Connectez-vous S'inscrire
Jeudi 24 Juillet
TVNC

Bienvenue sur TVNormanChannel, web télé de notre monde normand.


La réunification à petits pas à l’épreuve des réalités

Vendredi 13 Janvier 2012

Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


La réunification à petits pas à l’épreuve des réalités
Cela fait plus de quarante ans que le Mouvement Normand réclame et milite pour la réunification de la Normandie. La banalisation de cette revendication, désormais partagée par une majorité de Normands – les sondages convergents l’attestent –, mais aussi par de nombreuses associations, groupements, organismes, pourrait rendre abstrait le désir d’unité et les partisans du statu quo (il n’y a pas d’adversaires, uniquement des prébendiers qui profitent de la situation actuelle parce que la division leur réserve des sièges qu’il faudrait « dédoublonner » !) ont beau jeu de feindre un petit air de supériorité : eux, proclament-ils, ils sont dans le concret, ils se coltinent les réalités, ils ne sont pas dans le rêve ou l’utopie, etc. Discours méprisant et facile qui évite d’aller au fond des choses et, surtout, ne permet pas de reconnaître que la division de la Normandie a entraîné son déclin. Combien d’emplois d’encadrement, par exemple, ont-ils été perdus par la Normandie parce que cette dernière a abandonné des fonctions de direction au profit de métropoles plus attractives (Rennes, Lille, Nantes et, bien entendu, Paris) ? Combien d’investissements – notamment dans les infrastructures – n’ont-ils pas été réalisés en Normandie parce que ses deux « régions – croupions » n’avaient pas l’entregent suffisant pour peser auprès d’un Pouvoir Central sensible au poids des gros bataillons ? Que de retards pris – particulièrement dans le ferroviaire – et, même, dans le routier où le réseau ne s’interconnecte que dans ce début du XXIe siècle, avec toujours trente ans de retard !
 
Les exemples foisonnent : ils sont minimisés par les autorités des pseudo-régions de haute et de basse Normandie qui arguent de progrès réalisés – c’est bien le moins ! – par rapport à leur propre situation antérieure, mais qui ne veulent surtout pas se comparer aux résultats en la matière des régions non démembrées, non désarticulées.
 
Le poids grandissant des organismes unitaires
 
Pourtant, depuis quarante ans, le désir d’unification s’est maintes fois concrétisé. On peut le constater dans le cas de grands organismes (Chambre Régionale d’Agriculture, Comité Régional du Tourisme, Etablissement Public Foncier de Normandie, Comité du Littoral Normand, CARSAT – Normandie, C.N.R.S., Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur de Normandie, etc.), de multiples associations culturelles, sportives, etc., d’entités économiques (Caisse d’Epargne de Normandie, etc.)… Tout cela, c’est du concret et les efficacités induites par ces pratiques unitaires suscitent des vocations, dont la plus emblématique consiste dans le regroupement programmé des deux Chambres Régionales de Commerce et d’Industrie en une seule C.R.C.I. de Normandie.
Comme toujours, les réticences et les lenteurs proviennent de l’administration, mais plus encore des Elus, de quelques tendances qu’ils soient, qui montrent, là, l’étendue de leur cécité, de leur manque de clairvoyance, bref, de leur incompétence ou de leur mauvaise volonté.
Pourtant, cela bouge. Sous la pression des nouvelles technologies de communication, sous les effets de la crise qui incite à rationaliser et à mieux organiser, à chasser le gaspillage de la balkanisation des structures, dans un but d’efficacité et de pertinence.
 
Ce qui aurait pu être le contre-exemple du P.R.E.S.
 
Oh ! Cela ne se fait pas sans mal ! Qu’on n’oublie jamais les scandaleuses palinodies de nos universitaires qui ont différé au maximum la création du P.R.E.S. normand. Pour des questions de préséance parfaitement déplacées : le siège du P.R.E.S. sera-t-il à Caen ou à Rouen ? La cote mal taillée du siège divagant, trois ans dans la cité de Malherbe, trois ans dans celle de Corneille, n’est pas satisfaisante et provoquera de nouvelles querelles ridicules et, surtout, des torpillages d’initiatives là où seules la convergence et l’unanimité peuvent permettre la réussite d’un projet : il faut s’attendre à tout de la part des universitaires qui n’ont en ligne de mire que leur carrière dont l’apogée est la sacro-sainte Sorbonne…
 
Puisque nous abordons ce sujet du siège du Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur de Normandie, rappelons la position constante du Mouvement Normand sur ce point.
Nous estimons que ce siège doit revenir à Caen, creuset de la plus ancienne Université de Normandie et… mère des deux autres, Rouen et Le Havre. N’en déplaise à ceux qui opposent le plus grand nombre d’étudiants dans ces deux dernières villes. L’argument du poids démographique – en l’occurrence le nombre d’étudiants et de professeurs – est pauvre. Il justifierait, pour tous les problèmes, la micro - centralisation, dérive aussi absurde et dangereuse que la centralisation parisienne qui a déséquilibré la France. Le jacobinisme n’est pas que parisien : c’est un état d’esprit qui sévit aussi en province. Ce n’est pas parce que la C.R.E.A. (métropole rouennaise) pèse 600 000 habitants qu’elle doit accaparer tous les services supérieurs de la région. A une moindre échelle, ce n’est pas parce que Caen est la principale ville de la basse Normandie que la ville de Guillaume doit assécher le dynamisme des petites villes de l’Orne, de la Manche et du Calvados.
 
La chance du polycenrisme normand
 
Là-dessus, la position du Mouvement Normand est claire : le polycentrisme est la seule solution conforme à la REALITE du tissu urbain normand. Aucune de nos villes ne se trouve dans la situation de Toulouse et son désert midi - pyrénéen, et c’est une CHANCE qu’il ne faut pas gâcher (pour la satisfaction de quelques egos de quelques édiles qui roulent des mécaniques !).
 
Le Mouvement Normand a un autre argument qui, nous le savons, ne compte pas beaucoup aux yeux des imbéciles : la notion d’héritage historique et les leçons du passé… Que Rouen soit l’archevêché de la Province Ecclésiastique éponyme n’a pas qu’une signification d’essence religieuse. Nous savons que la Normandie s’est inscrite dans le cadre presque bi - millénaire de la Province Ecclésiastique de Rouen, de même que nous savons que l’Université de Caen, créée durant la gouvernance anglaise pour faire pièce à la Sorbonne, est à l’origine de la sapience normande, prenant la suite des grands foyers de culture des abbayes normandes… Peut-on aussi oublier que l’Etat en région a toujours privilégié Rouen par rapport aux autres villes normandes ? Le Parlement de Normandie était à Rouen et quand le Roi l’exilait à Bayeux, c’est parce que l’échelon central était en brisbille avec la modalité normande de la Cour souveraine dont elle n’était qu’une délégation. Plus récemment, à l’époque de la Libération, le G.P.R.F. a fait du préfet de la Seine – Inférieure le Commissaire de la République pour toute la Normandie. Tout dernièrement, et c’est significatif, l’Etat a confié au Préfet de la Seine -  Maritime, préfet de la Région de haute Normandie, la supervision de la Directive Territoriale d’Aménagement de l’estuaire (D.T.A.), dont l’aire de compétence s’étend de Fécamp à Bayeux, donc sur des portions des deux régions normandes.
 
L’Etat ne joue-t-il pas la carte de l’unité de la Normandie ?
 
D’ailleurs, on peut constater que l’Etat joue – bien avant les Elus, est-il besoin de le faire remarquer ? – la carte de la cohérence normande : ainsi, en avril 2011, l’Etat a divisé la France en neuf bassins laitiers et les cinq départements normands forment le Bassin Laitier de Normandie, au grand dam de certains industriels laitiers qui auraient voulu un Grand Ouest comprenant, outre la Bretagne et les Pays de la Loire, la basse Normandie. Nous devons au ministre normand Bruno Le Maire cette individualisation intelligente de la Normandie laitière, qui se conçoit d’autant mieux qu’il y a une véritable apothéose des A.O.C. laitières et fromagères normandes, avec la perspective d’une vigoureuse campagne d’ensemble des produits normands de haute qualité, aussi bien sur le marché intérieur français qu’à l’exportation.
 
C’est dans ce contexte évolutif de la pensée étatique concernant l’approche du problème de la réunification normande, à savoir mettre fin aux doublons dispendieux et rechercher la cohérence des problèmes économiques, sociaux, environnementaux et administratifs dans le cadre d’une vraie région normande qu’il faut examiner la nouvelle géographie des Chambres Régionales des Comptes.
 
Une seule Chambre Régionale des Comptes en Normandie
 
Le projet gouvernemental – dont personne ne conteste véritablement le bien-fondé –consiste à diminuer le nombre des Chambres Régionales des Comptes devant passer de 22 en métropole) à 16, permettant ainsi de constituer des équipes, plus étoffées , plus performantes. Disons-le carrément, nous craignions, au Mouvement Normand, que l’on calquât ces organes de contrôle des collectivités territoriales sur les juridictions administratives d’appel, en l’occurrence, pour la Normandie, nous eussions vu le rattachement de la basse Normandie à Nantes et la haute Normandie eût été dirigée par une Chambre Régionale des Comptes installée à Douai. Avec d’autres amis, nous sommes intervenus, au printemps dernier, auprès des autorités pour qu’au moins il y ait une fusion normande des Chambres Régionales des Comptes. De deux choses l’une, ou bien nous avons été entendus, ou bien – et c’est l’analyse que nous privilégions – l’Etat, par petites touches, fait en sorte d’annihiler les effets de la division normande, considérant la Grande Normandie comme l’échelon pertinent d’une bonne gestion de ses organes administratifs.
 
L’entité normande est reconnue comme un espace cohérent, ni trop petit, ni trop grand, permettant la proximité et l’efficacité et s’appuyant sur une réalité parfaitement comprise par les assujettis, en l’occurrence, les collectivités locales.
 
La réaction des localistes impénitents a, comme d’habitude, été mesquine : où va-t-on installer la Chambre Régionale des Comptes de Normandie ? Au lieu de se réjouir de voir reconnue l’entité normande (auraient-ils préféré dépendre de Nantes ou de Douai ?), les Elus se sont lancés dans un lobbying indécent pour récupérer, qui à Rouen, qui à Caen, cet organisme qui regroupera deux à trois dizaines de magistrats ou de spécialistes des finances locales. Nous relevons dans la presse (cf Courrier Cauchois du 23 décembre 2011) que le président de la Région haute Normandie, les présidents des Conseils généraux de l’Eure et de la Seine – Maritime, que le président de la C.R.E.A. et la députée – maire de Rouen exigent que la C.R.C. de Normandie ait son siège à Rouen. Bien entendu, nous lisons dans Ouest-France (7 janvier 2012) qu’il y a une « mobilisation » de tous les Elus bas – Normands pour « présenter au Premier  ministre leur conviction collective de l’opportunité du choix de Caen ».            
 
Les arguments des uns et des autres sont d’une indigence insigne : Rouen argue d’ »être au cœur de la principale agglomération normande » (toujours la manie de la micro - centralisation !) et estime avoir un avantage décisif parce que ses locaux, bellement rénovés, du 21 rue Bouquet ont été inaugurés il y a à peine quatre ans par le Premier président de la Cour des Comptes. Caen, de son coté, s’enorgueillit d’héberger la C.R.C. de basse Normandie dans le cadre prestigieux du Château de Bénouville. Caen s’estime plus central. Rouen traite, rétorque-t-on sur la rive droite de la Seine, des affaires concernant des collectivités plus importantes… Etc. Et chacun de se dresser sur ses ergots et de soupçonner l’autre d’impérialisme. On en est là et quand le Conseil d’Etat prendra la décision de fixer le siège de la C.R.C. de Normandie, on imagine le hourvari qui s’élèvera dans la ville qui ne sera pas choisie.
 
Nous qui, au Mouvement Normand, faisons appel à la tradition, sommes obligés de renvoyer les deux villes dos à dos : Caen fut le siège de l’Echiquier de Normandie sous les Ducs et Rouen connut une Chambre Royale des Comptes à l’époque de l’Ancien Régime… Nous pensons que la décision sera prise en fonction de l’idée que se fait l’Etat de sa présence dans la région et, à ce titre, nous croyons que Rouen tient la corde. Inutile de préciser que si Caen était choisie, nous n’en ferions pas une maladie !
 
Et si les Elus voulaient bien se hisser à la hauteur des vrais problèmes…
 
Des amis nous ont conseillé de ne pas prendre parti et d’attendre la décision du Conseil d’Etat. Telle n’est pas notre position. Nous souhaiterions même au contraire qu’en face d’un tel problème, il y eût une concertation, dans une perspective gagnant / gagnant, entre les responsables normands.
 
Rouen va-t-elle être choisie ? QUE PREVOIT-ON EN COMPENSATION POUR CAEN ? Nous préconisons – nous l’avons écrit plus haut – que le P.R.E.S. – Normandie revienne à l’Université de Caen, que doit-on accorder à l’Université de Rouen et à celle du Havre en retour ? On parle du siège de la future C.R.C.I. de Normandie à Deauville : quels services devront être réservés à Rouen, Caen, Le Havre ou Cherbourg pour qu’un aménagement EQUILIBRE de l’encadrement administratif du commerce et de l’industrie s’inscrive harmonieusement dans le paysage normand ? Il est du rôle de nos Elus d’aborder ces problèmes de répartition dans un esprit de concorde et de complémentarité et non en termes d’affrontements du style « au plus fort la pouque » !
 
L’Etat, pour sa présence en Normandie, pourrait donc choisir Rouen pour le siège de ses instances supérieures : cela signifie que le Préfet de Région de la Normandie résiderait dans le cadre imposant de l’ancien Hôtel – Dieu, qui accueille depuis deux décennies, l’actuel Préfet de Région de la haute Normandie. Le Mouvement Normand n’y verrait aucun inconvénient et, dans un même souci d’équilibre d’aménagement territorial, mais aussi pour marquer l’autonomie de la collectivité régionale, nous souhaiterions que Caen, dans l’écrin de l’Abbaye aux Dames, fût le siège du Conseil régional de Normandie. Cette répartition équitable des instances de direction administratives et politiques serait un signe fort d’un souci des responsables de prendre en compte (enfin !) le polycentrisme normand, tout en donnant une signification politique évidente à la séparation des rôles de l’Etat en région et de la réalité reconnue d’un Pouvoir Régional effectif.
 
A l’ère de l’informatique et des liaisons améliorées (Vive la L.N.P.N. à venir !) entre Rouen et Caen, il convient de faire litière des affirmations tendancieuses de ceux qui prétendent que la dualité Préfet régional – Président du Conseil régional suppose une proximité physique en un même lieu.
 
Des chantiers unitaires à entreprendre
 
De même, si l’on en croit la Loi n° 2010 – 1563 du 16 décembre 2010 portant réforme des collectivités locales, la création de 26 pôles métropolitains en France serait dans les tuyaux. D’après le Flash n° 99 (décembre 2011) de l’Assemblée des Conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux (C.E.S.E.R.), le Sillon lorrain, associant Metz, Nancy, Thionville, Epinal a été créé en septembre 2011. Celui de Mulhouse – Strasbourg devrait suivre, ainsi que la C.R.E.A. (Communauté d’Agglo Rouen Elbeuf Austreberthe, augmentée de la C.A.S.E. Seine – Eure)… Et l’on parle d’un rapprochement Caen – la Mer et C.O.D.A.H. (Le Havre)… Encore un petit effort, MM. les responsables normands, et vous redécouvrirez la pertinence du réseau de villes Normandie – Métropole (Caen, Le Havre, Rouen) qui, en son temps, avait été soutenu par la D.A.T.A.R. !
 
Toutes ces questions sont éminemment politiques, au sens fort du terme. Il est dommage que l’on en fasse des questions politiciennes, voire des querelles de personnalités. Pourtant, dans le cas normand, la conjoncture pourrait être jugée favorable : les deux conseils régionaux et les deux municipalités de Caen et de Rouen ont la même couleur politique. Les instances dirigées par la droite (Le Havre, trois départements sur cinq) ne s’opposent pas vraiment à l’idée d’unification, voire la revendiquent. Autrement dit, la responsabilité des Elus socialistes est évidente. Vont-ils continuer à se tirer dans les pattes entre partisans de Rouen capitale concentrant tout et de Caen craignant d’être déclassée ? L’histoire jugera, les électeurs peut-être aussi.
 
Didier PATTE
Président du Mouvement Normand

Rédaction TVNC