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Dimanche 26 Octobre
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L'Œuf et la poule

Jeudi 26 Mai 2011

Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand


Nous commenterons largement le second colloque sur l’Axe Seine, qui vient de se tenir au Zénith de Rouen le lundi 23 mai, dans le numéro 320 de L’Unité Normande paraissant en juin. Au reste, la presse locale et les lettres d’information relatent à l’envi cette réunion où plus de 1 600 participants ont sagement écouté, au cours de quatre tables rondes, des personnalités exprimant espoirs et exigences concernant le devenir de l’Axe Seine, la nécessité de la Ligne Nouvelle Paris – Normandie (L.N.P.N.), le concept de Ville Monde ambitionné par la Capitale, la politique maritime de la France et, comme un leitmotiv, la place et le rôle de la Normandie dans ce projet qui sera la « grande affaire normande » du XXIè siècle.
Dans ce communiqué de circonstances, nous n’exprimerons que notre sentiment sur le positionnement actuel des protagonistes et, disons-le d’emblée, sur le malaise que nous ressentons devant le manque d’unanimité normande des responsables politiques – et eux seuls ! – pour relever le défi de notre devenir. Nous en sommes attristés (cela ne fait que quarante ans que cela dure !) et furieux (nous invitons le plus grand nombre à partager notre indignation).

Deux déclarations politiques ont dominé les débats : celle de Monsieur Bruno Le Maire, en tant que Ministre de l’Aménagement du Territoire, de représentant du Gouvernement et – il a tenu à la préciser – d’Élu de Normandie, et le discours de Monsieur Laurent Fabius, ancien Premier Ministre, président de la C.R.E.A. – puissance invitante –, lui aussi Élu de Normandie, mais se croyant encore un destin national (ce dernier point n’étant pas neutre car il avait choisi le registre du leader de l’opposition).

Bruno Le Maire a prononcé un discours volontariste se plaçant délibérément dans une approche normande.
Résumons son propos :
  • Il faut s’engager totalement en faveur de l’Axe Seine.

  • La Normandie a des atouts considérables :
- Sa vocation maritime : 550 km de côtes, 5 ports essentiels sur la mer la plus fréquentée du globe, l’importance du trafic transmanche…
- Sa proximité avec Paris : il s’agit d’en tirer bénéfice.
- La Seine est un atout capital.

  • Mais nous subissons des handicaps :
- Le retard des infrastructures, notamment ferroviaires, qui perturbe gravement le trafic des voyageurs et, surtout, celui du fret.
- La proximité de la Capitale ne doit pas se traduire par une subordination de la Normandie.

  • La première réponse, c’est le projet de L.N.P.N.
- L’idée en a été lancée (ou relancée ? N.D.L.R.) il y a deux ans et on n’a pas perdu de temps, grâce au Comité de pilotage ad hoc piloté par le Préfet Duport.
- Le Débat Public sera ouvert à l’automne : M. Guérin a été désigné pour le présider et R.F.F. a « mouliné » tous les scénarii. Il s’agit d’un projet de prix élevé : de 9 à 13 milliards d’euros. C’est la raison pour laquelle, en même temps que le Débat Public, travaillera une Commission du Financement, le but étant que, lors de la conclusion définitive de cette phase de concertation, c’est-à-dire au printemps 2012, toutes les décisions puissent être prises en connaissance de cause.

Il s’agit d’une stratégie collective : l’ensemble des collectivités territoriales est concerné. C’est un projet global pour la Normandie : Evreux, Caen, Cherbourg doivent en bénéficier comme les villes de l’Axe Seine.
Rappelant son autre casquette de Ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire a tenu à rassurer le monde rural : réduire au maximum les empiétements sur le foncier agricole et respecter au maximum les impacts environnementaux.

Dans sa conclusion, le Ministre de l’Aménagement du Territoire a rappelé l’intérêt CONJOINT du Grand Paris et de la Normandie à jouer pleinement l’ambition de l’ouverture sur l’Océan et il a résumé en trois options essentielles l’architecture du projet :
  • Organiser le développement durable de la Vallée de la Seine, sur tous les plans (infrastructures, urbanisme, université et recherche, innovation).
  • Organiser la gouvernance du projet qui concerne trois régions, treize départements, d’où la mission confiée à Antoine Rufenacht, qui pourra s’appuyer sur la nouvelle D.A.T.A.R.
  • Sauvegarder l’identité normande aux cotés de celle du Grand Paris : l’effort commun étant l’une des forces de la Vallée de la Seine.

Et Bruno Le Maire termina son propos en rappelant que l’État avait contribué au financement de Port 2000, que Rouen a reçu 50 millions d’euros de la part de l’État, que l’État investira 4 milliards d’euros dans le Canal Seine – Nord et entreprend la réalisation de la ligne de fret Serqueux – Gisors : l’État se mobilise et nous avons collectivement à bâtir la grande région normande.


Il revenait à Monsieur Laurent Fabius de mettre un point final au Colloque Axe Seine. Il articula son intervention en deux parties à tonalités fort différentes. Dans un premier temps, brillant comme à l’accoutumé, il résuma l’intelligence produite au cours des quatre tables rondes ; dans un second temps, autant ironique que mesquin, il ne put s’empêcher d’embourber le débat dans une vision étriquée et politicienne du véritable défi qu’il eût fallu relever avec le brio, l’enthousiasme, le lyrisme dont fit preuve, par exemple, le Maire de Paris, Monsieur Bertrand Delanoë, qui l’avait précédé à la tribune…

Qu’a dit Laurent Fabius ?
  • Les Normands savent se rassembler. La Seine est notre lien. Agir ensemble dans l’intérêt du territoire : ce peut, d’ailleurs, être un remède à la crise. Des initiatives sont prises dans tous les domaines. L’industrie joue un rôle central dans l’économie et pour l’emploi. Il n’y a pas de territoires et pas d’usines sans ouvriers (1re table ronde). Nous subissons des retards dans la coopération des universités, on attend toujours le Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur – PRES. Avec Paris et Le Havre, la C.R.E.A. étudie la modalité de mises en service du réseau des zones logistiques : la Vallée de la Seine servant de « gateway » et d’ « hinterland portuaire » (3e table ronde). L’Axe Seine peut être un laboratoire des mobilités du futur, notamment avec les véhicules électriques, ce qui suppose des infrastructures nouvelles – bornes, parking ad hoc – (2e table ronde)
  • De même, il faut développer les patrimoines environnementaux et touristiques de la Vallée de la Seine. La Normandie, sur ce plan, a des atouts d’importance mondiale : en témoigne le succès considérable du Festival Normandie Impressionniste, qui sera réédité en 2013. Il faut parler de la culture, « sans culture, il n’y a pas de futur ». Elle est vecteur de sens pour le territoire et nous devons envisager un grand événement culturel autour du fleuve, etc.

Jusque là, tout va bien et Laurent Fabius se mettait au diapason des orateurs qui l’avaient précédé (MM. Philippe et Delanoë, respectivement Maire du Havre et de Paris)… Mais la tonalité changea brusquement. Ce fut alors un assaut en règle contre l’intervention de Bruno Le Maire.

  • Ironie : Bruno Le Maire est un contorsionniste : n’a-t-il pas dit qu’ « entre la Région Ile de France et la Normandie, nous devrons agir main dans la main et sur un pied d’égalité » ?
  • Dépit et polémique : Le 29 avril 2009, le Président Sarkozy lance l’idée de l’Axe Seine dont il voit la réalisation en… 2015 (?) Finalement, il n’y a de concret que la nomination récente d’un Commissaire Général en la personne de M. Rufenacht.
  • Rancœur : Quand on sait que le contournement Est de Rouen n’est toujours pas décidé au niveau de l’État malgré nos démarches auprès des services de M. Borloo… C’est la Région qui finance à 100 % les T.E.R.
  • Dubitatif et sceptique : Il faut préalablement au Débat Public un engagement sur le montant de la participation financière de l’Etat. On a décidé de nommer parallèlement au Débat Public une Commission de Financement. On sait ce que cela veut dire : « Un chameau est un dromadaire dessiné par une commission » !
  • Péremptoire et définitif : Au début du printemps 2012, aucune décision ne pourra être prise parce que les autorités n’auront plus la légitimité pour s’engager.

Bref, Laurent Fabius conclut sa péroraison en faisant part d’une (feinte) déception : il attendait du Ministre qu’il arrivât avec des espèces sonnantes et trébuchantes…

C’est là qu’il faut s’interroger sur l’éternel dilemme : qui de l’œuf ou de la poule marque le début de l’évolution ?
Le premier dit : faisons notre choix d’un scénario et l’on adaptera le financement ad hoc. Le second rétorque : tant que l’on ne connaît pas le financement, on ne peut choisir le scénario…

Chacun, donc, se renvoie la balle et, finalement, nous pouvons résumer la problématique politique de la manière suivante :
  1. Les responsables de la Région – surtout ceux de « haute » -Normandie – sont vexés de n’avoir point eu l’idée du Grand Paris et de l’Axe Seine.
  2. Par tous les moyens, ils cherchent à en différer pour l’après 2012 – et on devine pourquoi ! – la mise en chantier.
  3. Le prétexte est tout trouvé : pas d’argent, donc pas de projet crédible.
  4. En attendant, on amuse la galerie en rabâchant l’antienne sur les atouts de la Région, ses potentialités inexploitées (les actuels responsables sont en place depuis quand ?)
  5. Il est urgent d’attendre pour que l’actuel titulaire de l’Élysée ne puisse remplir la besace de son bilan avec la mise en route d’un « projet pharaonique » (Sarkozy dixit !).
Tout cela est politicien, mesquin et manque de vision à long terme. En effet, c’est par la vision à long terme que l’on pourra décrocher les financements, tant publics que privés, tant français qu’étrangers.
Quant au malaise que nous avons encore une fois ressenti à l’issue de cette rencontre, il porte sur la sensation de mépris exprimé par les dirigeants socialistes de « haute » Normandie à l’égard de leurs collègues – pourtant de la même écurie – de « basse » Normandie. Ces derniers (MM. Laurent Beauvais et Philippe Duron, respectivement président du Conseil régional de la demi-région de « basse » Normandie et maire et président de l’Agglo de Caen – La Mer) n’ont eu droit qu’à un strapontin. A croire que les socialistes séquaniens font leur miel de la théorie Grumbach d’un Paris – la Mer limité à la seule Vallée de la Seine… Tant pis pour les territoires adjacents réduits au rang de « ploukistans » !

Nous affirmons avec force que le projet Axe Seine ne peut avoir de consistance que s’il s’appuie sur un projet global normand : il est donc urgent d’accélérer les convergences fusionnelles entre les deux parties de la Normandie.

Didier PATTE
Président du Mouvement Normand

Rédaction TVNC