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En Normandie, l’époque n’est pas celle des hommes (et des femmes) de bonne volonté

Lundi 30 Janvier 2012

Communiqué du Mouvement Normand. N° 166 - semaine 4, 2012.


En Normandie, l’époque n’est pas celle des hommes (et des femmes) de bonne volonté
Trois faits d’actualité, apparemment sans liens entre eux, nous font douter d’une volonté commune de s’en sortir en Normandie. L’égoïsme catégoriel, l’effet NIMBY (not in my back yard, ou pas chez moi, chez le voisin),et le localisme, tels sont les chemins de la décadence normande et ce n’est pas la crise qui en est la causse, mais une mentalité de nantis, d’esprits à courte vue ou de potentats fieffés. Le Mouvement Normand n’entend pas se résigner et en appelle à une prise de conscience et à un sursaut : PLUS ET MIEUX SONT EN NOUS !


LES CONTENEURS QUI DERANGENT
 
Le préfet de basse Normandie « ne donnera pas suite à la demande des Ports Normands Associés de réaliser une plate-forme d’accueil de conteneurs dans le Port de Caen ». Cette décision-couperet entérine l’avis défavorable du commissaire-enquêteur sur le projet qui faisait du quai de Calix, sur le canal de Caen à la mer, le point d’aboutissement d’une navette reliant Le Havre à Caen par la traversée de l’estuaire. Cette navette, à raison de trois rotations par semaine, d’un navire transportant 200 conteneurs, avait l’ambition de capter 15% des 50 000 conteneurs qui transitant entre le Grand Port Maritime du Havre et Caen, important centre logistique à destination de l’ouest et le sud – ouest de la France. Cette navette entre Port 2000 et le quai de Calix pouvait enlever 21 000 camions sur les 90 km séparant Le Havre et Caen (soit une économie de 2000 T de CO2 et 700 T d’équivalent pétrole). On a cédé à la pression des riverains ne voulant pas d’une activité de ruche sur le Port de Caen, voué ainsi à une fonction de plaisance, de nautisme, de marinas. Comme le dit assez hypocritement Rodolphe Thomas, maire d’Hérouville : « Je n’ai rien contre l’activité portuaire, mais je m’oppose à un développement industriel sur le quai de Calix. On risquait de mettre en péril un développement urbain FUTUR pour un projet dont la réussite n’est pas prouvée et seulement pour 10 ou 20 emplois » et de suggérer d’aller installer le terminal conteneurs chez les voisins de Blainville-sur-Orne… Signalons au passage qu’au pied du viaduc de Calix se trouve un peu esthétique dépôt pétrolier qui ne paraît pas gêner les ambitions résidentielles du maire d’Hérouville…
Ainsi, pour accéder aux exigences très contestables d’un édile faisant le choix du résidentiel au détriment du portuaire, condamne-t-on le Port de Caen au marasme, l’agglomération de Caen-la Mer à douter de sa fonction de plate-forme logistique tandis que le tout – routier restera la solution de facilité pour les relations du Port du Havre avec son hinterland. Quant au mépris affiché pour les « 10 à 20 emplois » induits par la réalisation du Terminal conteneurs de Calix, nous laisserons à M. Rodolphe Thomas cette vision mesquine de l’activité logistique qui ne se limite certes pas au transbordement des conteneurs…
Cet incident est significatif : trop d’élus se refusent à accepter l’idée de la vocation maritime prioritaire de la Normandie. Le balnéaire, passe encore ! Les loisirs nautiques, ça classe, mais le trafic portuaire, c’est bruyant, quelquefois sale… Pouah ! Cachez ces conteneurs disgracieux que manipulent des portiques tonitruants et des engins virevoltants à vous donner le tournis… Cela nous rappelle les moues dégoûtées des bons bourgeois rouennais devant les cheminées d’usine de la rive gauche du méandre : ils sont contents maintenant et cette « joie » a gagné la France entière puisque notre pays connaît une vague de désindustrialisation sans précédent ! Pas d’industries, pas de ports : que voilà un bel avenir de réserve d’Indiens. Etonnez-vous après que 15 000 – nous disons bien quinze mille – jeunes diplômés de basse Normandie aient quitté la région en une décennie !
 

LES AGRICULTEURS DISENT NON A LA L.N.P.N.
 
 Après des palinodies pitoyables se résumant à l’oxymore « Nous voulons bien d’une ligne nouvelle à condition que ce soit sur la voie existante », les responsables agricoles (?) veulent faire pleurer Margot sur l’emprise d’une telle infrastructure « qui réduira les surfaces cultivables ».
L’inconvénient, il est vrai, n’est pas mince : il serait ridicule de le nier, mais, outre le fait qu’il faille une détermination sans faille pour limiter cette artificialisation des sols (le Mouvement Normand, dans son cahier d’acteur du débat public sur le projet de Line Nouvelle Paris – Normandie, a beaucoup insisté sur l’idée d’utiliser au maximum les emprises autoroutières – A 13 et A 154, voire A 15 et A 29 – pour installer la ligne nouvelle afin de limiter l’utilisation de surfaces agricoles), il faut mettre en balance les conséquences du report sur la route du trafic fret ferroviaire à destination ou en provenance des ports de la Basse Seine. Tous comptes faits, les surfaces consacrées à la L.N.P.N. seront-elles plus importantes que celles qu’il faudra réserver aux axes routiers obligés d’être élargis, remodelés, amplifiés sans doute, si l’on veut conjurer si peu que ce soit leur thrombose ?
La Normandie, aujourd’hui, est au moins autant une région d’échanges qu’une région agricole : ne pas l’admettre, c’est de la part des responsables agricoles faire preuve d’une cécité dirimante. Leur égoïsme catégoriel est contre – productif. C’est vrai que les surfaces agricoles diminuent, mais qui vend les terres pour faire des lotissements ? Qui consacre des surfaces toujours exponentielles à bâtir des bâtiments agricoles toujours plus vastes ? Le mitage de la « rurbanisation » n’est pas qu’une calamité pour un monde agricole qui y trouve l’opportunité d’une plus-value immédiate.
Alors se mettre à hurler à la mort contre un projet structurant d’intérêt général en passant sous silence beaucoup de quêtes d’avantages particuliers et juteux serait une dérision si, là encore, il n’y avait une méconnaissance de l’importance des professions liées à la logistique. D’ailleurs, on peut s’étonner de la contradiction d’un monde agricole qui, d’une part, préconise avec juste raison la réalisation d’une ligne ferroviaire reliant la Beauce aux ports de la Basse Seine pour acheminer les céréales et qui, d’autre part, refuse la Ligne Nouvelle permettant de libérer les infrastructures ferroviaires existantes pour le fret généré par ces mêmes ports.
 

LA CHAMBRE REGIONALE DES COMPTES DE NORMANDIE SERA INSTALLEE A ROUEN
 
Nous l’avions pressenti (cf notre communiqué N° 164 « La réunification à petits pas à l’épreuve des réalités ») et le fait essentiel à nos yeux, c’est que la Normandie constitue, de ce fait, une entité reconnue. Qu’aurions-nous dit si la basse Normandie, dans ce domaine, avait été rattachée à Rennes et la haute à Douai ou Lille ? Puisqu’il fallait réduire le nombre des Chambres Régionales des Comptes (personne ne le conteste), il était plus que souhaitable que l’entité normande fût reconnue.
Il fallait choisir entre Caen et Rouen : nos deux chères villes (nous les aimons également) avaient chacune des arguments à faire valoir. Caen pour la centralité, Rouen pour l’importance des collectivités locales à surveiller et à accompagner. L’ Etat en région a choisi Rouen : c’est conforme à sa tradition, qui ne date pas d’hier. Dont acte.
 
Nous jugeons indécent le triomphalisme imbécile affiché par les responsables rouennais, «seino-marins » et haut-normands. Ils ont gagné ! disent-ils. Gagné sur qui ? Sur les collègues caennais et bas-normands ? Cette arrogance traduit le degré zéro d’une vision large du devenir normand. C’est une manifestation ridicule de localisme d’un autre âge. Le futur de la Normandie demande une autre hauteur de vue : la recherche d’un équilibre dans l’aménagement du territoire normand. Nous l’avons déjà dit et écrit, et nous ne cesserons jamais de le dire et de l’écrire : à tout avantage consenti à l’une de nos grandes villes, il faut immédiatement rechercher la compensation à réserver à l’autre ville – capitale. Le reste, le roulage de mécaniques de ceux qui l’ont emporté (ils n’y sont d’ailleurs pour pas grand- chose !) est une insulte au bon sens.
Au fond, et si tout cela n’était qu’une affaire de bon sens et de rapports confiants entre hommes et femmes de bonne volonté, ayant le souci du bien commun plus que celui de la satisfaction des besoins particuliers… Nous l’avons déjà suggéré : des concertations valent mieux que des décisions imposées ou le manichéisme du tout ou rien.
 
Le Mouvement Normand est conscient des gênes que peuvent produire certaines installations logistiques et nous concevons fort bien que le cadre de vie de certains puisse être perturbé par une nouvelle activité. Qu’un édile se fasse le porte-parole de ses administrés afin qu’ils soient le moins lésés possible, voire dédommagés, c’est tout à fait normal, mais qu’un élu fasse délibérément l’impasse sur une nouvelle activité ou une vocation portuaire essentielle, c’est à la fois démagogique et dépourvu de vision à moyen et long terme.
De même, qu’une profession se refuse à prendre en comptes les autres activités et se racornisse dans une mesquinerie égoïste, voilà qui, à terme, se retournera contre elle. Nous savons tous que les activités nouvelles – comme les activités plus anciennes – ont un impact négatif sur l’environnement et sont dévoreuses d’espaces (c’est une fatalité du genre humain), mais faut-il pour autant se fermer à toute idée de progrès et de développement ? Le malthusianisme est l’antichambre de la mort d’une société. Qu’on travaille tous à rendre, autant que faire se peut, toutes les activités compatibles et non destructrices des économies traditionnelles, voilà qui est une noble ambition. Cela a une autre allure que de vouloir tout ramener à la satisfaction de ses propres besoins.
 
Quant à la compétition, qui peut être stimulante, entre des villes voisines et cousines, elle doit se dérouler dans un esprit plus coopératif qu’agressif. Il ne peut y avoir de « victoire » de l’une sur l’autre, mais la recherche constante de l’efficacité, de l’équilibre et des compensations accordées à celle qui perd un fleuron de son influence. En l’occurrence, et nous en avons la conviction au Mouvement Normand, l’Etat en région s’appuiera essentiellement sur Rouen : ses services y trouveront leurs sièges, même si, pour certains d’entre eux, il faut envisager une présence à Caen (la direction régionale de l’agriculture et de la forêt par exemple). Mais qu’est-ce qui empêche les Normands de mettre leurs organes délibératifs (Conseil régional, CESER) à Caen, dont la centralité est un atout considérable ? Une répartition des rôles et des fonctions est certainement plus à rechercher que la violence totalitaire du poids démographique et le triomphalisme stupide de roitelets en mal de notoriété. La micro-centralisation rouennaise serait tout aussi pernicieuse que la centralisation parisienne et seule une Normandie unie autour de la Seine et de la Baie de Seine peut faire contrepoids et jouer la carte du partenariat avec la région – capitale. Une recherche constante de l’équilibre de l’aménagement du territoire normand est la seule politique régionale normande digne de ce nom. Il serait temps que les Elus, même, voire surtout, quand ils sont de même tendance – c’est le cas – s’en fissent les zélateurs.
 
En prend-t-on le chemin ?
 
Guillaume LENOIR 

Rédaction TVNC