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De l’art consommé d’insulter l’avenir

Mardi 24 Juillet 2012

Communiqué du Mouvement Normand. N° 171 - semaine 30, 2012.


De l’art consommé d’insulter l’avenir
Le communiqué de presse, en date du 13 juillet 2012, de Monsieur Alain Le Vern, président de la demi-région haute Normandie, intitulé « Infrastructures de transports. Après les promesses inconsidérées, retour au sérieux », a suscité des émotions et des inquiétudes légitimes, tant par le ton inutilement agressif que par l’esprit de renoncement qu’il inspire. Son caractère politicard, d’une part, la médiocrité des perspectives qu’il sous-tend, d’autre part, en fait une sorte de chef-d’œuvre de mesquinerie peu digne d’un parlementaire, responsable en outre (cumul des mandats oblige !) d’un exécutif régional.
 
La vision politicarde d’un Cassandre frileux
 
Le ton, les mots cassants, la suffisance d’un pseudo-prophète scandée sur l’air « Je vous l’avais bien dit », trouve son acmé dans ce membre de phrase assassin « nous ne pouvons que nous en réjouir », véritable actualisation du célèbre portrait de « l’homme qui rit dans les cimetières ». La rengaine de la dénonciation de l’ère Sarkozy – Fillon, alibi pour ne rien faire et ne rien endosser (cela fait tout de même plus de dix ans que Monsieur Alain Le Vern assume les fonctions de président de sa région-croupion), masque mal un manque d’ambition pour une Normandie qu’il supprime d’ailleurs par prétérition.
 
La médiocrité des perspectives de la vision Le Vern
 
En fait de « projet global » (sic !) esquissé par l’auteur du communiqué et qu’il résume par le doublement des voies dans le Mantois et la nouvelle gare à Rouen, c’est la signification sans fard de l’abandon d’une ligne nouvelle reliant la région parisienne à l’ENSEMBLE de la Normandie.
Signalons cependant au passage :
  1. Que le doublement des voies dans le Mantois représente le tiers du coût global de la L.N.P.N.
  2. Que la réalisation de la nouvelle gare de Rouen – Rive Gauche n’a de véritable intérêt que si, en même temps, un franchissement de la Seine par un tunnel aboutissant à Maromme – contraintes des pentes obligent – est prévu en même temps… Ce qui représente un second tiers du coût global de la L.N.P.N.
Mais cela ne répond en rien à l’objectif premier de la Ligne Nouvelle Paris – Normandie, à savoir désengorger la ligne actuelle, datant de plus de cent cinquante ans et nécessitant d’ailleurs d’énormes travaux de modernisation et de maintenance, pour acheminer le fret généré par les ports de la Basse – Seine, aussi bien vers Paris que vers le reste de la France et de l’Europe de l’Ouest ; à l’objectif second d’améliorer la fiabilité du trafic des voyageurs en provenance ou à destination de la Normandie ; à l’objectif enfin d’aménagement du territoire normand visant à développer les relations ferroviaires entre les trois villes de l’espace métropolitain normand.
 
Une inquiétante philosophie du renoncement
 
Personne n’a jamais prétendu que la réalisation de la L.N.P.N. – comme des autres projets d’infrastructures de transports en France, d’ailleurs – se ferait à brève échéance : les 250 milliards d’euros de projets pour les lignes ferroviaires ne se conçoivent qu’échelonnés dans le temps… Monsieur Le Vern le sait pertinemment et tombe dans une polémique caricaturale. En veut-on un exemple concret ? Durant le quinquennat de Monsieur Hollande et tenant bien compte des graves difficultés financières que traverse la France, l’essentiel des travaux à mener sur la L.N.P.N. porte sur les études, les tractations sur les réserves foncières, la mise au point du nouveau modèle de la grande vitesse de proximité (250 km / h) et des matériels roulants ad hoc : on est loin des investissements faramineux qu’agite sous forme d’épouvantail le potentat hargneux de la caserne Jeanne d’Arc !
L’erreur tragique de Monsieur Le Vern, qui en dit long sur sa croyance en un relèvement possible des finances de la Maison France, c’est qu’en pensant sonner le glas du projet de L.N.P.N., il laisse entendre que la débâcle des finances publiques sera décennale, voire pluri-décennale et que l’abandon de l’idée même de ligne nouvelle est irrémédiable.
 
Au moment où, justement, un lobbying de bon aloi devrait être entrepris par tous les responsables politiques normands, toutes tendances confondues, afin que R.F.F. (prêt à le faire), l’Etat (impécunieux pour un temps), les collectivités territoriales (pouvant engager leurs réserves et emprunter aux meilleures conditions) continuent à nourrir le dossier L.N.P.N. et, ainsi, préparer un avenir que toutes les forces locales souhaitent proches, Monsieur Le Vern essaie de torpiller l’espoir d’une mise à niveau d’une Normandie ferroviaire trop longtemps laissée en déshérence.
 
A-t-il seulement pensé aux dégâts collatéraux ?
 
« L’oubli » de la prise en compte des intérêts de la demi-région basse Normandie a quelque chose d’insultant : Monsieur Le Vern ne peut arguer d’une dissension politique avec son homologue de l’Abbaye aux Dames puisqu’ils sont de la même écurie… Non ! Alain Le Vern refuse même l’idée de Normandie, n’étant préoccupé que par son fief. Quel peut être l’avenir d’une haute Normandie confrontée de façon léonine à l’entité parisienne ? Si le concept de Paris – Seine – Normandie a un sens (mais en a-t-il un après les déclarations négatives de la ministre Cécile Duflot contre le « Grand Paris » ?), cela suppose que la Normandie soit une réalité à la suite des convergences fusionnelles que l’on constate, jour après jour, dans la société civile. Le message Le Vern est clair : il se moque comme de l’an quarante des problèmes de la basse Normandie.
D’autre part, sa sortie, très politicienne, contre la municipalité du Havre, ne cache-t-elle pas ce qu’une rumeur avait, un temps, laissé courir : la gare de Rouen – Rive Gauche étant réalisée relativement rapidement sans que le franchissement par tunnel de la Seine ne soit effectué conjointement, les Havrais seraient punis, dans leur trajet Paris – Le Havre, par un ridicule rebroussement du train qui devrait reculer pour reprendre par le viaduc d’Eauplet l’actuel trajet entre Rouen et Le Havre… Cauchemardesque perspective que Monsieur Le Vern n’assumera pas car il ne sera plus aux affaires après 2014 : loi sur le cumul des mandats oblige…
 
Ce que le Mouvement Normand préconise
 
Laissons Monsieur Le Vern à ses aigreurs et à ses petitesses et suggérons une démarche de bon sens.
  1. Réaffirmer l’ardente nécessité d’une ligne nouvelle entre Paris et l’ensemble de la Normandie, seule capable de répondre aux besoins criants d’une Normandie, porte maritime de l’Europe de l’Ouest
  2. Réaffirmer le caractère écologique d’une ligne nouvelle permettant le désengorgement routier d’une Normandie proche de la thrombose
  3. Réaffirmer le caractère global du projet qui ne peut faire l’impasse sur la desserte de la haute comme de la basse Normandie
  4. Tenir compte des difficultés financières du pays tout en continuant à préparer la réalisation de la ligne nouvelle dans sa phase d’études, de faisabilité et de recherches de financement
  5. En profiter pour proposer un Plan ferroviaire normand dans lequel les voies de rabattement vers la ligne nouvelle et les flux de fret seraient pris en compte
  6. Inscrire le Plan ferroviaire normand dans un Projet Régional normand, global, ambitieux, véritable feuille de route pour la Normandie au cours de ce vingt-et-unième siècle
  7. Restaurer le concept de planification (quinquennale ? décennale ?), qui avait fait la force de la France au cours des Trente Glorieuses, pour mener à bien tous les projets d’infrastructures dont le précédent Gouvernement avait dressé la liste.
 
 Gouverner, c’est prévoir, anticiper, fixer des objectifs : ce n’est pas mener une politique au jour le jour, obsédé comme Harpagon pour sa cassette par le montant des disponibilités financières dont on ne fait rien. Pour cela, une borne suffirait.
 
Guillaume LENOIR
 
P.S. chacun pourra lire le texte du communiqué de Monsieur Le Vern en s’adressant au contact presse de la région haute Normandie, M. Sébastien Vau–Rihal (adresse internet : sebastien.vau-rihal@hautenormandie.fr)

Rédaction TVNC