement de la production industrielle française… Pourtant l’arrogance chinoise, indienne, demain brésilienne… Rien n’y fait, on persiste et on signe et, surtout, on continue à railler ces vieilles barbes qui préconisaient un nouveau protectionnisme (1).

Récemment, le président de la République, en tant que meneur de jeu du G20 fustigeait tout repli protectionniste, « poison mortel » qui empêcherait de sortir de la crise et le directeur du F.M.I. (Qui c’est, au fait ?…) faisait chorus. Evidemment, l’hydre protectionniste est toujours présentée de façon caricaturale et on en interdit pratiquement l’évoca-tion sous des aspects plus nuancés, correspondant à la situation actuelle.

Quel pourrait être un néo-protectionnisme aux couleurs de notre temps ? Ce serait une libre circulation entre pays pratiquant les mêmes règles en matière de protection sociale et tendant à des équivalences salariales. Même si l’Union Européenne a vocation à constituer un tel espace, l’honnêteté nous oblige à dire qu’il existe de fortes disparités en ces domaines au sein des Vingt-Sept. L’objectif de l’Union Européenne ne serait-il pas alors de donner la priorité aux convergences sociales et salariales entre les pays qui la composent ? Avec son corollaire, à savoir se protéger des concurrences extérieures déloyales par des mesures protectionnistes, révisables constamment selon le degré d’avancement social et salarial de ces partenaires, qu’il ne s’agit pas de tenir en lisière, mais dont nous devons nous faire respecter.
Notre ré-industrialisation est à ce prix et c’est un langage qui devrait être tenu à l’O.M.C… au lieu de cela, citons pour l’exemple, ce titre de L’Eure agricole : « L’Europe dit oui à l’entrée de la Russie à l’O.M.C… qui dit non à ses produits » (2 décembre 2010). Autre exemple : le tigre celtique, l’Irlande, qui, d’une main, reçoit les picaillons de l’Union Européenne, de l’autre, se refuse à imposer les sociétés qui s’installent chez elle, provoquant des distorsions insupportables de concurrence. A dessein, nous avons choisi pour cette démonstration les cas de pays qui ne sont pas emblématiques des plus grandes dérives du commerce mondial dérégulé : ceci pour montrer combien nous devrions être vigilants et sourcilleux en matière de réciprocité dans les échanges internationaux. Il ne s’agit pas de fermer les frontières mais, pour l’espace européen, d’y placer un filtre protecteur quand le besoin s’en fait sentir.
On s’apercevra alors que les délocalisations ne sont peut-être pas si opportunes qu’on le prétend et que, surtout, on redonne des chances de survie aux savoir-faire normands, français, européens.

Le débat est ouvert. Enfin ! devrait-on se réjouir. Quelques titres d’articles sont là pour le confirmer : « Arnaud Montebourg : il faut assumer un certain protectionnisme » (in Le Monde, 22 novembre 2010) ; « Contre-enquête : la gauche va-t-elle succomber aux sirènes du protectionnisme ? » (in Le Monde, 16 décembre 2010) ; « L’Europe doit en finir avec l’angélisme en matière industrielle, plaide Eric Besson, ministre chargé de l’industrie » (in Le Monde, 6 janvier 2011)… Le débat ETAIT ouvert, mais depuis que Marine Le Pen tient des propos de ce genre, on s’empresse de le refermer. Et l’on feint de s’étonner de la petite bête qui monte, qui monte dans les sondages !

Guillaume Lenoir


(1) Pour un nouveau protectionnisme - Jean-Marcel Jeanneney. Éditions du Seuil. EAN 9782020049849

Rédaction TVNC