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"HaRoPa" ou "Harbours of Paris" ?

Vendredi 10 Février 2012

Communiqué du Mouvement Normand. N° 167 - semaine 5, 2012.


"HaRoPa" ou "Harbours of Paris" ?
On dit généralement qu’il est essentiel de savoir bien dénommer les choses. On dit aussi que le Diable se niche toujours dans les détails… La constitution d’un Groupement d’Intérêt Economique (G.I.E.) réunissant les ports de l’Axe Seine, à savoir Le Havre (HA), Rouen (RO), Paris (PA) met en évidence un nouvel acronyme HAROPA, qui deviendra d’usage courant dans les décennies à venir. Il faudra s’y habituer et, surtout, à l’étranger, chez les clients – nous disons bien clients – des ports de l’Axe Seine, on désignera sous ce vocable nouveau d’Haropa un ensemble portuaire voulant jouer dans la cour des grands en compétition avec et aux cotés des ports du Northern Range belgo-néerlandais.
 
L’initiative est intéressante, bien qu’un peu tardive et le Mouvement Normand s’en réjouirait presque si le fameux acronyme Haropa n’avait une autre signification, mise en avant, bien entendu, dans la Capitale : HArbours Of ParisPorts de Paris. D’un acronyme pratique, Haropa (comme on dit DATAR ou CREA…), on en fait une pétition de principes : voilà les ports du Havre et de Rouen devenus les ports de Paris : ce qu’ils sont, et uniquement cela : ce qu’ils ne doivent pas devenir.
 
Vu de Chine, de l’Inde, du Brésil, bref des pays émergents, qui vont jouer un rôle de plus en plus déterminants, Haropa ne sera donc qu’un ensemble portuaire dédié à la satisfaction des besoins parisiens et nullement l’ambition de devenir la grande porte d’entrée portuaire de l’Europe de l’Ouest. Exit l’idée de desservir l’Allemagne du Sud, l’Europe danubienne, la botte italienne, la péninsule ibérique et, plus près, le sud–est de la France ou le sud–ouest de l’Hexagone. Ports de Paris : à quoi bon le pluriel ? La vieille lune de Paris – port de mer trouve, là, sa traduction contemporaine. Que le Grand Port Maritime du Havre et le Grand Port Maritime de Rouen aient une autre dimension que le Port Autonome de Paris ne semble pas effleurer les bons esprits de la Capitale : il ne manque plus que la direction de l’ensemble ne soit pilotée des tours de la Défense et le hold-up parisien sera achevé. L’on imagine très bien les opérateurs parisiens jouant alternativement des services du premier port français, Anvers, pour ne pas le nommer, et des services des ports de la Basse - Seine. Grâce, notamment, au Canal Seine – Nord – Europe, bientôt en cours de réalisation, soit dit en passant !
 
Lorsqu’en 1971, le Mouvement Normand suggérait la création d’un Directoire des Ports Normands, nous n’avions rencontré que sarcasmes de la part des dirigeants des Ports Autonomes du Havre et de Rouen, qui concevaient à peine une coopération entre les ports de la Basse–Seine et n’avaient que mépris pour les autres ports normands, ports départementaux, ports locaux… Et nous en sommes aujourd’hui à un G.I.E. des ports de l’Axe Seine… sans plus de considération pour les Ports Normands Associés de Cherbourg et Caen ou le port régional de Dieppe… Certes Le Havre veut travailler avec Caen (ce n’est pas encore fait : le projet de navette entre les deux ports vient d’être retoqué) ; certes Rouen envisage des coopérations avec le port de Cherbourg, mais qui ne voit le caractère secondaire de ces timides approches en regard de l’alliance décisive des ports de la Basse – Seine avec le Port Autonome de Paris… ?
 
Nous faisons preuve de pessimisme ? Posons – nous quelques questions :
  • Le G.I.E. Haropa considérera-t-il comme prioritaire la réalisation d’une ligne ferroviaire digne de ce nom destinée au fret reliant Le Havre à l’est de la France, évitant ainsi Paris ?
  • Po installe-t-on, dès maintenant, les plates-formes multimodales, dans la région parisienne ou dans la partie normande de la vallée de la Seine ?
 
Il ne faudrait pas que la constitution du G.I.E. Haropa aboutît à un marché de dupes dont les Normands seraient une nouvelle fois victimes. Trop de services supérieurs ont déjà quitté la Normandie, divisée contre elle-même, au profit de Rennes, Lille ou Paris. Le credo du Mouvement Normand, c’est que la Normandie a une vocation maritime, depuis ses origines, et qu’elle doit en rester maîtresse. Et une vocation MARITIME, ce n’est pas seulement un capital de situation, mais une mentalité qu’un port FLUVIAL, si important soit-il, ne peut acquérir. Et si le G.I.E. Haropa doit exister (le Mouvement Normand y est favorable), il ne doit pas être dénaturé dans la seule satisfaction des besoins de la Capitale. Et nous ajoutons qu’un Directoire des Ports Normands se justifie tout aussi pleinement, malgré les différences de statuts entre les Grands Ports Maritimes et les ports régionaux.
 
Allons plus loin.
 
Qui parle de l’Axe Seine ? Les Normands ! Les Parisiens, eux, s’en tiennent à la notion Grumbach du Grand Paris. Parle-t-on de la même chose ?
Aujourd’hui, toute la réflexion sur ce grand projet d’aménagement du territoire, d’importance nationale et pas seulement régionale, cafouille dans son libellé même : c’est, au mieux, le projet Grand Paris – Axe Seine. On s’accorde, dans le débat sur la Ligne Nouvelle Paris – Normandie sur la réalisation tout à fait indispensable de nouveaux sillons dans le Mantois, en priorisant d’ailleurs le prolongement d’EOLE vers Mantes sur la Ligne Nouvelle. Et, au-delà ? La Région Ile de France est-elle prête à financer la Ligne Nouvelle vers Le Havre et vers Caen ? Ah, il est vrai qu’on en trouvera des prétextes pour ne pas faire les travaux des différents scenarii A, AB, B. ou C (trop chers ! trop gourmands en terres agricoles, d’une rentabilité contestable, etc. On connaît la chanson du renoncement). D’ailleurs, ne sommes-nous pas prévenus ? L’Axe Seine, selon Grumbach, ce ne peut être qu’un couloir d’usage permettant à Paris – sur – Mer d’accéder au rang de « ville-monde »…
Les récentes déclarations des représentants de l’Ile de France, lors de la dernière séance du Débat Public sur la L.N.P.N., le lundi 30 janvier, à Caen, devraient ouvrir les yeux des Normands : les Franciliens veulent bien de l’argent normand pour faire les nécessaires travaux dans le Mantois, pour le reste, on verra. C’est la technique du « Donne –moi ta montre, je te dirai l’heure ! ».
 
Tout autre est la vision du Mouvement Normand qui préconise un PARTENARIAT entre le Grand Paris et le Grand Estuaire Normand, dont les pointes sont Dieppe – Vernon – Cherbourg.
Mais ceci est une autre histoire…
Il n’empêche : derrière des dénominations équivoques ou floues, il y a des intérêts très divergents, des visions différentes de notre devenir. Il serait temps que les Normands s’en aperçussent !
 
Didier PATTE
Président du Mouvement Normand

Rédaction TVNC