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1er Tour de la Présidentielle : des arithmétiques contradictoires illustrent les fractures de la Normandie

Vendredi 28 Avril 2017

​​Communiqué n°252 - Semaine 17


Si l’opinion publique se passionne davantage sur le résultat même de la consultation qui, lors du premier tour des élections présidentielles, désigne les deux finalistes et, par conséquent, celui ou celle qui sera l’Élu(e) du second tour, l’observateur attentif fait grand cas des résultats de chacun des candidats en lice le 23 avril. En effet, ils offrent une photographie des forces politiques en présence et révèlent ainsi la situation réelle d’un pays, d’une région au travers de l’expression de l’électorat.

DIFFÉRENCES TERRITORIALES

Pays, Région… France, Normandie : la première approche consiste à faire des comparaisons, à voir s’il y a, en l’occurrence, une spécificité normande dans l’ensemble français.
Globalement, la Normandie a plus voté Marine Le Pen que le reste de la France (23,93% contre 21,43%), Nicolas Dupont-Aignan (5,23% contre 4,73%). La Normandie a apporté moins de suffrages à Emmanuel Macron (22,36% contre 23,86%), à François Fillon (19,57% contre 19,94%), à Jean-Luc Mélenchon (19,16% contre 19,62%), à Benoît Hamon (6,01% contre 6,35%)… pour ne citer que les scores des principaux candidats…
Cela étant, cette comparaison globale n’a qu’une signification imparfaite : en effet, la Normandie se distingue d’une autre manière. Elle est pratiquement la seule Région de France à avoir produit un contraste aussi marquant dans chacun de ses cinq départements : la Seine-Maritime et l’Eure ont placé Marine Le Pen en tête (24,90% et 29,31%), la Manche et le Calvados ont désigné Emmanuel Macron en premier (24,85% et 24,83%), tandis que l’Orne est un des rares départements à avoir mis en avant François Fillon (24,74%).                    Si l’on regarde maintenant les scores des candidats arrivés en seconde position, on est frappé par le résultat de Jean-Luc Mélenchon en Seine-Maritime (22,20%), le résultat d’Emmanuel Macron dans l’Eure (19,89%) – devançant François Fillon (18,84%) – Ce dernier arrive en second dans le Calvados (20,50%) et dans la Manche (21,59%), tandis que Marine Le Pen talonne François Fillon dans l’Orne (23,80%).
Un coup d’œil étant porté sur les résultats des Régions adjacentes montre à l’évidence la singularité de la Normandie :
  • La Bretagne plébiscite Emmanuel Macron (29,05%) et Jean-Luc Mélenchon (19,28%).
  • Les Pays de la Loire placent E. Macron en premier (26,27%) et, ensuite, F. Fillon (23,56%).
  • Le Centre – Val de Loire donne des scores assez proches à ceux de la Normandie (Le Pen, 23,08%, Macron, 22,68%).
  • L’Ile-de-France se prononce pour Macron (28,63%) et François Fillon (22,19%).
  • Les Hauts de France deviennent un fief pour Marine Le Pen (31,03%) et J.-L. Mélenchon (19,59%).
La singularité normande consiste en ce qu’elle résume en elle la contradiction fondamentale entre la France en crise et pessimiste (toute la partie nord-est du territoire) et la France en crise, mais plus optimiste, le cas de l’Ile-de-France étant différent (cf. le score très bas de Marine Le Pen, 12,57%).

L’OPPOSITION DROITE – GAUCHE

Elle n’est plus aussi nette qu’avant : les deux partis dits de gouvernement ayant été « dégagés » du second tour… (Nous ne commenterons pas la notion de « dégagisme » : il semble pourtant qu’elle ait joué un rôle certain. En témoigne l’élimination lors des primaires des Sarkozy, Juppé, Valls, etc.).
Cependant si l’on additionne pour la Droite les suffrages de Marine Le Pen, François Fillon, Nicolas Dupont-Aignan, on trouve en Normandie 48,73% des suffrages exprimés en faveur des droites (au pluriel, évidemment), qui font certainement la majorité du corps électoral qui vote si l’on ajoute une partie des voix obtenues par Jean Lasalle (0,73%) et François Asselineau (0,76%)…
Quant à la Gauche, comptabilisons les scores de Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, on obtient 27,23%...
Le compte n’y est pas : que faire du score de celui qui se dit « ni à gauche, ni à droite », Emmanuel Macron, qui a obtenu en Normandie 22,36% ? S’il était avéré que l’ancien Ministre de l’Économie soit le successeur désigné de François Hollande et que l’on attribuât à la Gauche son score, on parviendrait à 49,59% pour les gauches… Mais ce ne peut être le cas, ne serait-ce que dans le Calvados ou la Manche où des électeurs de droite ont indiscutablement voté Macron. 
Conclusion : la Normandie est indiscutablement un terroir où les droites sont majoritaires.
 
L’OPPOSITION ENTRE « EUROPÉISTES – MONDIALISTES » ET « SOUVERAINISTES »

Il semble que ce soit le principal thème de la lutte entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors du second tour des élections présidentielles : il est donc important d’évaluer les forces en présence de chacune de ces tendances (étant entendu que l’on ne retrouvera pas dans les votes du 7 mai l’expression de cette fracture de l’opinion).
Du côté Européistes – Mondialistes, plaçons Emmanuel Macron, Benoît Hamon et une grande partie du vote Fillon (les3/4 peut-être), on obtient entre 42 et 45%.
Du côté Souverainistes, on trouve Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau, Jean-Luc Mélenchon et ¼ de l’électorat Fillon : cela donne nettement plus que la majorité (aux alentours de 55%) et, encore, nous ne comptons pas les voix de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud.
Est-ce une surprise ? Non ! Cela correspond au rejet par les Normands du projet de constitution européenne lors du Référendum de 2005.

L’OPPOSITION ENTRE « FRANCE D’EN-HAUT » ET « FRANCE D’EN-BAS »

Ici, nous reprenons les distinctions faites par le géographe Christophe Guilluy. Il s’agit de mettre d’un côté la population des villes qui profite des effets de la mondialisation, de l’autre celle du rural profond, des petites cités et des périphéries urbaines qui souffre de la mondialisation, des désertifications des services publics, de la désintégration des solidarités qui maintenaient un certain dynamisme dans la plus grande partie de la Normandie.
Il est difficile – faute d’une étude approfondie, cantons par cantons – de quantifier cette opposition (cela se fera : l’INSEE et les Géographes et Sociologues ont du pain sur la planche !), mais, d’ores et déjà, on remarque que le vote Macron est très nettement plus fort à Rouen, Caen, Evreux, la Côte fleurie ; que le vote Le Pen se fait pointu dans le Pays de Bray, le Pays de Caux, l’Eure en général et dans le rural profond de l’Orne et du Sud – Manche.
Quant au vote Mélenchon (autre expression de la « France d’En-Bas »), il éclate au Havre, dans la Vallée de la Seine, le littoral cauchois. On peut y ajouter les voix de Poutou et d’Arthaud.
 
LA NORMANDIE EST FRACTURÉE

Le journal Paris-Normandie, en date du 27 avril 2017, consacre une double page avec ce titre évocateur : « En dix ans la Normandie a lourdement subi la crise », mettant l’accent sur le problème de l’emploi : « Même si l’activité économique tend à repartir, le chômage continue de progresser dans la Région ». L’analyse de ce quotidien porte principalement sur la désindustrialisation dans une Région qui reste, malgré tout une des plus importantes régions industrielles de France, mais, à notre avis, il faudrait s’appesantir davantage sur la crise agricole et les effets pervers des désertifications rurales. Beaucoup de zones se sentent abandonnées par les Pouvoirs Publics qui, depuis Paris, privilégient la politique de la ville, gouffre sans fond ne parvenant pas à stabiliser une société en crise, du fait notamment d’une immigration non contrôlée et qui s’agglutine dans certains quartiers (ils ne votent pas, donc ils sortent des statistiques…).
D’autre part – cas spécifique à la Normandie -, il faut le dénoncer : le Gouvernement, sous le quinquennat de François Hollande, a systématiquement oublié et désavantagé la Normandie, en tergiversant sur la L.N.P.N., la gouvernance de l’Axe Seine, l’adaptation de la filière nucléaire et de l’industrie du raffinage, le soutien à l’agriculture, en favorisant outrageusement la réalisation du Canal Seine-Nord-Europe…
Le sentiment de déshérence est tellement grand qu’il ne faut pas s’étonner de l’effondrement de la citadelle fabiuso-socialiste en Seine-Maritime (Benoît Hamon, 6,05%) et, plus généralement en Normandie (6,01%). Où sont passés les suffrages socialistes habituels ? Chez Mélenchon d’abord, Macron ensuite. Le désaveu du Hollandisme est brutal : celui qui s’apprête à récupérer son héritage frelaté ferait bien d’en tenir compte (s’il est élu). La Normandie est mécontente, elle est fracturée. Elle n’a pas été sourde à cette partie du programme de Mélenchon concernant la politique maritime. Elle a entendu la complainte du monde agricole qui a voté Marine Le Pen et François Fillon… Que les gens des crépusculaires partis dits de gouvernement (sic !), qui s’empressent, en masse, de rallier Emmanuel Macron, se souviennent que la Normandie est devenue une terre d’opposition(s) parce qu’elle a été maltraitée.

Didier PATTE, porte-parole et ancien Président du Mouvement Normand

Pour toute correspondance : 
• Didier Patte. 87, rue de la République. 76940 – La Mailleraye sur Seine (Commune nouvelle d’Arelaune en Seine)
• d.patte948@laposte.net

La Rédaction


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