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Autant en emporte le vent…

Jeudi 19 Avril 2012

Autant en emporte le vent…
Les résultats de l’appel d’offres éolien ont été connus le 6 avril dernier. Ils font jaser : c’est d’autant plus le moment de raison garder et de conserver son sang-froid.
 
D’abord, un fait inquiétant (à notre avis) : l’appel d’offres concernant la zone du Tréport a été déclaré infructueux. Il n’y avait qu’un seul compétiteur, G.D.F.-Suez, ce qui peut expliquer le refus du ministère de M. Eric Besson de se prononcer, mais, surtout, l’avis de la Commission de régulation de l’énergie (C.R.E.), une autorité administrative indépendante, avait fait remarquer que « le prix d’achat de l’électricité produite par la zone du Tréport était le plus élevé parmi les cinq zones retenues, entraînant à lui seul une surcharge de 500 millions d’euros pour la contribution du Serve public d’électricité ».
Il n’y a lieu de contester cette raison invoquée et il faut souhaiter que d’autres opérateurs se mettent en lice lorsqu’il s’agira, au cours du second trimestre 2012, de relancer un deuxième appel d’offres pour la zone de Noirmoutier et celle du Tréport. Le problème est donc de trouver un projet de réalisation de ce champ d’éoliennes off-shore proposant des « prix d’achat de l’électricité ne présentant pas des écarts significatifs dépassant largement le prix plafond fixé par le cahier des charges » (d’après le C.R.E.).
Si cela se révélait impossible au Tréport, alors, mais alors seulement, la filière de l’off-shore éolien en Normandie ne serait pas aussi prometteuse que ne le prévoyaient et le souhaitaient les autorités régionales.
 
Ensuite, si, comme au Mouvement Normand, on a une vision globale du devenir de la Normandie, il  n’y a pas lieu de hurler à la mort parce que E.D.F. et Alstom ont été choisis comme opérateurs au détriment de G.D.F.- Suez – Aréva – Vinci : ce qui compte, c’est la reconnaissance de la vocation éolienne off-shore de la Normandie et que, à la clef, outre la production d’énergie électrique renouvelable, il y ait des milliers d’emplois créés, tant pour la réalisation des aérogénérateurs en mer que pour leur maintenance.
 
« Enfin une bonne nouvelle pour le port de Cherbourg », titre Ouest-France en date du 7 avril dernier, tandis que La Manche Libre du 14 avril commente : « Eoliennes : 1000 emplois dans deux ans » : tous les Normands devraient se réjouir que les plats passassent enfin pour le port du Nord Cotentin.
Car, si scandale il y a, c’est bien dans la sous-activité de ce port de la Manche, l’une des plus grandes rades artificielles du monde, situé sur la mer la plus fréquentée du globe et qui ne parvient pas à capter un trafic important et pérenne. La cause en est la mauvaise desserte, tant routière que ferroviaire de ce port normand et qui, sur place, ne trouve pas les activités industrielles et commerciales génératrices de trafic maritime. Or, pour la réalisation et la maintenance des éoliennes en mer (mais aussi – et c’est tout aussi prometteur – des hydroliennes du Raz Blanchard), la proximité des zones à équiper donne à Cherbourg un avantage concurrentiel qui est loin d’être négligeable. Que les opérateurs vainqueurs de l’appel d’offres aient choisi Cherbourg avant même la consultation est un signe d’espoir qui ne trompe pas : pour une fois, Cherbourg pouvait lutter à armes égales avec d’autres ports, Le Havre, en l’occurrence.
E.D.F. – Alstom ont gagné. Cherbourg en profite. Ou est le scandale ? Comment comprendre dès lors les cries d’orfraies de certains responsables ploitiques de haute Normandie ? Laurent Fabius parle « d’un coup de poignard dans le dos. La décision de M. Sarkozy et de son gouvernement en matière d’énergie éolienne montre combien ces gens-là se moquent de toute vraie ambition industrielle et qu’ils mentent lorsqu’ils prétendent vouloir le » développement de l’Axe Seine. Les hauts Normands doivent réagir et les sanctionner durement ». Guillaume Bachelay, plume de Hollande et vice-président du Conseil régional de haute Normandie n’est pas en reste : «  La décision du gouvernement contredit l’ambition du gouvernement concernant le développement de l’Axe Seine ». Quant à Alain Le Vern, toujours égal à lui-même, il ne voit que « promesses quant à l’annonce d’une installation de deux usines d’Aréva au Havre ; il faut rester très prudent en période électorale… ». Ce n’est pas le grand souffle de l’histoire normande qui anime ces excellences !

Que signifie ce hourvari intempestif ?
S’agit-il d’une remise en cause de l’honnêteté des membres de la Commission de régulation de l’énergie électrique, dont les recommandations ont strictement été suivies par le ministère ? Si tel est le cas, c’est grave, et on attend les preuves que pourraient fournir ces accusateurs imprudents et impudents. S’agit-il de la dénonciation d’un quelconque favoritisme politique ? Si MM. Fabius, Bachelay et Le Vern (P.S.) s’estiment défavorisés par la décision gouvernementale, comment se fait-il que MM. Laurent Beauvais, président du Conseil régional de basse Normandie, Bernard Cazeneuve, député-maire de Cherbourg, autre plume de Hollande, eux aussi P.S., se réjouissent de la déclaration d’Eric Besson ?
 
Les criailleries de MM. Fabius et consorts sont indignes et, une nouvelle fois, cherchent à dresser les Normands les uns contre les autres. Elles montrent surtout la mesquinerie du localisme de ces responsables qui manquent du fair-play le plus élémentaire. Des élus de droite comme MM. Rufenacht et Philippe, ancien et nouveau maires du Havre, ont exprimé leur déception, mais n’ont pas lancé des accusations et des invectives pour autant. Eux aussi pensaient que les projets d’Aréva, G.D.F.-Suez, Vinci qu’ils soutenaient seraient retenus. Eux aussi avaient apporté leur contribution et leur appui aux projets éoliens off-shore esquissés dans le schéma régional éolien de la région haute Normandie, mais ils savaient aussi qu’il y avait compétition.
Ni le poids politique des uns, ni l’agitation médiatique des autres (le triomphalisme des dirigeants de G.D.F.-Suez – Areva – Vinci avant la décision du 6 avril avait quelque chose d’indécent et, même, de menaçant « Si nous ne remportons pas au moins deux des lots de l’appel d’offres, nous remettrons en cause nos projets d’usine au Havre ») n’ont empêché que la décision prise ait été fondée sur des critères objectifs. Et c’est bien ainsi.
 
D’ailleurs, tout n’est pas perdu pour Le Havre et la haute Normandie : il reste le problème du Tréport et, surtout, l’on apprend que WPD, le partenaire allemand d’E.D.F. et d’Alstom, allié au groupe danois DONG, entend utiliser la plate-forme du Havre, en investissant 4 milliards d’euros et en générant 800 emplois (10 millions d’heures de travail) pour assembler les grosses éoliennes d’Alstom et les énormes blocs de béton de 4000 t. pour les fondations gravitaires des éoliennes au large de Fécamp et de Courseulles.
 
Les responsables politiques hauts normands avaient cru faire affaire avec G.D.F. et les autres, ils devront s’adapter à E.D.F., Alstom, WPD, DONG et, pourquoi pas ?, chercher à travailler la main dans la main avec leurs homologues bas normands. Où est le problème ?
 
Guillaume LENOIR

Rédaction TVNC