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La culture fait enfin bouger les villes normandes

Vendredi 24 Septembre 2010

Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


La culture fait enfin bouger les villes normandes



Depuis plus de quarante ans que le Mouvement Normand existe, nous nous sommes désolés de l’atonie qui a été la règle dans le développement urbain de la Normandie. Certes, nos villes ont grossi, aux dépens d’ailleurs du rural ou du côtier, mais la plupart du temps, il s’agissait d’une mauvaise graisse : entassement dans des banlieues sans âme, sorties de villes dégradées par l’agressivité des publicités commerciales, étalement péri-urbain non contrôlé, transports collectifs désuets, etc.. Bref, tout sauf un urbanisme réfléchi, une ambition conjuguant attractivité et dynamisme. La moitié du siècle précédent (1945 – 1990) a été gâchée par une vision quantitative et non qualitative de l’évolution urbaine, avec son cortège de zones sensibles, de verrues liées aux friches industrielles et, surtout, par une absence de lisibilité dans les projets urbanistiques. Il n’y avait pas ce supplément d’âme qui provoque le sursaut de la population à nouveau fière de son cadre de vie urbain.
 

Certes, tout n’a pas été négatif durant cette période, dominée, faut-il le rappeler ?, par la reconstruction palliant les terribles destructions de la guerre. Ne jamais oublier que Caen, Le Havre et Rouen ont connu les affres d’un conflit où elles ont failli disparaître matériellement (on doit s’interroger sur la pertinence de certaines stratégies militaires libératrices) et les années soixante à quatre-vingts ont vu de belles réalisations : reconstruction assez réussie de Caen, architecture Perret au Havre, réhabilitation de quartiers anciens à Rouen… Mais il manquait cet esprit conquérant que, seule, une ambition culturelle peut insuffler dans une population s’appropriant le destin d’une ville… Culture multiforme, bien entendu, dans laquelle on retrouve des préoccupations urbanistiques, des volontés architecturales, des appétits de créations artistiques, le désir de constamment relier le passé, le présent et l’avenir d’un ensemble urbain dépassant le cadre strict des limites communales.

Nous avons mis du temps, beaucoup de temps pour réagir dans nos villes normandes et, sans doute, avons-nous pris du retard. D’où cette impression d’immobilisme qui a prévalu dans la seconde moitié du XXè siècle. Mais il semble que les choses bougent et que nous soyons en train de rattraper quelque peu le temps perdu.

Nous ne chercherons pas à savoir qui est responsable dans chacun des cas du déclenchement du phénomène : municipalités de droite ou de gauche, qui se succèdent, ont toutes œuvré dans le bon sens, les unes et les autres faisant aboutir les projets concoctés par les prédécesseurs… A l’inverse, on discerne mieux les étapes du lent réveil des ambitions urbaines : les rues piétonnes à Rouen, l’architecture Perret au Havre, la réhabilitation de l’habitat ancien ici et là, la réintroduction du tramway à Caen et à Rouen, les Armadas qui ont fait redécouvrir la Seine aux Rouennais, etc..

L’élément nouveau, ce sont les étincelles qui embrasent tout d’un coup cette lente maturation et il est caractéristique de noter qu’elles procèdent de la dimension culturelle :

  • Le classement par l’UNESCO de l’architecture Perret au Havre et la rénovation du Musée Malraux ont fait autant pour la notoriété de la Porte Océane que la réalisation de Port 2 000.
  • La reconquête des quais de Seine, conséquence des différentes Armadas, et plus récemment, le triomphe du Festival Normandie Impressionnisme, ont réconcilié les Rouennais avec leur fleuve tutélaire et redonné une lisibilité entre le terroir urbain et sa traduction picturale, véritable carte de visite mondiale.
  • La réorganisation urbanistique de la Presqu’île à Caen, avec ses bâtiments emblématiques présents et à venir que sont ou seront l’Ecole Régionale des Beaux Arts, le Cargö, le futur Tribunal de Grande Instance et la Bibliothèque Multimédia à vocation régionale (BMVR), dont la réalisation vient d’être attribuée au grand architecte Rem Koolhass, permet à la principale ville de la Normandie occidentale de se hisser au niveau de ses consoeurs.

Il faudrait ajouter à tout cela bien d’autres réalisations ou projets dans chacune des trois cités : les lignes de tramways au Havre, le contournement est de Rouen, une grande gare d’agglomération au sein de la Communauté d’Agglomération de Rouen – Austreberthe – CREA – (et toute la question en l’occurrence réside dans le fait de savoir si les édiles sauront faire les bons choix : ou bien une gare strictement rouennaise – mêmer si elle s’installe sur la rive gauche de la Seine – ou bien une gare d’agglomération, qui pourrait s’installer plus au sud-est, avec ses quartiers d’affaires, et, pourtant, au centre de l’ensemble urbain de la CREA), des équipements sportifs ou culturels… Mais il faut bien comprendre que tout a changé de dimensions avec la constitution de l’Agglo Caen – la Mer, la CODAH au Havre, la CREA à Rouen : il faut voir plus vaste, plus global. Notamment en termes de transports collectifs. Il faut surtout PENSER le futur. Les agences d’urbanisme – celle de Rouen vient enfin de se créer – ont du pain sur la planche et elles auraient tout intérêt à se fédérer et à se concerter.

Car c’est l’enjeu suprême : nos trois villes-agglomérations n’ont chacune qu’un poids relatif si on les frotte aux ambitions quelque peu boulimiques de la mégalopole parisiennes. Le défi est là : le Grand Paris – Paris – la Mer (au choix de la dénomination), qui se réalisera – la Capitale en a les moyens politiques et financiers – ne doit pas se faire contre les ensembles urbains normands, mais en partenariat. Et ce partenariat n’est concevable que si Caen, Rouen et Le Havre savent unir leurs destins communs. Il est temps de relancer l’idée de Normandie-Métropole et de concrétiser le réseau des villes normandes. C’est une question de survie ou, à tout le moins, d’épanouissement. Il serait ridicule de constater le réveil urbain de la Normandie si celui-ci était écrasé par l’expansionnisme non maîtrisé de la banlieusardisation parisienne…

Nos élus sont au pied du mur : leurs responsabilités sont considérables !

 

Pour le Directorat Rouge (Aménagement du Territoire) du Mouvement Normand

Guillaume LENOIR


Rédaction TVNC