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Le déclin démographique normand

Mardi 14 Décembre 2010

Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


Le déclin démographique normand
Les récentes projections démographiques effectuées par l’I.N.S.E.E. ne laissent pas d’être inquiétantes pour la Normandie. Autrefois terroirs de forte natalité, les cinq départements normands se retrouvent, pour la période 1990 – 2007, dans la zone démographique stagnante ou dépressionnaire, malgré le dynamisme envahissant d’une région parisienne se répandant notamment au sud du département de l’Eure. La situation s’aggrave selon les prévisions effectuées pour les trois décennies à venir : la Normandie fait désormais partie de cette France du Nord et de l’Est qui se retrouve à la traîne alors que l’Ouest et le Sud vont connaître des progressions notoires.

Déclin, relatif certes puisque le nombre d’habitants de nos deux pseudo-régions normandes va augmenter (légèrement), mais déclin tout de même, surtout si l’on ajoute à l’atonie des chiffres l’évolution qualitative où l’on constate une part de plus en plus importante des catégories âgées.

Comme d’habitude, la presse quotidienne normande saucissonne les statistiques démographiques ne mettant l’accent ici que sur la basse Normandie (cf. Ouest-France du 8 décembre 2010), où l’on nous annonce un rythme annuel de croissance de la population de + 0,22% jusqu’en 2040… ou, là, sur la haute Normandie (cf. Fil/fax du 8 décembre 2010), où Etienne Banzet titre : « La haute Normandie va souffrir d’un solde migratoire négatif persistant »…Mais le bilan général est accablant : l’ensemble de la Normandie ne connaîtra, de 2007 à 2040, qu’une évolution de 7,3% de sa population, soit la moitié exactement de la croissance de la France métropolitaine. L’âge moyen des bas-Normands va passer de 40,4 ans aujourd’hui à 45,9 en 2040, celui des hauts-Normands, de 38,5 à 43,2 ans (Pour la France, on passe de 39,3 ans à 43,7 ans).
Notre confrère Fil/fax a mis l’accent sur ce qu’il y avait de plus important à signaler : le solde migratoire négatif persistant, et, surtout, celui des jeunes. Ce n’est pas nouveau, certes, mais la tendance s’accentue. Il y a un écrémage systématique, année après année : les jeunes – notamment les diplômés, un sur quatre ! – quittent la Normandie pour ne plus y revenir et cette hémorragie casse le dynamisme démographique d’une région autrefois réputée pour son taux de natalité pour 1000 habitants plus élevé qu’ailleurs. Perte de substance. Perte d’énergie. Perte de vitalité. Perte de futurs cadres. On touche, là, le mal essentiel de la désespérance normande.

Nous n’avons pas trouvé dans les commentaires des journaux locaux une quelconque mise en cause de qui que ce soit dans cette étrange « fatalité ».
Oui ! Etrange est cette « fatalité » qui n’en est pas une !

Un court rappel historique de la démographie normande exclut tout recours aux causes relevant de la « fatalité ».

XIXè siècle : exode rural. Nombre de villages de la Manche, de l’Orne, de l’Ouest de l’Eure, du Sud du Calvados, du Pays de Bray n’ont pas retrouvé de nos jours la population qu’ils avaient en 1830. Le phénomène n’est pas seulement normand. Dans le même temps, il y eut, avec l’industrialisation, une croissance des villes et de leurs banlieues. Elle ne compensa pas l’exode rural.

XXè siècle : les saignées de 14 – 18 et de 39 – 45 eurent une ampleur plus intense qu’ailleurs. Elles ne furent pas compensées, là non plus, par le dynamisme de la reconstruction et de la décentralisation industrielle des Trente Glorieuses. Cependant la Normandie appartenait encore à la partie « naisseuse » de la France. Le « baby – boom » y fut plus marqué que dans bien d’autres régions. De plus, durant cette période, le rythme des migrations de Normands vers la Capitale s’accentua.
C’étaient déjà des cadres et des diplômés qui partaient, car ils ne trouvaient plus en Normandie les carrières correspondant à leur formation. La décentralisation industrielle, qui a quantitativement renforcé les petites villes, est restée une pourvoyeuse d’emplois subalternes, les centres de décision commençant leur évasion vers Paris ou l’étranger.

La fin du « baby – boom » (années soixante-dix) correspond au début de la désindustrialisation. Elle ira s’accentuant avec la mondialisation et les délocalisations.

La division de la Normandie entraîna (et entraîne toujours !) le départ vers Paris, Rennes et Lille de nombreux centres de décisions administratifs, publics ou parapublics et tertiaires. L’horizon se boucha complètement pour les jeunes diplômés : un sur quatre – on ne doit pas se lasser de le redire ! – quitte la Normandie de façon définitive.

Dans le même temps, la profession agricole connut une mutation : le nombre des paysans diminua. L’effet démographique en fut masqué par la périurbanisation. Mais comme celle-ci ne s’accompagna pas d’une redistribution des services publics et des services au public ou d’intérêt général, on assista à une désertification progressive des fonctions collectives alors que, individuellement, s’installèrent en zone périurbaine et sur les franges de l’Ile-de-France des populations, qui ne s’intégrèrent pas, et que, finalement, rien ne rattacha au terroir où ils étaient venus s’échouer.
Faut-il, dès lors, s’étonner que leurs enfants partent sans esprit de retour vers d’autres cieux ?

La démographie n’est pas qu’un problème quantitatif : elle a de nombreux aspects qualitatifs et les motivations pour maintenir un enracinement stabilisateur sont des facteurs positifs en faveur d’une démographie dynamique.

Si l’on examine plus avant l’évolution démographique de la Normandie, on constate, par exemple, que la population normande s’est pendant trop longtemps détournée de la mer. Les cantons du bord de mer sont ceux qui ont connu les baisses les plus significatives du dynamisme démographique. Les côtes normandes sont les seules dans ce cas en France.

C’est peut-être là que les prévisions finalement pessimistes de l’I.N.S.E.E. peuvent ne pas s’avérer : il nous semble que la mer redevient attractive (croissance des échanges maritimes mondiaux, du transmanche et du cabotage, importance en Normandie de la production d’énergie près des côtes ou off-shore, rythme soutenu de l’économie balnéaire, etc….). Le Mouvement Normand ferait volontiers le pari d’un redémarrage de la démographie des cantons des bords de mer.

D’autre part, les villes continueront de croître et de s’étaler… au détriment du vrai rural, tandis que le périurbain, même s’il ne progresse plus autant qu’on ne le craint ou qu’on ne le dit, sera de moins en moins « rural » dans ses fonctions et de plus en plus « zone dortoir ».

Tout cela montre un déséquilibre démographique croissant en Normandie. On pourra dire, dans l’Orne par exemple, que « la forêt gagne » et que les cantons dépeuplés, incapables de faire face aux obligations de la vie courante de ses habitants, seront de plus en plus nombreux. Le contraste avec les zones périurbaines sera quantitativement évident, mais, au plan qualitatif, la « déglingue » des services d’intérêt général (au sens très large) y sera aussi avérée. Il est, hélas, très difficile de revitaliser un terroir avec des services qui l’ont abandonné.

Ces sombres perspectives ne devraient en rien constituer des motifs d’autosatisfaction pour ceux qui, depuis les Lois de décentralisation, ont été ou sont en charge de nos régions-croupions de haute et de basse Normandie. Le problème est qu’ils n’assument pas cette déroute démographique. Ces responsables, tellement irresponsables, diront – avec un semblant de raison – que la croissance économique, vecteur de la bonne santé démographique, ne se décrète pas. Mais ils ne peuvent cacher qu’elle se suscite et qu’elle s’accompagne.

Susciter une croissance économique, c’est pour les pouvoirs régionaux l’inscrire dans un projet global. Où est donc le projet régional normand ? Il n’existe pas et nos exécutifs se sont même donnés le ridicule de déterminer deux S.R.A.D.T. (Schémas régionaux d’aménagement et de développement du territoire), l’un pour la haute, l’autre pour la basse Normandie ! Et l’on peut légitimement craindre que nos deux Conseils régionaux se révèlent incapables de relever ENSEMBLE le défi du Grand Paris. Malgré une Directive Territoriale d’Aménagement de l’estuaire qui s’étend largement sur les deux pseudo-régions (de Fécamp à Bayeux). Malgré la nécessité absolue d’obtenir une SEULE Ligne à Grande Vitesse Paris – Normandie. Malgré l’unité et la complémentarité d’organismes comme la Chambre Régionale d’Agriculture, le Comité Régional de Tourisme ou l’Etablissement Public Foncier de Normandie, qui ne sont pas les seules entités à se concevoir à l’échelon des cinq départements normands rassemblés…

Le sentiment d’appartenance, lui non plus, ne se décrète pas, mais il s’encourage et c’est un puissant vecteur de dynamisme régional et d’attractivité. Quel est le bilan en la matière de nos exécutifs régionaux depuis trente ou quarante ans ? Ils ont cultivé la division et brouillé l’image de la Normandie. Pourtant, le potentiel attractif de la Normandie est une évidence au-delà de nos frontières : le gâchis engendré par le localisme imbécile de nos dirigeants est incommensurable. L’exception à la règle du localisme contre-productif vient pourtant d’être démontrée par le succès du Festival Normandie Impressionniste : feu de paille ou début d’une prise de conscience de la nécessité de « chasser en meute » ?

Les atouts de la Normandie sont réels et constants : il est dommage, il est scandaleux qu’ils ne soient pas mieux utilisés par des dirigeants manquant dramatiquement de vision à long terme, trop occupés par la promotion de leurs égos surdimensionnés. Ils brisent de ce fait tout élant collectif et les Normands en arrivent à douter d’eux-mêmes. Ce n’est pas ainsi que l’on donne confiance en l’avenir à une population et la mollesse démographique que nous connaissons en Normandie en est la conséquence.

Didier Patte
Pour le Directorat Noir (Démographie, problèmes Juridiques et judiciaires, problèmes de société) du Mouvement Normand
 

Rédaction TVNC